6 –
SIGNES par Clément Sautet
En 2002 sortait sur nos écrans
Signes, de M. Night Shyamalan, avec Mel Gibson et Joaquin Phoenix. Graham Hess est un pasteur de campagne aimé de tous. Avec sa petite famille, ils vont vivre un drame lorsque l'épouse vient à mourir dans un accident de voiture. Mettant alors en branle sa foi et toutes les croyances qu'il pouvait avoir en Dieu, Graham renie toutes ses convictions au point d'obliger ses enfants à le suivre dans ses décisions. Surviennent alors d'étranges phénomènes marquant les champs du pasteur d'étranges signes tracés on ne sait comment. Quand le monde entier commence à être touché par les mêmes évènements, la panique et la psychose s'installent. Tout au long du film, la présence des extraterrestres est suggérée et alimente une certaine tension. Mais le sujet en lui même n'est pas basé sur l'invasion des E.T. pas sympas... Avant de mourir, la femme de Graham lui a transmis un message étrange visant à faire attention à certains signes. Ne comprenant pas immédiatement le sens et étant davantage préoccupé par l'état de son épouse irrémédiablement condamnée, Graham n'y fait pas attention. Alors qu'il ne comprend pas pourquoi lui, un fidèle serviteur de Dieu, est victime d'une telle tragédie. Sa foi va être remise en cause au point qu’il va même douter de l'existence d'un être suprême. Ce n'est qu'à la fin du film qu'il comprendra le dernier message de sa femme et qu'il pourra sauver ses enfants. Là où l'on croyait trouver une histoire de science-fiction, M. Night Shyamalan nous propose une réflexion sur la croyance d'un homme à travers les épreuves de la vie. Un traumatisme tellement grand pour lui qu'il ne trouve de réconfort que dans le refoulement de ses croyances. L'incompréhension de ce personnage qui ne croit plus en rien est signifiée particulièrement dans une scène où Mel Gibson et Joaquin Phoenix parlent assis sur le canapé. Merril (Phoenix) explique à Graham (Gibson) qu'il ne veut plus jamais revoir ce regard, cette résignation et ce manque d'envie de vivre dans les yeux de son frère. Comportement résultant indéniablement de la perte de toutes ses certitudes. Autre moment phare alimentant cette perte de foi, la séquence du dernier repas où Graham refuse la prière. Morgan, son fils, lui dit que leur mère aurait voulu qu'ils la fassent tous, mais Graham ne le voit pas de cette manière et s'énerve. La scène est remplie d'émotions transcendées par le jeu des acteurs relativement bluffant. On peut aussi parler de cette fameuse scène finale qui nous expose le twist, signature Shyamalan, mais qui n'est pas aussi significative de la perte de foi du personnage principal que les précédents passages cités.

7 –
DRACULA par PitouWH
S'il n'est pas à proprement parler un homme d'église, le seigneur Vlad Tepes est néanmoins l'un des plus fervents soldats du dieu chrétien, lancé dans une guerre sans merci contre les Turcs et l'Islam. Ayant tout perdu lors de son absence, trahi par l'Eglise qu'il défendait, Tepes renie alors sa foi par amour et devient vampire, une créature de la nuit dont la simple existence nie et menace la toute-puissance de Dieu. Et c'est l'amour, encore lui, qui permettra le salut de son âme, concluant une crise de foi de laquelle on tire légendes éternelles et chefs d'œuvre cinématographiques.
8 -
LES DIABLES par David Brami
Il est de notoriété publique que les affaires de chair et l'adoration du divin se marient mal. C'est ce que nous prouve ici Ken Russell en adaptant à sa sauce le livre
Les diables de Loudun écrit par Aldous Huxley en 1956 et narrant une célèbre chasse aux sorcières menée jadis par le Cardinal Richelieu. Le réalisateur de
Tommy,
Gothic et d'Au delà du Réel met ici en scène avec la verve visuelle qu'on lui connaît l'histoire de la responsable d'un couvent (Vanessa Redgrave), tellement avide du contact charnel d'un prêtre respecté et charismatique (Oliver Reed) qu'elle ira l'accuser de sorcellerie devant les grandes instances de l'époque, suite au mariage de celui-ci avec une autre. Ici, la foi ne sert pas à une quelconque remise en question, mais se construit comme alibi-prétexte aux vices salaces et autres exactions d'égos démesurés des protagonistes. Il faut voir l'inquisiteur Barre (Michael Gothard) prendre son pied en torturant l'accusé malgré les confessions avant l'inévitable exécution au buché, Louis XIII (Graham Armitage) s'entraîner au tir aux pigeons avec délice sur des protestants habillés en oiseaux, ou voir le personnage de Vanessa Redgrave assouvir enfin son fantasme avec un os carbonisé du défunt. Le tout culminant lors d'une hallucinante séquence d'orgie générale visant à soutenir les calomnies suscitées, et permettant au passage à tout un couvent de nonnes lubriques de se vautrer dans la luxure (et accessoirement sur la statue désacralisée pour l'occasion de leur sauveur). Quant aux sacro-saintes autorités compétentes, à la recherche non pas des sources d'une folie qu'elles partagent elles-mêmes mais d'un simple bouc-émissaire afin de clore l'incident, il est acquis que le divin est à milles lieues de leurs considérations premières. Brulot subversif par excellence,
Les Diables n'a pas manqué de créer le tollé et de multiplier les interdictions les plus diverses à sa sortie en 1971.
9 -
ANDREI ROUBLEV par Eric Vernay
Censuré par les autorités russes en 1966,
Andrei Roublev, d'Andrei Tarkovski, est consacré au grand peintre russe du XVe siècle qui s’opposa à la doxa religieuse de l’époque. Bien que ne croyant nullement à un Dieu vengeur, le talentueux moine Roublev est choisi pour dessiner une fresque représentant le Jugement Dernier, dans une cathédrale : premier défi mystique pour le religieux, et allusion claire de Tarkovski à la mainmise du pouvoir communiste sur l’art soviétique. Puis la foi de Roublev doit surmonter une seconde mise à l'épreuve, lors de la violente invasion des Tartares : pour défendre une innocente, le moine est contraint au meurtre. Anéanti, bousculé dans ses convictions, ce partisan d’un Dieu d’amour et de pardon fait vœu de silence pendant dix ans. Longue introspection traduite à l’écran par la splendeur des steppes russes en noir et blanc. Puis, avec une gravité sublime, Tarkovski évoque la rédemption de Roublev par l’art, lors d'une inoubliable séquence, la construction d'une gigantesque cloche d'église élaborée par un adolescent. La mise en scène tour à tour ascétique et lyrique du cinéaste russe atteint son apogée avec
Andrei Roublev. Rarement un film aura touché l’âme de si près.
10 -
SOUS LE SOLEIL DE SATAN par Gilles Botineau
Resituons brièvement les faits.
>Sous le soleil de Satan est l'adaptation d'un roman, écrit par Georges Barnanos, sous la direction du généralement très controversé Maurice Pialat. En tête d'affiche,
Gérard Depardieu et Sandrine Bonnaire. Le film est alors présenté au Festival de Cannes en 1987, où il reçoit la Palme d'Or sous les huées d'un public déchaîné. Pialat, imperturbable, lèvera le poing face à l'assemblée, avant de clamer : «
Si vous ne m'aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus ». Qu'en est-il réellement ? L'histoire se déroule au début du XXe siècle, en région Artoise. Mouchette, une jeune adolescente de 16 ans, assassine l'amant dont elle attendait un enfant. Alors que tout le monde conclut à un suicide, la pauvre femme ressent le besoin de confier son crime à l'abbé Donissan, le vicaire du village. Dès lors, une relation étrange, malsaine et fallacieuse se noue entre les deux. Avec ce film, Pialat aborde la question de la foi mais aussi de l'athéisme dont il était un fervent défenseur. Sa force ici n'est pas de remettre en cause l'existence-même de Dieu, mais finalement d'arriver à la conclusion toute simple qu'il est impossible de la prouver. Le vice est ainsi poussé jusqu'à l'extrême, à travers l'image d'un jeune prêtre doutant de sa vocation, aussi bien tourmenté par la chair que par le masochisme. On suit alors sa déchéance progressive jusqu'à une chute inévitable et définitive. Après avoir poussé la jeune Mouchette au suicide (l'accablant de reproches), Donissan ne devra son salut qu'en accomplissant un miracle, celui de redonner vie à un enfant. En conséquence, Dieu apparaît dissocié du Bien, au profit de Satan (sous les traits du comédien Jean-Christophe Bouvet), sympathique et généreux. Ce dernier propose notamment aide et soutien au prêtre lors d'une traversée campagnarde des plus fastidieuses. Dérangeant. Poignant. Marquant. Une oeuvre où s'entremêlent avec force le Bien et le Mal, loin des conventions habituelles. L'un des plus beaux films de Maurice Pialat.