Par jp33 - publié le 29 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 29 octobre 2009 à 22h59 - 3 commentaire(s)
Le blogueur jp33 nous livre son analyse du nouveau film de et avec Clint Eastwood, à savoir Gran Torino. Et alors que notre Romain Le Vern trouve la nouvelle oeuvre du maître très réussie, notre blogueur possède un avis à l'évidence plus mitigé sur la question...
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Papy fait de la résistance

Il aura fallu attendre quatre mois chez nous pour découvrir le nouvel opus de Mister Eastwood après son formidable L'Echange (3 mois aux Américains, 8 aux Cannois). Il prouve une fois de plus, qu’à 78 ans il tourne beaucoup et vite. Trop sûrement. Neuf films en dix ans pour les années 2000 (en attendant The Human Factor pour fin 2009), huit pour les années 90, sept pour les années 80, 6 pour les années 70. Un vrai métronome qui devrait en réaliser normalement dix pour les années 2010, si il est aussi résistant que son nouveau pote centenaire Manoel de Olievera. Mais contrairement à ce dernier, son cinéma reste, malgré son classicisme affirmé, du cinéma contemporain visible par tous. Eastwood n’a désormais plus rien a prouver : L'échange, Impitoyable, Sur la route de Madison, Un Monde parfait, Bird/f>, Million Dollar Baby, Mystic River, Minuit dans le jardin du bien et du mal… C’est assurément un auteur confirmé qui, malheureusement (et ce n’est pas de sa faute), a un large panel de spectateurs conquis par avance. Quoi qu’il fasse désormais, il est intouchable ! Surtout en France ! Mais sa raison est ailleurs : il filme avec une réelle passion pour laisser une trace dans l’histoire du cinéma, s’étant depuis longtemps détaché de ses influences paternelles (Leone, Siegel pour ne citer qu’eux) aussi écrasantes qu’importantes dans la constitution de son regard de cinéaste. Comme eux, il fait partie intégrante de l’histoire du cinéma.



Son cinéma laissera indéniablement une trace tout comme son image de bad guy qui lui colle à la peau depuis des lustres. Cette image de mec réac, limite raciste, virile, jusqu-au-boutiste, véhiculée par des films comme Dirty Harry, mais aussi ses réalisations, où certaines composantes des histoires qu’il filme se retournent contre lui à cause de leur ambiguïté. Avec son nouvel opus Gran Torino, il adresse un doigt d’honneur à ses détracteurs, en interprétant un vieux de la vieille réac et raciste qui va se prendre d’amitié pour ses jeunes voisins asiatiques. Son dernier rôle d’après lui. Qu’en est-il ? Que vient faire ce drôle de film après une grande œuvre comme L'Echange ?


Walt Kowalski est un tough guy de l’ancienne école. Un vieux bougon réac comme le cinéma américain nous en montre peu ces derniers temps. Première séquence : Walt enterre sa femme et grogne. Les jeunes n’ont plus de respect ces temps-ci (sa petite fille vient à l’enterrement de sa grand-mère, nombril à l’air). Dès cette introduction, on peut être choqués par le sur-jeu d’Eastwood, le cabotinage excessif du vieux monsieur. Ce qui n’est pas près de s’arrêter par la suite. Mais il le fait avec un tel bonheur que cela en devient vite comique. Et en même temps c’est l’effet voulu par le réalisateur qui signe ici un drôle d’hybride entre comédie et drame urbain. Rien que le titre peut faire sourire tout cinéphile qui ne l’a pas encore vu. La Gran Torino c’est la bagnole de Starsky et Hutch et quand on se rappelle, l’œil fou, de son autre film de bagnole, Pink Cadillac, nanar sympa, on se demande si il ne nous refait pas le coup de 1989. Bon, dès les premières séquences, on est rassurés. Ouf ! Car les guilty pleasures ok, mais après le grand film qu’il vient de pondre, ça ferait mal. Et puis les plaisirs coupables (pour ceux qui n’auraient pas compris guilty pleasures) c’est mieux en vf et vhs ! Non soyons sérieux deux minutes, Gran Torino est d’un tout autre genre que Pink Cadillac, même si cela reste un petit Eastwood, bancal mais intéressant.



En interprétant Walt, ancien de la guerre de Corée, Eastwood prend son pied, et rayonne pour son chant du cygne (de la comédie). Il bougonne, éructe, insulte à tout va et instille petit à petit un humour franc qui ridiculise autant son personnage que son ancienne image de tough guy. D’ailleurs il se réserve les meilleurs dialogues. Petit sample : (au jeune prêtre à qui il se confie, non sans mal - les seuls moments d’introspection de Walt) « Vous ne connaissez rien de la vie ou de la mort, car vous êtes un puceau sur-éduqué de 27 ans, qui tient la main de vieilles bigotes en leur promettant l’éternité. ». Il est comme ça Walt : toujours la langue bien pendue pour débiter des conneries à la pelle. Ce qui fait le sel du film. Et on retrouve cet humour dans l’amusante complicité qui le lie tout d’abord à la jeune et jolie Sue (Ahney Her dont c’est le premier rôle), sa jeune voisine, qui, elle aussi, a de la repartie. Dès qu’elle brise son armure, le surnommant Wallie, on voit les dialogues fuser entre eux. Lui avec ses gros préjugés racistes. Elle, avec son impertinence qui la rend si attachante. Puis cette relation emboîtera le pas à une autre, plus conventionnelle et moins pertinente : celle entre Walt et Thao, le jeune frère de Sue, qui échappe de peu au gang asiatique du coin, qui veut absolument le recruter. Walt va tout d’abord refuser de lui parler (le jeune, dans un rite d’initiation, doit voler la Gran torino de Walt) pour ensuite lui apprendre les rudiments de base da la virilité old school pour mieux l’armer face aux gangs. La scène drolatique où Walt apprend à Thao à « parler viril » avec son ami barbier est un pur délice comique. Mais cet enseignement à la papa, où les garçons ne pleurent pas est un gros tissu de conneries sociologiques. Et même sous couvert de comédie, Eastwood n’est pas dupe. Le final confirmera que cet enseignement à la Maître de Guerre, ne sert pas à grand-chose. Je n’en dévoilerai pas plus, cela serait criminel.



Chacun va donc évoluer, tissant des liens plus profonds qu’il n’y paraît. Mais la transformation ne sera pas spectaculaire, Walt restera Walt, malgré sa récente ouverture d’esprit. On apprend à découvrir ses fêlures mais elles sont amenées de façon tellement prévisibles et caricaturales, qu’elles ne touchent jamais le spectateur. Que ce soit la maladie ou ses souvenirs de guerre, rien n’est vraiment émouvant. Et c’est là la grande faiblesse du film : son script bancal qui hésite constamment entre deux genres qui ne se lient jamais. D’un côté on rit beaucoup du cabotinage excessif de l’acteur, des dialogues fort drôles qui font de lui une sorte de Tatie Danielle US, du jeu de miroir réfléchissant son passé d’acteur (Dirty Harry surtout et sa violence punitive) mais jamais le drame qui se noue (une guerre de gangs caricaturale) ou cette rencontre de deux mondes différents (mode vie américain et asiatique) n’innove, ne touche. On ne voit malheureusement en Gran Torino qu’ un adieu à la comédie, à ses anciens personnages et vieux démons plutôt expéditif. Il en est conscient en introduisant de l’absurdité à tous les étages (ok le scénario n’est pas écrit par lui mais comme tout grand cinéaste, Hictchcock faisait pareil, il délègue l’écriture mais impose sa patte d’auteur par des directives). Cette façon de pointer du doigt les méchants du film, comme si il tenait un revolver, sont des purs moments de comédie fort réussis. Et cette description amère et caricaturale de sa famille qui veut le placer en maison de retraite est très amusante même si jamais profonde. En dehors de cet humour excessif et amusant, la vraie qualité de Gran Torino est cette façon si spectaculaire de dérouter son spectateur, quitte à le laisser sur la bande d’arrêt d’urgence. Jamais la voiture ne sert vraiment dans le film, à part vers la fin, et reste le McGuffin le plus rigolo du cinéma. Une sorte de vieux témoin du passé Eastwoodien/Kowalskien assez amusant. Néanmoins, en terme de divertissement, Gran Torino se regarde sans déplaisir. Peut mieux faire tout de même (et a mieux fait) !

jp33
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