Le nouveau film de
Clint Eastwood,
L'échange, sorti dans les salles mercredi dernier, n'a bien sûr pas échappé à l'analyse de nos blogueurs. Et nous avons décidé de metttre en avant aujourd'hui la critique de jp33, habitué de la rubrique et totalement charmé par la pellicule.
Pour rappel, chacun est libre de créer son blog pour s'exprimer, avec une mise en avant spécifique des tests DVD, news, critiques cinéma, etc. Vous pouvez les illustrer à votre convenance, rajouter des liens, et réagir sur les blogs des autres.
A près de 80 ans,
Clint Eastwood est un auteur vénéré. Pour son vingt-huitième long, il décide d’adapter une histoire vraie. L’histoire édifiante de Christine Collins, qui, dans les années 20 se retrouve confrontée à l’horreur. Son fils disparaît et après des mois de recherche, la police de Los Angeles lui ramène un enfant qui n’est pas le sien. Elle criera la vérité au prix de sa liberté. Ecrit par un scénariste spécialisé des séries télé, J.Michael Straczynski,
Changeling (
L'échange en français), va suivre cette histoire hautement émouvante qui mêle chagrin personnel et histoire collective (la corruption de la police de l’époque). Aidé par le prêtre local qui tient une émission de radio où il dénonce la corruption des politiciens et de la police, Christine va être un exemple pour plein d’américains.
De cette histoire presque oubliée, Eastwood va en tirer un grand, très grand film. Tout d’abord commençons par féliciter
Angelina Jolie. Actrice convaincante à ses heures (
Raisons d'Etat, Mr and Mrs Smith) mais le plus souvent en dessous, Angelina ici est grandiose. Elle saisit de suite son personnage, n’en faisant jamais trop (du style Une Vie volée) et nous donne l’envie de s’accrocher à son personnage de femme forte, frêle et digne. Elle y est bouleversante. Toujours droite comme un i, mettant sa main sur sa bouche comme pour étouffer des cris, se contenir, le personnage de Christine Collins est formidablement incarné. Mère courage élevant seule son fils à la recherche dudit fils disparu et de la vérité, elle va s’élever contre la corruption masculine et la folie masculine. A cet égard toutes les scènes entre Christine Collins et le capitaine Jones (excellent Jeffrey Donovan) sont intenses de tension. Ou encore celle vers la fin entre Christine et le psychopathe. Et cette composition fabuleuse digne d’un Oscar 2009 est rendue possible grâce à l’attachement d’Eastwood pour cette femme (Collins) et cette actrice (Jolie) qu’il filme avec beaucoup de respect et de fascination. Que ce soit dans des scènes détendues (au boulot) ou beaucoup plus violentes (l’asile), il magnifie celles qu’il filme, les rendant dignes à chaque instant. On saluera le reste du casting, impeccable (Malkovich en tête).
La photo sublime de Tom Stern ou les décors et costumes (Murakami et Hopper) sont au diapason. Ils créent une société des années 20 très crédible et très loin de la reconstitution académique à laquelle on a souvnet droit dans le ciné US. Tout élément historique est parfaitement intégré et n’apparaît pas posé là pour faire « époque » comme souvent. Ici même si l’époque donnée est loin, on y croit comme si c’était aujourd’hui ! C’est ce que le film réussit à dépasser : le chromos. En utilisant un noir et blanc qui, après un fondu enchaîné, fait apparaître la couleur, on rentre vraiment dans cette histoire d’antan comme si elle était arrivée la semaine dernière. D’ailleurs Eastwood referme son film de la même manière. Subtil et classique à la fois. Toujours efficace.

Mais Eastwood met toute son âme à faire ce film. Autant il tourne beaucoup, autant ici il filme comme si c’était une œuvre fondamentale pour lui. Il approfondit son sujet en prenant plusieurs directions (drame, thriller), comme ci
Changeling, était une œuvre qui compte. Et effectivement elle compte. Revendiquant son amour du classicisme hollywoodien, Eastwood n’en n’oublie pas la modernité (du propos) et des choix de mouvements de caméra. Pas une seconde d’ennui, pas un plan à jeter. Son rythme de montage est purement un rythme d’aujourd’hui. Cette alliance passé-présent est ce qui donne aujourd’hui le meilleur du ciné US. (Gray, Shyamalan…) comme quoi c’est dans les meilleurs pots… Un grand film que je vous conseille vivement. L’un des meilleurs de cette année.
NB : L’actrice interprétant l’amie de Christine Collins dans l’asile n’est autre qu’Amy Ryan. L’année dernière elle interprétait avec beaucoup de talent une mère dont l’enfant était enlevé dans le très réussi Gone Baby Gone de Ben Affleck. Sauf que cette mère là, junkie notoire, s’en foutait un peu de son enfant. Quand le ciné hollywoodien boucle la boucle.* * * *jp33