C'est avec tristesse que nous apprenons aujourd'hui le décès du comédien Bernard Haller, à l'âge de 75 ans.
Né le 5 Décembre 1933 à Genève, l'homme s'orienta tout d'abord vers des études de vétérinaire, puis de Droit, et enfin de gemmologie. Mais il s'en détourna très vite, et ce, afin de se consacrer pleinement au monde du spectacle. Ses débuts au cabaret furent difficiles mais il y côtoya de grands noms, parmi lesquels Barbara ou bien encore Raymond Devos. A la fin des années 50, Robert Lamoureux tomba littéralement sous son charme, et décida alors de le présenter à la France entière, lors d'une émission télévisée,
L'Ecole des Vedettes. Un tremplin formidable puisque l'année suivante, Bernard Haller fit ses premiers pas au cinéma, dans un film intitulé
Sergent X, sous la direction de Bernard Borderie. Hélas, par la suite, les rôles ne se bousculèrent pas davantage. Il lui fallut attendre la fin des années 60 avant de rencontrer
Bertrand Blier sur le tournage de
La grimace. Certes, il ne s'agissait que d'un court-métrage, mais la rencontre n'en fut pas moins prestigieuse.
En 1971, il remonte sur scène et écrit son propre spectacle,
Et alors ?. Le succès est enfin au rendez-vous. Bernard Haller le jouera plus d'un an, avant de partir en tournée. A son retour, il reçut le Prix du Brigadier, récompensant l'évènement le plus marquant de la saison théâtrale. Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, le cinéma lui fit à nouveau les yeux doux. Le comédien se voit essentiellement proposer des comédies, ce qui lui permet de donner la réplique aux humoristes les plus populaires du moment :
Pierre Richard (dans
Je sais rien mais je dirai tout), Les Charlots (dans
Les Quatre Charlots mousquetaires, et
Les Charlots en délire : A nous Quatre, Cardinal),
Michel Galabru (dans
Chaussette Surprise),
Michel Serrault (dans
L'associé, et
Bonjour l'angoisse), Francis Perrin (dans
Le roi des cons) sans oublier
Pierre Mondy (dans
Le Braconnier de Dieu). En somme, une juste alternance entre un cinéma populaire de qualité, le nanar et le navet.
Sa voix inénarrable lui donna également l'occasion de s'essayer au « doublage », à une époque où se sont succédés les plus grands, de Roger Carel à Pierre Tornade, en passant par
Gérard Hernandez et Jacques Morel. Tous se retrouvèrent d'ailleurs sur les premières adaptations animées de
Lucky Luke au cinéma,
La ballade des Dalton, puis
Les Dalton en cavale, dans lesquelles Bernard Haller interpréta Rantanplan, le chien le plus bête et le plus sympathique de l'Ouest. L'acteur conservera le même « rôle » dans la série télévisée consacrée au célèbre cowboy datant du milieu des années 80. Une nouvelle occasion pour lui de jouer un chien, après avoir donné sa voix vingt ans plus tôt au personnage de Pollux, dans
Le manège enchanté. Curieusement, il fut remplacé par Henri Salvador dans la version cinématographique sortie en 2004...
Comme beaucoup d'autres, il se dirigea à la fin des années 80 vers la télévision, où là encore, les propositions ne manquaient pas :
Imogène,
Nestor Burma,
Eugénie Grandet,
Maigret,
Les Cordier, juge et flic... et plus récemment encore,
La Crim' ou
S.O.S 18. Fort heureusement, certains cinéastes continuèrent de faire appel à ses services dans les années 90 jusqu'à aujourd'hui. Ainsi, il apparut dans l'unique film mis en scène par le producteur Christian Fechner,
Justinien Trouvé, ou le Bâtard de Dieu), puis dans
Les Poupées Russes, réalisé par Cédric Klapisch en 2005. Mais on retiendra surtout
La soif de l'or, l'une des dernières grandes comédies signées Gérard Oury, qui lui proposa, en toute logique, d'interpréter un « comte Suisse ». Affublé d'une moustache ridicule et doté d'un accent poussé à l'extrême, le comédien y trouva là l'un de ses meilleurs rôles. N'en déplaise à certains... Son ultime apparition cinématographique ne sera malheureusement pas la plus fameuse. Il fut le devin Cataractos, aux côtés de
José Garcia dans
Sa Majesté Minor, une étrange farce conçue par Jean-Jacques Annaud il y a trois ans. Toute erreur est humaine, et cela n'entache en rien une carrière exemplaire.
On dit que ce sont toujours les meilleurs qui nous quittent en premier. On commence à le croire...