Clairement, la rédaction d'Excessif/Dvdrama a fait son choix quant au film du mois, voire de l'année. The Dark Knight emporte tous les suffrages, faisant plus que combler nos attentes. Mais notre enthousiasme est-il partagé par notre lectorat ? Les rédacteurs du site ne sont-ils que des cinéphiles illuminés dans leur tour d'ivoire, détachés du commun des mortels ? La réponse sans plus attendre avec les témoignages de nos lecteurs sur le film de Christopher Nolan ci-dessous...
jp33LE CÔTE OBSCUR DE LA FORCE
Trois ans après avoir fait renaître Batman de ses cendres, Christopher Nolan remet le couvert avec la venue d’un nouveau (enfin presque) méchant en la personne du Joker. Mais aussi Two-Face. On finissait
Batman Begins, formidable film a mi chemin de la tragédie grecque et du blockbuster, sur un super-héros torturé à qui le flic/ami lui présentait son nouvel ennemi sur une carte de jeu. Les promesses d’un combat sans merci allaient bon train et en ce début 2008 un autre évènement, plus dramatique celui là (la mort de Heath Ledger), allait définitivement faire de The Dark Night l’un des films les plus attendus de 2008, si ce n’est le seul. Nolan, donc, toujours aux manettes avec son frérot à l’écriture (comme sur l’excellent Le Prestige), les mêmes acteurs (Katie Holmes en moins, dommage !) : rien ne pouvait venir entacher un projet qui s’annonçait déjà comme le blockbuster ultime de cette fin de décade. Pourtant Batman en a connu des adaptations, aussi bien télévisées (cartoons, films, séries) que cinématographiques. Pour ne prendre que les plus récentes il y a deux écoles. Celle, poético-gothique du génial Tim Burton et celle kitsh-gay-délurée du moins génial mais pourtant pas si mauvais que ça Joel Schumacher. Deux styles que Nolan a su contourner avec élégance et une volonté réaliste. Réaliste dans la démonstration de la technique ultra moderne et ultra archaïque employée par Batman pour combattre le crime. Entre ses gadgets ultra performants d’escalade et de combat militaire et un sens du spectacle, de l’esbroufe hérités des magiciens du 19ème (voir Le Prestige sur ce thème), l’homme chauve-souris pouvait devenir invincible face à la crapule, essentiellement mafiosi, qui gangrenait Gotham City. Ici le combat continue… De nouveaux mafieux sont obligés (vous verrez comment !) de s’allier à un psychopathe nommé Joker. Amateur du chaos et sadique jusqu’au bout des ongles, Joker va pousser Batman dans des recoins de plus en plus sombres… Harvey Dent (Le chevalier blanc) en nouveau procureur volontariste s’engage à nettoyer la ville de ses criminels. Au risque de coûter plusieurs vies… Le combat entre Batman et Joker ne s’annoncera que plus brutal et plus évident.

Je commencerai par les acteurs, tous formidables. On retrouve Christian Bale en charismatique Batman, Morgan Freeman en vice président incorruptible, Micheal Caine en flegmatique valet et même Cillian Murphy, apparaissant furtivement. Pour les nouveaux venus Aaron Eckhart (Harvey Dent/Two Face) et Maggie Gylenhaal, c’est du tout bon, même si cette dernière n’efface pas le souvenir d’une délicieuse Katie Cruise. Mais le big bang du film s’appelle Heath Ledger, acteur excellent, trop vite disparu. Il arrive à insuffler une monstruosité, une perversion et une dégénérescence à son personnage, qui font l’attraction ultime de ce nouvel opus. Même si il y a près de vint ans, le génial Jack Nicholson composait un Joker ultime, Ledger éclipse la prestation du premier en déviant encore plus le souriant psychopathe vers quelque chose de plus violent, de plus viscéral. Préférant le chaos à l’argent, n’ayant pas peur de la mort qu’il attend en se marrant, le Joker se pose en méchant ultime que rien ni même Batman n’effraie. Et ce n’est évidemment pas la seule force du film. Son grand point fort reste son traitement, similaire au premier, qui flirte ouvertement avec la tragédie grecque et le drame Shakespearien. Etre ou ne pas être un héros ? Telle est la question qui taraude Batman et Harvey Dent. Qui en a les épaules ? Quels sacrifices et dommages collatéraux ? Toujours très fin, le script n’en n’oublie pas pour autant le spectacle, grandiose, mené de main de maître par un Nolan qui puise dans les classicisme ses références et son style élégant, sobre et très efficace. Le film dure 2h30 et la fin paraît un peu longuette car il manque pas mal de scènes pour amener la tragédie à son sommet. Donc à part ce petit problème de durée à régler dans un futur director’s cut (on l’espère !) incluant toute la violence signifiée dans des scènes d’une noirceur encore plus accentuée que dans Begins, The Dark Night constitue en l’instance un super divertissement, intelligent et noir, de même qualité que le premier qui donne furieusement envie de le revoir et prouve que les sorties d’été recèlent aussi de purs trésors. Batman Rules !
8/10