Saviez vous que Chuck Berry fut inculpé pour braquage à main armée ? Saviez vous que Barry White est passé devant le juge pour avoir volé près de 300 roues de voiture ? Mais surtout – jouons la novices jusqu’au bout – saviez vous que ces infâmes spécialistes du larcin ont ensuite trouvé la voie de la sagesse pour devenir deux incontestables icônes de l’univers musical ? C’est sur ces surprenants exemples cités par Mos Def à Bruce Willis entre deux échanges de coups de feu, que repose justement la véritable identité de
16 Blocs. Bien loin du simple film d’action auquel nous nous attendions, le dernier métrage de Richard Donner s’impose comme une explosive illustration de la rédemption des psychés les plus sombres, en plus d’être un pardon – grandement accepté – pour son immonde et récent
Prisonniers du temps. Attention, très bonne surprise qui mérite incontestablement un rattrapage en DVD début Janvier 2007 !
Jack Mosley ne représente plus rien pour tous les officiers de police de son district. Alcoolique notoire, physiquement dépité, traînant la patte et incapable du moindre effort, ses plus récents états de services ne se limitent qu’à la surveillance de scènes de crimes en attendant le relais des équipes spécialisées. Sa nouvelle mission ne demeure guère plus ambitieuse puisqu’il est simplement chargé de faire le taxi pour un petit voyou jusqu’au tribunal local à quelques encablures. Quelques centaines de mètres à franchir transformés en un impitoyable terrain de chasse, faisant de son passager la proie d’assassins munis d’insignes qui feront tout pour abattre ce témoin gênant…C'était prévisible ! A force de repousser aux calendes grecques sa propre adaptation ciné,
24 heures chrono a fini par se faire coiffer au poteau (tout de même après le bien tenté mais gauche
Nick of time avec Johnny Depp), sur le créneau de plus en plus convoité du film de genre en temps réel. Un simili temps réel dirons nous plutôt, puisque trahit par quelques effets de style et réflexes de montage propres au genre qui noient dans son intrigue quelques ellipses discrètes et de tout aussi légers ralentis réduisant finalement les deux heures de l’histoire à 1h40 de métrage. Un défaut sincèrement mineur et que, en mauvaises langues que nous sommes, nous mettrons sur le compte des passages réservés aux coupures publicitaires de la future diffusion télé.

Mais intéressons nous plutôt aux points forts du film. À commencer par le réalisme et la dureté qui transitent via le fameux temps réel, abstenu au maximum d’artifices grossiers, mais qui se singularisent surtout dans l’état de délabrement purement chaotique offert au héros. Un Bruce Willis que le réalisateur ne ménage pas - voir une première scène démoralisante au possible. Poivrot invétéré, gras du bide et un visage radicalement décomposé par l’alcoolisme – aidé par des maquilleurs qui lui aspergeaient les yeux avec de la vapeur de menthol, véridique – démontrent qu’au-delà du statut de star et des fusillades, le comédien parvient encore et toujours à élargir sa palette du cow-boy solitaire comme il était déjà parvenu à le faire avec
Otage l’an dernier.
Un cliché de l’anti-héros à qui l'on reprochera de sentir âprement le réchauffé tant il s’inscrit dans une large liste de conventions auxquelles la première moitié de
16 blocs n’échappe pas. Là encore énormément inspirée par
24 avec qui le film partage cette pénible redondance de la chasse à l’homme (fusillade, fuite, cachette, re-fusillade, re-fuite etc…) et des longueurs d’avance de David Morse un peu tirées par les cheveux. Une première tranche divertissante tant par ses séquences musclées (la première victime de Willis nous renvoie à la sauvagerie de
L’arme Fatale) que par Mos Def, touchant de naïveté et à des années lumières du black de service caricatural, mais qui s’endormait néanmoins rapidement sur ses lauriers. C’était bien évidemment mal connaître Richard Donner, LE Richard Donner surexcité des années 80, bien décidé à faire basculer sa seconde heure dans le thriller adulte que
16 Blocs aurait dû être bien plus tôt.
Introduit par une spectaculaire poursuite en bus, ce second retour de flamme inattendu, pourtant toujours aussi nerveux, se transforme alors en un curieux huis clos qui n'est pas sans nous rappeler
Phone game dans sa situation géographique, comme dans les nombreux sous-entendus qu'il dépeint. Une troublante mise à nue des personnages et de leurs faiblesses au service pamphlétaire de la rédemption et des "gens qui changent" dixit Eddie (Mos Def). Plus surprenant encore, ce message finalement très sain ne parvient pas à basculer dans le puritanisme geignard normalement en vogue dans le paysage hollywoodien, et convainc constamment avec cette relation père/fils sincère et émouvante entre Jack (encore une similitude avec la série que l'on connaît) et Eddie.

L'émotion ! Une chose que nous ne nous apprêtions vraiment pas à voir débarquer ici, en plus d'une issue pas nécessairement audacieuse (on a déjà vu la même chose ailleurs) mais traitée avec une vraie maturité par le spécialiste des conflits amicaux houleux. Le tout restant diablement efficace, admirablement bien interprété et évitant la fantaisie démesurée qu'un tel script aurait pu entraîner. Finalement le personnage d'Eddie avait raison : les gens évoluent. Mais Richard Donner lui, ne change pas, et ses films sont toujours aussi bons.