Par - publié le 12 août 2009 à 09h03 ,
MAJ le 26 septembre 2009 à 03h13 - 0 commentaire(s)
Dans The Fall, le nouveau long métrage de Tarsem Singh, cette image ci-dessous marque le basculement du réel vers l’imaginaire, comme une avancée dans le monde des ténèbres. Cela se produit au moment où la petite fille (Catalina Untaru) suit "l’homme des rayons X" dans les corridors d’un hôpital de Los Angeles, dans les années 20. Son accoutrement est tellement effrayant qu’il lui inspirera une galerie de méchants soldats espagnols. C’est l’équivalent du lapin blanc dans Alice aux pays des merveilles. Le réalisateur de The Cell a effectué la même démarche que son personnage en fantasmant un film à travers ceux qu’il a vus pour en reproduire les effets les plus sidérants. Ce n’est pas un cas isolé : Thirst, ceci est mon sang, de Park Chan-Wook, qui sort le mois prochain dans les salles, repose exactement sur le même principe du patchwork cinéphile. The Fall sort, lui, directement en DVD.

Soutenu par David Fincher et Spike Jonze, Tarsem Singh s’inspire entre autres de Ron Fricke (Baraka), Peter Brook (The Mahabharata), Alejandro Jodorowsky (El Topo) et de Pier Paolo Pasolini (Les Mille et une nuits). Le but : rendre accessible une culture en marge à travers l’histoire d’amitié entre une petite fille plâtrée, consumée par la peur de s’ennuyer, et un cascadeur ayant perdu l’usage de ses jambes (Lee Pace). Ensemble, ils imaginent la ligue des gentlemen extraordinaires et se racontent des histoires pour fuir la cruauté du monde. En reprenant la trame d’un autre film (Yo Ho Ho, de Zako Heskija), Singh s’est mis dans la tête d’un enfant en invitant le spectateur dans un univers irréel, influencé par le surréalisme et le symbolisme sans toutefois chercher de signification, juste pour célébrer le pouvoir évocateur des images et donc la magie du cinéma. Il décrit d’ailleurs The Fall comme les nouvelles Aventures du Baron de Münchausen (Terry Gilliam, 1989) en renouant avec un mélange de réalisme et d’onirisme, de naïveté et de cruauté. Ce qui peut irriter comme éblouir.

THE FALL / L’ELEMENT DU CRIME


THE FALL

L'ELEMENT DU CRIME

THE FALL

L'ELEMENT DU CRIME

THE FALL / ANDREÏ ROUBLEV


THE FALL

ANDREÏ ROUBLEV

Avant même de rédiger un embryon de script, Tarsem Singh avait envie d’une ouverture en noir et blanc. D’ailleurs, il avait déjà fait l’essai il y a dix ans pour une publicité sur la même symphonie de Beethoven et avec les mêmes caméras à grande vitesse Photo-Sonics. Selon ses propres termes, il cherchait "le chaos avec peu d’énergie". Ironie du hasard : Antichrist, de Lars Von Trier, propose le même concept pour capter l’orgasme d’un couple au ralenti pendant que leur enfant se jette dans le vide, sur du Händel. Bien que The Fall ait été réalisé avant, Tarsem Singh a piqué pour les besoins de cette scène quelques motifs à L’élément du crime de Lars Von Trier (1985) qui, avec une photo sépia, expérimentait la même torpeur ouatée et cotonneuse du rêve éveillé. On retrouve le même cadavre de cheval extirpé des eaux. Celui qui est derrière cette influence commune, c’est Andrei Tarkovski à qui Singh rend hommage à travers une "camera obscura", en projetant l'image de Andreï Roublev sur un mur.


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