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Wanted : Du Film A La Bd, Deux Esprits Differents [page 3]

Par Nicolas Houguet - publié le 16 janvier 2009 à 13h03 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 21h16 - 0 commentaire(s)
Ne voulant plus avoir un boulot de mouton, il devient assassin, ce qui réduit considérablement la portée contestataire de l'histoire. Avant sa métamorphose, le héros de la B.D est déjà une boule de haine qui va aller allègrement par delà le Bien et le Mal et briser toutes les règles morales qui structuraient sa vie. Millar faisait un uppercut au conformisme, aux convenances et mettait en scène un anti-héros total et heureux de l'être, profitant sans vergogne de sa supériorité meurtrière. La rébellion du film est bridée, puisqu'au bout du compte, il est un justicier. On sent là une bienséance totalement absente à l'origine, où Wesley devenait un enfoiré et en était très heureux.



Cette adaptation bridée de la B.D se retrouve à tous les étages en ce qui concerne la confrérie où le chaos règne dès l'origine (la rivalité contre Mister Rictus), où les affreux s'affrontent à coups de super pouvoirs dans une permanente entreprise de destruction massive où le meurtre de masse prévaut. L'ancrer dans le milieu plus réaliste des tueurs à gages, même avec des facultés très développées, limite un peu les options.

Et c'est là que le monde du scénario de Millar et celui du film se séparent. L'auteur n'avait pas peur d'aller trop loin dans la B.D, parfois jusqu'à un très mauvais goût et une violence aveugle. Le film semble s'arrêter au premier chapitre de la métamorphose et proposer une histoire alternative. C'est ce qui fait d'ailleurs qu'il est un très bon moment. Mais il s'agit à n'en pas douter d'autre chose, d'une histoire avec des voitures qui virevoltent, des pistolets qui font feu de toutes parts et des effets bullet-time assez réussis et un héros connaissant une trajectoire finalement assez conventionnelle.

Est-on trompés sur la marchandise ? Oui, hurleront les fans hardcore de la B.D en se griffant le visage à sang dans une manifestation de courroux légitime. Oui et alors ? répondront les autres qui auront eu leur dose de frissons, d'adrénaline et de séquences assez hallucinantes, un concentré d'action qui aura eu au moins le mérite de vous coller à votre siège pendant deux heures. Et tout le monde sera d'accord in extremis quand le héros s'adressera à vous face caméra et vous amènera à vous demander quel sens donner à votre vie, même si on préférera le final de Millar, insultant quasiment son lecteur, lui reprochant en substance d'avoir tellement de temps à perdre qu'il a pu lire son histoire. C'est l'une des rares fois que vous aurez l'occasion de fermer un livre vexé !



Jusqu'à cet ultime moment, on peut souligner l'approche beaucoup plus frontale et audacieuse de la B.D par rapport à son pendant cinématographique plus conciliant, précautionneux. On ne bouscule pas les habitudes du spectateur tout en lui servant ce qu'il est venu chercher, pimenté d'un accent de contestation bienvenu. Or cette contestation, cette violence et ce nihilisme étaient le coeur du scenario de Millar.

Ce qui fait du comics et du film deux oeuvres bien distinctes aux ambitions différentes, que l'on peut d'ailleurs apprécier chacune à leur manière et jouir de leurs finalités divergentes. L'adaptation est donc tout sauf fidèle mais elle offre une variation réjouissante et assez prenante autour de la B.D. Ce n'est déjà pas si mal.
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