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Top Bonus : Deja Vu [page 1]

Par Nicolas Houguet - publié le 18 juillet 2007 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 19h13 - 0 commentaire(s)
Revoir Déjà vu

La section bonus d'un DVD est souvent assez formatée et organisée sans beaucoup d'imagination. Certains sortent du lot par la richesse de leur interactivité et les informations très précises qu'ils donnent sur le film. Rarement toutefois ils étonnent par leur agencement ou la manière dont ils sont présentés. C'est pourtant le cas du commentaire audio de Déjà-Vu de Tony Scott, qui rompt avec la figure imposée du réalisateur qui parle en regardant son film. Ici le film s'interrompt régulièrement et des featurettes sont lancées pour illustrer directement les propos qui sont tenus. C'est ce parti-pris étrange, ce commentaire englobant tout (film et making of) qui attise l'attention et la curiosité et qu'il paraît intéressant de décrire et d'analyser ici, car le commentaire audio intitulé « Fenêtre temporelle » est une véritable mise en perspective assez inédite, presque une mise en scène des bonus dans le cours du film, assez proche de ce qui est d'usage sur les HD-DVD et qui donne à cette méthode une indéniable dose de dynamisme en plus, et qui colle de surcroit à l'univers du film (qui joue avec les points de vue).


Fenêtre temporelle (making-of interactif)

Il s'agit donc de découvrir les coulisses avant l'action du film, guidés par les voix de Jerry Bruckheimer (le producteur), Bill Marsilli (co-scénariste) et bien-sûr Tony Scott (metteur en scène), qui interviennent dans trois commentaires séparés et remontés ensemble. Ce dernier ouvre le bal en évoquant le défi qui était le sien pour décrire ce film. Habitué aux histoires fortes, il se trouvait devant un projet tout bonnement impossible à résumer car il est totalement inclassable (plusieurs genres s'y trouvent totalement entremêlés). Il insistait surtout pour rester réaliste, dans une sorte de science fiction plausible. Le film est d'ailleurs davantage une enquête qu'un film d'anticipation. Le scénariste prend alors la parole en expliquant sa volonté d'écrire une histoire d'amour libre de toutes les contraintes des studios. Il part d'une idée qu'on lui a soumise, en six paragraphes, un détective dont la petite amie vient de se faire assassiner se sert d'un appareil qui lui permet de regarder une semaine en arrière, l'apport du scénariste et d'imaginer que l'histoire d'amour nait pendant que le détective enquête sur le passé de cette femme assassinée. Ce point de vue est très intéressant puisqu'il nous fait entrer d'emblée dans la genèse de cette histoire multiple et complexe. Deux inspirations se rencontrent, la science fiction et l'histoire d'amour, deux genres assez inhabituellement rapprochés ici. Le problème arrive quand Jerry Bruckheimer fait son petit laïus ultra convenu sur ces nouvelles idées qu'il recherche toujours, sur le fait qu'il n'a jamais vu un film pareil... On a envie de lui dire d'arrêter de nous le vendre, son DVD, vu qu'on l'a déjà acheté. Heureusement Tony Scott revient prendre la barre pour évoquer l'explosion du ferry sur le Mississipi qu'il a voulu réelle et le bon accueil de la Nouvelle Orléans. On échappe pas au couplet habituel, c'était génial, tout le monde est merveilleux, on est contents. Tant mieux, même si à la longue, ça peut devenir irritant, tout ce bonheur. On se dit d'accord, on embarque pour un truc classique, bien autosatisfait et pas très édifiant.


L'explosion du ferry

Et là surprise ! Une mosaïque apparaît, puis on zoome sur un ferry, et le making of de l'explosion s'intercale. Et là le dvdvore sursaute... Mais en voilà une bonne idée! On assiste donc à la préparation démente de cette scène, en gros faire péter le ferry le plus spectaculairement possible (en faisant durer l'explosion du pont intérieur au pont supérieur du bateau, pour créer une grosse boule de feu, un truc de malade). Tony Scott voulait se passer de l'infographie le plus possible et utilisa 16 caméras pour filmer la scène. On le voit régler méticuleusement ses caméras, les placer au cordeau. Au final, l'explosion est si spectaculaire qu'on dirait un chef d'oeuvre d'effets spéciaux pyrotechnique sauf que ça n'a rien de virtuel. Espérons tout de même qu'ils aient évacué le ferry, il y a des limites! Oui ils ont loué un bassin pour recréer le bateau en feu et que les cascadeurs plongent à l'eau, le réalisateur à la casquette rouge très passée (presque rose) n'est donc pas un dangereux psychopathe.


Le commentaire reprend ensuite en commentant un peu plus ce choix horrifiant de tourner les scènes le plus authentiquement possible. Marsilli a cette phrase étrange: « Je ne pense pas qu'on pourrait ouvrir un film sur une telle scène sans sauver tout le monde à la fin », affirmation à laquelle on a envie de rétorquer « Et pourquoi pas? », m'enfin pour citer le Big Lebowsky : « c'est ton opinion, mec! ». Anecdote amusante de ce vieux Tony, malgré l'explosion dantesque il était important que le ferry ne coule pas parce qu'il fallait le remettre en état de marche après (parfois le cinéma offre des situations absurdes). Ensuite, éloge et panégérique (justifié) de Denzel Washington, depuis USS Alabama et Man on fire, il vit une belle collaboration avec Scott (c'est un peu son Anna Karina à lui). L'admiration, la confiance et l'estime sont palpables dans la voix du metteur en scène. On y apprend que l'acteur est dur, méthodique, sérieux (mais sympa et intelligent aussi) et qu'il a surtout pris un vrai agent de l'A.T.F pour construire son personnage. Et ça c'est intéressant. Car ainsi que Scott le rappelle, il avait fait la même chose pour Man on fire. Toujours le même souci de véracité pour traiter d'un personnage, le même que pour évoquer la science fiction ou filmer une explosion, voilà une caractéristique tonyscottienne importante, il travaille de cette manière, avec ces références, les plus réalistes possibles. Marsilli décrit ensuite le héros en le qualifiant d'instinctif, d'intuitif, parvenant à cerner un crime au premier coup d'oeil, pas un laborieux méthodique en somme. Ensuite, Tony Scott évoque un autre acteur récurrent et maltraité par lui, Val Kilmer (grillé dans tous les aéroports depuis Top Gun, Elvis flou dans True Romance). Il retrouve le réalisateur ici (il doit être maso), pour un second rôle très sympathique.


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