Par - publié le 13 juin 2007 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h45 - 0 commentaire(s)
The Fountain, projet maudit de Darren Aronofsky pourrait se résumer à des larmes de chagrin, des mouvements de caméra uniques, des acteurs au bord de l’évanouissement. Mais c’est tellement plus: c’est un de ces films qui peuvent prétendre marquer votre parcours de cinéphile, à transcender les attentes, à bouleverser le regard et le cœur. Une sorte de miracle qui s’est pourtant construit dans les contraintes et la douleur. Sa sortie en dvd est événementielle. Parmi les bonus, un excellent making-of fragmenté en plusieurs étapes où Darren Aronofsky relate tous les détails de son tournage maudit.


Le film aurait pu s’appeler «Lost in Australia», en référence au making-of le plus fascinant de l’histoire autour du projet fou de Gilliam qui ne s’est jamais réalisé. Heureusement, il n’en est rien. The Fountain – qui a finalement autant de rapport avec les conventions que Kafka avec l’académisme – existe et sa réalisation relève du miracle. Non seulement parce que le résultat, au-delà des considérations amoureuses (aussi primesautières qu’un couple se balance des banalités), possède une originalité inclassable. Comme si Alejandro Jodorowsky faisait avec une profusion de symboles et de signes une nouvelle adaptation de Abattoir 5, de Kurt Vonnegut (George Roy Hill s’en est déjà brillamment occupé). Comme si Ron Fricke (Baraka) avait revisité le 2001 de Kubrick. Comme si Aronofsky était finalement arrivé au bout de son tunnel noir. Ne rien attendre de plus d’un «film maudit» qui n’aurait jamais dû voir le jour sans l’opiniâtreté de son réal.
Loin d’avoir une intrigue sagement rangée dans des codes (ce qui peut dérouter), on voit pendant un peu plus d’une heure et demie une plume trempée dans de l’encre noire, un anneau qui disparaît, des poussières d’étoiles qui cachent des âmes brisées, des larmes qui trouvent refuge dans le creux des joues, des lettres d’un livre qui s’accélèrent, des regards déchirants, des mains qui s’effleurent, des personnages qui se consument d’amour, des conquistadores qui cherchent la conclusion de leurs pérégrinations dans un roman inachevé, des sourires tragiques, des caresses et des bras qui s’ouvrent, des visages en contre-jour, un soleil qui transperce la neige, un oiseau qui s’envole d’un tableau, deux personnages qui s’étreignent dans une baignoire pour conjurer le sort. Avec cette histoire d’amour atemporelle, il aurait été tellement facile de faire un précipité tire-larmes mais que nenni. Ici, la musique, douce et émolliente, se contente d’accompagner ce requiem pour un rêve; la mise en scène, miraculeuse, d’une renversante pureté, réfute les effets clippesques ou le montage ultra serré pour atteindre les cieux et, peut-être, une quête du graal suprême. Par amour pour sa femme (Rachel Weisz, filmée avec amour), un homme (Hugh Jackman, filmé avec empathie) doit franchir des frontières spatio-temporelles, user de son imagination, faire couler l’encre de son sang pour poursuivre les efforts abandonnés. Un peu comme Darren Aronofsky pour achever son film.


Parmi les bonus (riches), un module au sous-titre symbolique («mort et la renaissance») explique tout ça sans s’attarder sur les bêtes noires en proposant une sorte de making-of sous la forme d’un journal intime qui renseigne sur l’état général d’un tournage douloureux et met en lumière les ambitions de Darren Aronofsky. Jusqu’au bout, il s’est battu pour réaliser son film et son ambition est noble. Les parties sont fragmentées en respectant la progression du tournage (Australie; Le 21ème siècle; Espagne 16ème siècle; La nouvelle Espagne; Le champ sans fin; Le futur) et dévoile les coulisses torturées de The Fountain. Tout commence début 1999. Juste après avoir réalisé Requiem for a dream, Darren pense déjà à son nouveau film initialement intitulé The Last Man en référence à David Bowie qui devait à l’origine participé au projet en écrivant un morceau spécialement pour le film. Le temps de tout mettre en place et de rencontrer les bonnes personnes, il rebaptise son projet en 2002 sous le titre The Fountain en mettant les voiles vers l’Australie.
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