Créé par les cinéastes Eli Roth, Scott Speigel et Boaz Yakin, la compagnie de distribution Raw Nerve a pour but de produire des films d'horreur cauchemardesques propre à booster le trouillomètre et surtout afin de concurrencer l'horreur sans saveur made in Hollywood. Pour leur premier film, les producteurs ont fait un remake de
2000 Maniacs, l'un des premiers films gore de l'histoire réalisé par Hershell Gordon Lewis.
Le pari était ambitieux. THE SOUTH WILL RISE AGAIN Le novice Tim Sullivan a commencé en tant qu'assistant de production sur le tournage du film
The Godfather Part III et
Coming to America avant de coproduire lui-même le film
America Exposed. Après avoir déménagé à Los Angeles, il œuvre à New Line durant cinq ans avant de produire le film
Detroit Rock City.
2001 Maniacs, qu'il a scénarisé et réalisé, est donc son premier film, remake officiel du film
2000 Maniacs, de Hershell Gordon Lewis. Inutile de lui taper dessus: le remake est devenu un péché véniel dans une industrie où il y en a désormais pléthore. A tel point que certains cinéastes ont préféré revenir aux sources de certains phénomènes horrifiques pour mieux asculter les racines du mal "au commencement" (le prequel de
Massacre à la tronçonneuse, de Jonathan Liebesman, de
L'exorciste de Paul Schrader et/ou Renny Harlin et sans doute prochainement de
Saw). Réalisé en 1964, le film d'origine signé Hershell Gordon Lewis n'a pu voir le jour que grâce au succès surprise de
Blood Feast, le film qui passe pour le premier à avoir oeuvré dans le gore qui tâche. Aujourd'hui, certains effets font sourire comme cette éviscération à base d'une langue de boeuf (on nous l'apprend dans
Serial Mother, de John Waters).
Tel quel,
2000 Maniacs est une production indépendante datée mais séduisante qui narre sur fond de musique country les tortures infligées sur six jeunes personnes perdus dans le trou du cul du monde (Pleasant Valley, un village de rednecks dégénérés qui aurait pu être baptisé
"plouc city"), et lance des clins d'yeux cinéphiles à
Brigadoon, de Vincente Minelli. Il demeure comme l'un des films préférés de son auteur. Fort des participations de quelques habitués (Robert Englund endossant l'inquiétant maire de la cité festive, Peter Stormare, Lin Shaye, déjà vue dans le maudit
Dead End, Giuseppe Andrews aperçu dans le moment le plus drôle de
Cabin Fever, sans compter Connie Mason, actrice présente dans l'original), Sullivan a actualisé une histoire qui aujourd'hui ressemble à n'importe quel
survival: un groupe d'étudiants complètement glabres et crétins partent en bagnole en vacances et décident de prendre un raccourci mortel (le fameux "wrong turn"). Ils débarquent dans une ville paumée et tombent sur des autochtones qui leur proposent d'assister au festival célébrant les combattants du Sud pendant la guerre civile.
HERSHELL GORDON LEWIS, THE POPE OF MANIACS Faisant partie avec Joe d'Amato des cinéastes ayant le nombre de pseudonymes le plus impressionnant (citons Lewis H. Gordon, Mark Hansen, H.G. Lewis, Herschell G. Lewis, Georges Parades, George Parades, Armand Parys, Armand Pays, Shelden Seymour, Sheldon S. Seymour, Sheldon Seymour, Seymour Sheldon, R.L. Smith, Gordon Weisenborn), Hershell Gordon Lewis passe pour celui qui a inventé le gore. Souvenez-vous: il avait secoué une Amérique rongée par le puritanisme avec
Blood Feast en 1963. Accessoirement, c'est l'un des cinéastes préférés de John Waters avec Russ Meyer. On peut voir un extrait de
Blood Feast, son premier long, dans
Serial Mother. Pour votre gouverne, le papi à la tronçonneuse est bientôt de retour puisqu'après
Blood Feast 2, il est toujours sur deux projets cintrés. Pourtant, à l'origine, rien ne le prédisposait au cinéma qu'il a abandonné en 1972 après avoir signé un peu mémorable
The Gore Gore Girls avant de revenir plus de trente ans plus tard signer la suite de
Blood Feast (
Blood Feast 2). Entre temps, il a tourné des spots de pub et creusé le sillon du marketing en signant 26 livres sur ce milieu. Alors qu'il donnait des conférences de marketing, des gens allaient à sa rencontre en lui demandant s'il savait qu'un cinéaste portait le même nom que lui. Il arrivait même que des fans se ramènent avec des posters à dédicacer.

La raison pour laquelle il a arrêté de faire des films est simple et malheureuse: les majors qui naguère refusaient de s'abîmer dans un registre a fortiori mal fréquenté se sont soudainement mises à exécuter des films dans la veine de ce qu'il faisait. Ce qui a provoqué sa perte puisqu'il ne pouvait pas rivaliser avec les ambitions d'une industrie cinématographique qui, avec plus de moyens, bénéficiaient d'une distribution et d'un attrait écrasants. Il n'a pas essayé de profiter du système avec la malice d'un opportuniste prêt à tout pour se faire du pognon et exploiter à fond une veine tant qu'elle était chaude. Le grand Hershell s'est simplement retiré pour mieux revenir trente ans plus tard réaliser une sequel anniversaire à
Blood Feast dont l'idée lui fut suggéré par Jacky Morgan. Logiquement, Hershell n'a pas pu superviser le remake de son second long et n'a pas non plus été introduit dans le dessein. Comme Hershell Gordon Lewis ne détient plus les droits de
2000 maniacs, le réalisateur Tim Sullivan est directement passé par celui qui les a. A l'époque, cette idée de remake n'enthousiasme pas plus que ça le père Lewis. Autant il était partant pour que l'on fasse un remake de
The Wizard of Gore; autant cette suite-remake l'angoisse plus qu'autre chose. Depuis, l'inventeur du gore a oublié la frustration: après une période de creux de plus de trente ans, il a retrouvé la vitalité cinématographique en s'attaquant à deux nouveaux projets :
Grim Fairy tales et
Back in Blood : Revenge of the Gore-Crazed Maniacs, les deux films étant produits par Film State 51.
Grim Fairy Tales est présenté comme la réponse du réalisateur à la folie de la néfaste télé réalité. Il s'agit d'un jeu dans lequel les perdants geignards payent le prix fort. Gordon Lewis a écrit le script et promet des monts d'effluves gores.
Back in Blood : Revenge of the Gore-Crazed Maniacs est un projet tout aussi excitant qui regroupe tous les antihéros des précédents films du cinéaste goreux ("un rêve qui devient réalité pour mes fans" dixit ce dernier): Fuad Ramses (
Blood Feast), Montag le magnifique (
The Wizard of Gore), Adam Sorg (
Color me blood red) et Rodney & Granny Pringle (
The Gruesome Twosome). Les films seront tournés au cours de l'année 2006. Les aficionados doivent s'en réjouir.
2001 MANIACS : 2000 + 1 Clairement, Tim Sullivan est loin de révolutionner le genre, essentiellement parce que sa combinaison d'humour, de sexe et de gore, plus typique du cinéma du roublard Eli Roth que de la sincérité d'Hershell Gordon Lewis, évoque plus un teenage-movie qu'un film potentiellement impressionnant et donne l'impression d'avoir le cul entre deux chaises. D'un côté, les producteurs revendiquent la possibilité de faire un film différent de ceux que nous avons l'habitude de voir; et de l'autre, tombe dans certains lieux communs du genre. C'est habilement que le fossé tient à être souligné: entre les années 1960 et 2000, beaucoup d'autres opus inspirés selon ce système n'ont peut-être fait que décliner le modèle d'Hershell Gordon Lewis jusque dans la confrontation entre un groupe d'innocents et de yankees éculés. Cela va de Wes Craven à Tobe Hooper en passant même par John Boorman qui a repris les codes du survival pour en faire une éblouissante parabole sur la cruauté humaine et la fragilité de la nature. Epuré des codes,
Délivrance reste comme l'un des chefs-d'oeuvre du genre pour avoir su organiser des séquences mémorables (le passage du banjo), des images marquantes (l'arc), des situations réellement effrayantes (la scène du viol) ou déchirantes (les larmes lors du repas à la fin).
C'est la preuve qu'avant d'être un chef-d'oeuvre ou même l'oeuvre d'un génie,
2000 Maniacs est avant tout l'ambassadeur d'une mouvance comme pouvait l'être dans un registre voisin l'excellent
Carnival of Souls, de Herk Harvey (source d'inspiration pour
Sixième sens, de M. Night Shyamalan). D'ailleurs, dès sa longue introduction,
2001 Maniacs rend hommage aux classiques (on cite nommément
Cabin Fever,
Délivrance et surtout
Massacre à la tronçonneuse /
La colline a des yeux avec respectivement l'auto-stoppeur inquiétant et le pompiste taciturne) avant d'emprunter des trajectoires plus convenues. On est toujours à deux doigts de la bonne série Z made in Troma, où toute velléité sadique est immédiatement contrecarrée par une atmosphère absurdo-cartoonesque propre à Lewis et un humour égrillard qui ne fait pas dans la dentelle, nettement moins sous-jacent que dans l'original. Le film de Lewis se révèle sans doute plus flippant en raison de son côté crado-amateur. Mais l'originalité de certaines scènes de meurtre (en particulier celle de l’écartèlement avec les chevaux - comme dans l'original - et des excès auxquels Sullivan a ajouté des lesbiennes incestueuses et une bonne louche de cannibalisme et de zoophilie), la fin bien dégueu et l'énergie déployée pour offrir un spectacle qui détonne du tout-venant compensent le caractère anodin de l'entreprise qui risque à tout instant de succomber sous le poids des références et des attentes. Si on ne joue pas au jeu (souvent énervant) des disparités,
2001 Maniacs, relecture contemporaine et totalement en phase avec ce que l'on peut attendre d'un dessein pareil (c'est-à-dire avec les libertés acquises depuis les années 60), s'impose comme un divertissement adéquat pour la soirée dvd du samedi soir. Les adolescents qui découvrent le genre devraient adorer, d'autant que le film de Sullivan invite ouvertement à reconsidérer l'original d'Hershell Gordon Lewis.