Itxarobide16 utilise son blog pour donner son modeste avis sur un petit chef d'oeuvre, très apprécié de la rédaction,
Fantômes contre Fantômes. Ou quand
Peter Jackson révèle au grand public son immense talent, alors que la trilogie de l'Anneau n'était encore connue que par peu d'initiés.
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Escroc à la petite semaine, Frank Bannister utilise ses pouvoirs paranormaux pour détrousser les habitants de Fairwater. Au même moment, des crises cardiaques suspectes secouent la communauté et font remonter le douloureux souvenir de Johnny Bartlett, serial killer qui a endeuillé la ville trente ans auparavant. Pour son cinquième film,
Peter Jackson s'est lié avec
Robert Zemeckis afin de préparer son intromission dans l'économie américaine. Destiné dans un premier temps au petit écran pour Les Contes de la crypte, son producteur, impressionné par la qualité du script de Jackson et Walsh, décida d'en faire une version allongée et de la sortir au cinéma. Décidé à tourner en Nouvelle-Zélande,
Peter Jackson parvint à convaincre Zemeckis qu'il réaliserait le film pour un coût moindre s'il restait chez lui plutôt que de déplacer la production aux Etats-Unis. Par ce biais, Il lui était aussi possible de conserver une plus grande marge de manœuvre et une certaine liberté en restant loin d'Hollywood et de ses diktats marketing. Wellington servirait donc à recréer la petite ville de la côte Est américaine où se déroulerait le drame. L'inversion des panneaux routiers et l'importation de voitures ayant le volant à gauche permettant de resituer l'action (en Nouvelle-Zélande comme dans les autres pays du Commonwealth, on roule à gauche). Employant de nombreuses astuces glanées au cours de ses tournages low budget, Jackson tenait à rentabiliser chaque dollar qui lui était alloué. Ainsi, il parvint à produire pour 30 millions de dollars un film ayant l’apparence d’un diamant coûtant deux fois plus cher.
Dans le hors série
Mad Movies qui lui est consacré, Rafik Djoumi fait une analyse pertinente du scénario de Jackson (et de Fran Walsh, souvent oubliée dans les raisons du succès du néo-zélandais). Il met en lumière l'aspect minutieux et touffu d'une histoire largement plus complexe que la moyenne. L'aspect film à tiroirs renferme d'innombrables idées qui seraient, prises séparément, suffisantes pour fabriquer la trame d’un long-métrage. On y retrouve l'histoire d'un homme hanté par la mort accidentelle de sa femme dont il se sent responsable. Puis celle d'un serial killer qui revient d'entre les morts pour achever son œuvre. Ou encore la chronique de fantômes utilisés pour escroquer les vivants. Autant de déclinaisons complexes, de fils entremêlés pour former une intrigue qui s'épaissit à mesure que le métrage avance. Comme des poupées gigognes à multiples dimensions, chacune pouvant contenir toutes les autres. Jackson n'hésite pas non plus à mélanger les genres sans pour autant obtenir une salade sans saveur. Chaque ingrédient étant pesé, dosé, injecté avec la science du parfait chimiste, maîtrisant chaque effet. Un travail rigoureux, pensé, qui peut paraître presque facile tant la composition est évidente. Entre comédie – aidé en cela par
Michael J. Fox, que l'on n'avait pas vu aussi bien utilisé depuis
Retour vers le futur -, film d'aventure, thriller et film d'horreur – la marque de Jackson – les couches s'ajoutent naturellement, les unes après les autres.

Pour sa part, la mise en scène fonctionne au diapason de l’histoire. La contribution de WETA – qui avait été créée pour Créatures célestes - aux effets spéciaux préfigure déjà du Seigneur des Anneaux. Entre le ripper aux allures de Spectre servant de l'Anneau et les composites contenant les spectres translucides, Jackson ne se simplifie pas la tâche. La complexité de certains plans ralentit considérablement la durée du tournage et il ne parvient à obtenir que deux ou trois minutes de pellicule par jour. Qu'importe, Jackson soigne chaque instant comme un bijou d'orfèvre. L'échec inexplicable du film – plombé en partie par le studio qui semble ne pas croire au film et le vend n’importe comment – ne met pourtant pas en péril son statut aux Etats-Unis. On reconnaît le talent du réalisateur et sa capacité à façonner une œuvre ambitieuse à moindre coût. Toujours est-il que l'insuccès de Fantômes contre fantômes l'empêche en partie de concrétiser son projet suivant: un remake de King Kong commandé par Universal. Tant mieux pour Jackson et sa clique qui vont se faire cuire un œuf chez New Line avec Le Seigneur des Anneaux et tant pis pour Universal qui n’aura d’autre choix que d’allonger les biftons et le tapis rouge huit ans plus tard. Pour sa part, Fantômes contre fantômes, en plus d’un aspect fun effarant, reste un film totalement personnel avec des thèmes chers au cinéaste (la mère possessive), qui fait pleuvoir à verse ses trois cent idées géniales à la minute.
