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LE SOMMAIRE DU DOSSIER

The Dark Knight : Dossier Ultime [page 3]

Par - publié le 12 février 2009 à 03h03 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 22h13 - 0 commentaire(s)




WHAT THE FUCK CHRISTIAN BALE?!!!!
En 2009, il hurle sur les plateaux du prochain Terminator. En 2008, il décrochait le rôle de sa vie : Batman. Un personnage à sa hauteur!

PAR NICOLAS HOUGUET



Cela fait si longtemps que l'on voit Christian Bale à l'écran que l'on a tendance à oublier qu'il est né le 30 Janvier 1974. Il est donc encore assez jeune, mais a déjà vingt ans d'une carrière cinématographique exemplaire et avec très peu de fausses notes. Il s'est indéniablement imposé comme l'un des acteurs les plus intéressants de sa génération, avec une filmographie audacieuse, variée et ambitieuse. Sa ténébreuse présence (il est vrai que ses rôles les plus marquants sont assez sombres), lui a permis d'endosser avec une belle assurance la lourde armure de l'homme Chauve-souris dans Batman begins, jusqu'à lui donner une grande profondeur dans The Dark Knight où le chevalier noir sacrifie sa réputation, accepte de risquer l'opprobre. Jamais un super-héros n'aura été si tourmenté. Mais cette complexité, ce conflit moral, Bale en a maîtrisé l'expression dans la peau d'autres personnages. Il est de ces comédiens qui n'ont pas peur de s'aventurer dans l'obscurité des consciences (de American Psycho et The Machinist au Prestige, jusqu'à la douleur romantique du magnifique Nouveau monde). Il est l'acteur des tourments, qui correspond parfaitement à Bruce Wayne, et offre un contre-point puissant à l'excentricité grandiose et fascinante de Heath Ledger dans le rôle du Joker.
Christian Bale est né au Pays de Galles. Mais son enfance fut vagabonde, allant d'un pays à l'autre. La famille développait depuis longtemps une forte inclination pour les arts de la scène, un côté assez saltimbanque (sa mère était artiste de cirque, son père avait le goût des voyages). On était laissé libre de ses choix et de ses inclinations. Le jeune Christian suivit bientôt des cours de comédie. Il persévéra dans cette voie, suivant des ateliers, tournant dans des publicités à un âge encore tendre. Il décrocha finalement un rôle dans Anastasia, the mystery of Ana en 1986, où l'on découvrait pour la première fois le visage de l'enfant. Il s'agit d'une production télévisée. A la différence de beaucoup de jeunes acteurs à la merci de parents profiteurs, Bale était animé de façon précoce d'une passion sincère, d'une flamme véritable. C'est sans doute pour cela que sa carrière ne connut jamais les affres pathétiques des lendemains de gloire. Dans cette première apparition, il jouait le frère hémophile et maladif d'Anastasia. Il se joignait là à une distribution de comédiens confirmés (Olivia de Havilland, Claire Bloom, Omar Sharif), Il apparaît également dans Mio min Moi en 1987, un conte sympathique où un enfant (dont Bale était l'ami) était transporté loin de sa vie terne auprès de ses parents adoptifs pour découvrir un pays merveilleux, plein de magie, où son père était roi (et où ils devaient affronter le toujours impressionnant Christopher Lee incarnant le terrifiant Kato). Bale allait se faire remarquer par un certain Steven Spielberg.
Le jeune Christian est révélé par un très grand film de Spielberg : L'Empire du Soleil. Il y est un gamin anglais de la haute société séparé de ses parents alors que les Japonais envahissent Shanghai en 1941. Le rôle est en deux temps : d'abord il est un gosse de riche impérieux et horripilant qui peu à peu va se convertir à la débrouillardise et au système D, notamment auprès de John Malkovich qui incarne ici une canaille prête à tout pour survivre (ce qu'au bout du compte le jeune garçon deviendra). Bale est ici de tous les plans, se jette dans cette performance avec un enthousiasme total. Cela deviendra d'ailleurs sa marque de fabrique. On ressent fort sa passion pour l'aviation, et plus subtilement, la fébrilité de ce personnage obligé de s'endurcir, de se convertir aux réalités d'un monde qu'il n'aurait autrement jamais pu connaître. L'acteur de 13 ans dépeint avec une naïveté et une intensité surprenante la fin de l'innocence. Il est adulte avant l'heure, sa tour d'ivoire est en ruines. Mais il garde son énergie, Spielberg donne à voir l'histoire dramatique qui mène à l'explosion d'une bombe nucléaire à travers le point de vue de son jeune héros. Il n'intellectualise rien, se contente de survivre et encaisse les bouleversements, avec une faculté d'adaptation et une force propres à l'enfance, sauvée peut-être par son insouciance, même au coeur du désespoir et de l'abandon. Un grand moment de cinéma. Malgré la pression sur ses jeunes épaules et les bouleversements qu'une célébrité précoce ne manque pas d'engendrer, il a définitivement trouvé sa vocation : il évoluera désormais sur les plateaux. Il participera à l'une des belles adaptations shakespeariennes de Kenneth Branagh, Henry V. Il aura le rôle de Jim Hawkins dans une transposition télévisée de la fameuse Ile au trésor de Stevenson. Un film intitulé Newsies a pour sujet la grève des enfants vendeurs de journaux à la fin du XIXème siècle. Il s'agit d'une comédie musicale, challenge assez écrasant que le jeune Christian relève avec panache. On est alors en 1992. Mais le rôle qui annonce véritablement l'évolution future et le registre de prédilection de Bale, est celui qu'il tient une année auparavant dans A Murder of quality, adaptation pour la télévision d'un roman de John le Carré (auteur de the Constant gardener entre autres). Il y endosse le rôle trouble d'un élève mystérieux. On mène l'enquête dans une école privée et ses sociétés secrètes, les abus sexuels qu'on y commet. Pour la première fois, il connaît les secrets et les tourments, il en est le témoin clé. Dans Swing Kids en 1993, il continue d'explorer des chemins plus complexes, puisque le film raconte l'histoire de jeunes gens qui sous l'Allemagne nazie, écoutaient et dansaient en secret pendant la nuit sur du swing américain (musique interdite). Ils se pliaient aux exigences du régime le jour (ils font partie des jeunesses hitlériennes). Bale se dirige de plus en plus vers des personnages pris dans des dilemmes moraux (choisir entre le bien et le mal, ou concilier les deux). Ici il finit par embrasser les usages de la Gestapo.
Le Prince de Jutland revisitait à la source danoise l'histoire d'Hamlet et il s'en voyait confié le rôle titre (Amled). Une curiosité intéressante. L'année suivante en 1995, il est assez amusant de constater qu'il est du casting vocal de Pocahontas, contexte qu'il retrouvera auprès de l'immense Terrence Malick. Il sera également l'homme des adaptations littéraires nobles et académiques comme en témoignera d'abord Les Quatre filles du Docteur March de Gillian Amstrong (avec un casting féminin intéressant -Kirsten Dunst, Winona Ryder et Claire Danes-, il est le voisin complice des jeunes filles) et Portrait de femme de Jane Campion en 1996. On n'y retrouve malheureusement pas le merveilleux raffinement du roman d'Henry James, ses psychologies subtiles et ses ambiances envoûtantes. Pourtant quoiqu'assez conventionnel, il est porté par la belle interprétation de Nicole Kidman dans le rôle d'Isabel Archer. Bale a un rôle plus secondaire. On renoue donc par instants avec la beauté toute en élégance et en suggestion de James. On le retrouve également au coeur de l'oeuvre maîtresse de Joseph Conrad dans L'Agent secret au sein d'une distribution glorieuse (Gérard Depardieu, Bob Hoskins, Patricia Arquette, Robin Williams...) qui ne parvient toutefois pas une fois encore à rendre la profondeur du livre mais impose le nom de Christian Bale comme une valeur sûre. Christian Bale a bien grandi et son évolution vers des projets moins orthodoxes commence à se ressentir dès Metroland de Philip Saville en 1997. L'action se situe dans les années 70. Il incarne un homme marié, assagi qui voit revenir dans sa vie un ami qu'il croyait disparu. Il lui fait revivre la folie des années 60. Velvet Goldmine était une autre sorte de passé qui ressurgissait à travers le personnage qu'il interprétait. Devenu journaliste, il revisitait la période où il était fan de glam-rock et plus particulièrement de Brian Slade (sorte de David Bowie époque Ziggy Stardust). Bale exprimait toute l'ambiguïté sexuelle d'un jeune homme qui trouvait dans cet univers musical un exutoire. Le film de Todd Haynes était étincelant, l'interprétation de Christian Bale troublante, pleine de fascination fébrile, presque fiévreuse.
Il s'engagea dans un autre rôle atypique d'attardé mental dans All the little animals en 1998 où il forme un duo émouvant avec John Hurt. Ce dernier est son seul refuge après la mort de sa mère qui le préservait de la dureté du monde (et en particulier de son beau-père qui brigue son héritage). Mais l'acteur revient aussi régulièrement à un registre classique, dans le toujours réjouissant Songe d'une nuit d'été le prouve. Il va même incarner Jesus Christ dans une production canadienne originale, Mary, Mother of Jesus, qui adoptait le point de vue de sa mère sur le messie, se concentrant sur la relation qu'elle avait avec lui (idée intéressante mais menée un peu maladroitement. Bale est toutefois impressionnant de justesse dans le rôle). Le point commun de ces personnages est sans doute l'étrangeté, le caractère d'exception que l'acteur dépeint à merveille, jusqu'à leur donner un caractère parfois trouble. Il aime les performances un peu risquées, un peu en marge. En 2000 arrive le rôle emblématique de Patrick Bateman dans le film American Psycho, d'après le roman de Bret Easton Ellis. Si le film est une adaptation un peu moins riche que le livre, la performance de Bale y est exceptionnelle. Il est ce golden boy sans âme, au corps parfaitement sculpté, obsédé par l'apparence, les intérieurs spacieux, les gadgets high tech, les vêtements de grands couturiers. A ses heures, pour décompresser, il est également psychopathe et devient un monstre sanguinaire, avant de reprendre sa vie de winner insoupçonnable. Le visage de Bale est impassible, le regard glacé, le corps parfait et la peau lisse. Il est ici tout simplement magistral car impossible d'imaginer le personnage autrement qu'avec ses traits.
Il est ensuite à l'affiche de quelques films dispensables comme Shaft, remake décevant et inutile d'un grand standard, et Capitaine Corelli, bluette sirupeuse avec Nicolas Cage et la belle Penélope Cruz. Il combat des dragons devenus maîtres du monde dans le Règne du feu. Il retrouve sa mère baba cool et grande productrice de disques (merveilleuse Frances McDormand) qui dévergonde sa petite amie Kate Beckinsale dans Laurel Canyon en 2002. On peut dire que le beau Christian est demandé à peu près partout. Il est donc incontournable, mais on ne retrouve pas dans cette série de films discutables (rares bémols dans son parcours exemplaire), son goût pour le défi et les rôles exigeants qui étaient jusque là le dénominateur commun de ses choix. Il revient en 2005 avec une interprétation majeure et perturbante dans The Machinist de Brad Anderson. L'engagement de Christian Bale dans son personnage a quelque chose d'effrayant et de saisissant. Pour entrer dans la peau de cet ouvrier d'usine fourbu et insomniaque, dont la réalité peu à peu bascule dans un univers glauque et étrange, l'acteur a perdu 28 kilos, apparaissant d'une maigreur à faire peur, se forçant à ne pas dormir les nuits qui précédaient ses scènes pour épouser l'état physique et mental du personnage. De la même manière qu'il avait sculpté son corps pour devenir Patrick Bateman, il le malmène pour devenir Trevor Reznik, atteignant un dépouillement physique jamais vu, un état qui n'est pas de ce monde, convenant parfaitement à l'univers kafkaïen, déréglé et sombre du film. Dans Equilibrium, Christian Bale était un agent chargé de faire respecter la loi d'une société dictatoriale qui aura payé le prix de la paix universelle en éradiquant toute émotion et toute passion humaine. L'art est donc proscrit et Bale fait partie des hommes de foi implacables, traquant et détruisant la moindre trace de beauté en ce bas monde et arrêtant ou éliminant ceux qui ne veulent pas y renoncer. Seulement cet exécutant zélé va oublier de prendre le produit qui le rend insensible, va découvrir le charme d'Emily Watson, la noblesse de Beethoven et l'horreur de sa mission. On retrouvait au début l'impassibilité froide de Patrick Bateman sur le visage de l'acteur, qui graduellement se laissait envahir par la chaleur des émotions et des états d'âme qui sont notre lot et notre grandeur. On songe évidemment à 1984 de George Orwell et à sa société déshumanisée. L'interprétation de l'acteur et son sens de la nuance servent fort ce film qui devient vibrant en grande partie grâce à lui. Sa sensibilité le qualifie pour être l'une des voix du Château ambulant de Miyazaki dans sa version anglophone. Elle éclatera dans Le Nouveau monde de Terrence Malick en 2006, poème cinématographique total (alliant la noblesse des images, de la musique et des sentiments) autour de la légende de Pocahontas. Il y est le deuxième homme à s'éprendre de la belle indienne, après le tourmenté John Smith (Colin Farrell dans un très beau rôle) qui lui a brisé le coeur. Il est l'homme équilibré et doux qui lui offre un foyer, même s'il n'éveille pas en elle la même passion. Bale apparaît gracieux et apaisant, protecteur, d'une bonté expressive en contraste avec la douleur de Farrell. Le chef d'oeuvre est puissant, élégiaque, émouvant, traversé par des voix-off belles comme des pensées profondes, des plans qui capturent la beauté de l'Amérique originelle, un paradis en train d'être souillé. Presque sans dialogues véritables, tout se ressent dans les regards, la nature, l'attitude des acteurs. C'est d'une vibrante harmonie et d'une rare beauté. A l'annonce d'une nouvelle mouture de Batman, après que la licence ait sombré dans le ridicule grâce à Joel Schumacher, on pouvait être circonspects. Lorsqu'on sut que c'était Christopher Nolan qui reprenait l'histoire et faisait du passé table-rase, on était rassurés. Enfin c'était Christian Bale qui endossait le costume du milliardaire traumatisé dans une approche plus réaliste qu'à l'accoutumée. Et, là on était conquis par la qualité du casting de Batman Begins, par sa mise en scène qui ouvrait un nouveau chapitre à la mythologie. Le caractère du personnage au cinéma a évolué comme cela avait été le cas dans le comics notamment grâce à Alan Moore, Frank Miller et Grant Morrison. Ce renouveau est confirmé avec un nouvel opus qui dépasse toutes les espérances. Christian Bale est de l'aventure du rude Rescue Dawn de Werner Herzog où il est un pilote de l'aviation américaine lancé dans une opération secrète au Laos juste avant la guerre du Vietnam. Il s'écrase et est fait prisonnier, rejoint un camp où d'autres sont détenus depuis des années. Il finit par s'échapper, survivant très péniblement dans la jungle (et bouffant du serpent cru). Le film profite de l'approche crue à laquelle Herzog nous a habitués depuis Aguirre, la colère de Dieu. On sent que le tournage est éprouvant et exigeant. En manière de clin d'oeil, l'acteur est ici un passionné d'aviation, extatique quand il en parle, rappelant fort l'enfant qu'il a été dans l'Empire du soleil.
Bale confirme son statut exceptionnel en magicien tourmenté dans le Prestige de Christopher Nolan, prouesse narrative s'il en est. Plus d'un acteur se serait laissé submerger par l'intrigue alambiquée et aurait peiné à exister. Or Bale incarnant ici un magicien de génie, permet de la suivre avec précision, car il fait comprendre avec subtilité les motivations de son personnage, la quête de perfection presque maniaque qui l'anime. On le suit dans ses manipulations et dans la détresse qui est la sienne lorsqu'il est emprisonné. L'élégant Hugh Jackman lui fait face avec une approche plus classique et au premier degré de son rôle. Bale compose son rôle par strates, joue sur plusieurs registres avec maestria et incarne plusieurs facettes. Il est un très beau mystificateur. Avec Bad Times, il intègre un film à l'approche violente et sans concessions. Il y est incontrôlable un peu comme le De Niro des premiers temps (de Mean Streets à Taxi driver). Il est le copain très allumé et dangereux de Freddy Rodriguez (vu dans Six Feet Under), chômeur comme ce dernier qui n'a pu entrer dans la police. Bale va l'entraîner dans des virées vengeresses dans les quartiers chauds de Los Angeles. Il exprime sa soif de violence avec jubilation, loin de la froideur de Patrick Bateman dans un portrait encore une fois extrême et dérangeant. L'acteur ne fait pas dans la demi-mesure, il n'a pas peur d'aller très loin lorsqu'il incarne la démence.
I'm not there de Todd Haynes aurait pu n'être qu'un concept étrange, hermétique et bordélique. Mais il est incroyablement porté par ses acteurs et devient -à mon humble avis-, le biopic ultime. On ne raconte pas Bob Dylan au premier degré avec une succession linéaire de faits ou d'anecdotes mais on raconte ses facettes, ce qu'il représente, et on approche plus que jamais la vérité du personnage. Heath Ledger représentait le Dylan intime, Cate Blanchett celui de la gloire électrique et surréaliste, Richard Gere incarnait celui qui s'est prudemment retiré à l'écart du monde contemporain et de ses tumultes, aux racines de la culture américaine. Christian Bale incarne deux moments de la carrière du chanteur en tant que Jack Rollins : le jeune chanteur folk catapulté porte-parole de sa génération (prenant la suite du garçon affabulateur qui se fait passer pour Woody Guthrie au début du film). Plus tard, il est la figure du chanteur repenti qui a trouvé la foi et est devenu pasteur. Habitué des expérimentations de Todd Haynes depuis Velvet Goldmine, il est d'abord au plus proche du jeune Dylan historique. Son segment est traité à la façon d'un documentaire télévisé avec images d'archives et interviews. Comme toujours Bale s'investit totalement dans le rôle. L'ensemble du casting est sublime d'implication et fait de I'm not there un moment d'exception, exigeant et virtuose.
3h10 pour Yuma de James Mangold est, c'est assez rare pour le signaler, un excellent remake. A l'heure où le western se fait rare au cinéma, où le genre est depuis des années qualifié de désuet (malgré de grandes réussites comme Open range de Kevin Costner ou l'envoûtant L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford d'Andrew Dominik), c'était un réel plaisir de retrouver ainsi la rudesse de l'Ouest et ses grands espaces (originalité par rapport à l'original de Delmer Daves, plus confiné). Christian Bale était ici un fermier criblé de dettes dont le sort est mêlé à celui d'un hors la loi (joué avec superbe par Russell Crowe). Bale accepte de l'escorter jusqu'à une gare, qui le mènera à Yuma, où il sera jugé. Ce pauvre père de famille se charge de cette mission car cela peut sauver sa famille, le convoyage du bandit étant récompensé d'une belle somme. Mais entre le prisonnier et lui-même se noue une étrange complicité qui devient l'âme du film. Le charisme des deux acteurs d'abord antagonistes est un atout majeur. Ils ont chacun une prestance particulière à l'écran, une présence qui ajoute au prestige de ce film. Ils viennent donner un supplément d'âme comparable à celui qu'apportent les grands espaces qui servent de cadre. C'est un Western de facture classique, certes, mais grâce à ce face à face, il devient un très beau moment. On le voit Christian Bale est un acteur d'exception, capable de transcender ses films par la qualité de ses prestations engagées. Il est habité par la passion de son métier, servant avec une intensité et une concentration égale des rôles extrêmement variés. Il n'est jamais aussi bon que lorsqu'il est confronté à des intériorités troubles ou en crise (dans American Psycho, the Machinist ou Equilibrium) ou plongé dans des situations bouleversantes qui remettent en cause toutes les certitudes (de l'Empire du Soleil à Rescue Dawn en passant par le Prestige). The Dark Knight est comme la synthèse des aspects majeurs de ses grands rôles.
L'avenir s'annonce toujours aussi riche pour lui, il participera au prochain Michael Mann, Public enemies, aux côtés de Johnny Depp et Marion Cotillard. On est également curieux de découvrir John Connor sous ses traits dans le quatrième épisode de Terminator. Il est enfin annoncé dans le projet de Joe Carnahan, Killing Pablo, évoquant la mort de Pablo Escobar. Les chemins qu'il emprunte sont extrêmement variés, mais avec l'ardeur et le talent qu'il a pour faire ressentir la psychologie de ses personnages, ces perspectives sont toutes prometteuses.


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