Deux films d'horreur à une semaine d'intervalle, deux sorties attendues, deux jeunes réalisateurs français admirateurs du cinéma de genre. Le premier, Pascal Laugier, avait sorti un premier long en forme d'hommage au cinéma fantastique (Argento, Shyamalan…) qui souffrait d'un rythme mal dosé mais qui donnait vraiment envie de suivre le travail de ce jeune cinéaste talentueux. Ses gros points forts : la direction d'acteurs et la caméra. Son point faible : un scénario déjà vu, trop artificiel pour convaincre. C'était en 2004 et cela s'appelait Saint Ange. Pas de nouvelles de lui depuis quatre ans et puis il y a quelque mois, l'annonce d'interdire son nouveau long aux moins de dix huit ans, remis son nom sur toutes les lèvres. Pas forcément pour les bonnes raisons. Son film se devait d'être défendu par la profession mais il faut aussi reconnaître que depuis les
Saw,
Hostel et consorts, la violence des films d'horreur, le gore et les tortures à outrance commençaient à outrepasser les bornes. Pourquoi des films où l'on montre des gens faisant l'amour de façon normale ou sauvage devraient êtres taxés par l'interdiction suprême alors qu'une violence inouï peut-être visible par plein d'ados ? Il faut avouer qu'au nom de la liberté d’expression on protège tout et n'importe quoi ! Mais qu'on se rassure la film qui ne devait pas sortir est enfin sorti sous une interdiction aux moins de seize ans. Le nouvel opus de Laugier, intitulé
Martyrs avait donc bénéficié d'un gros parfum de scandale, bien relayé par les critiques qui furent très divisés sur l’œuvre du bonhomme. Admiration versus Haine. Le mystère restait entier pour nous pauvres spectateurs.
IL N’Y A PLUS DE MARTYRS… IL N’Y A QUE DES VICTIMES !Face à lui, Alexandre Aja, qui, après un remarquable
Haute Tension et un bon remake de
La Colline a des Yeux, avait les studios américains dans la poche pour son nouvel opus intitulé
Mirrors. Le seul petit frenchy qui, à Hollywood, a défaut d'avoir le contrôle artistique total, a au moins le droit d'apposer sa patte sur ses films. Pourquoi ? Parce qu’Aja avait déjà un savoir faire très hollywoodien. Et il est vrai qu'il est vraiment doué pour la caméra. Il nous présente un nouveau film de frousse avec des miroirs tueurs. Bouuuuuhhhhh tremblez pauvres diables !!! Toujours aidé de Gregory Levasseur au scénario, Aja devait adapter un film asiatique mais le script ne leur plaisait pas. Il gardèrent la thématique du miroir pour écrire un tout nouveau projet. Lequel des deux français remporte le morceau en nous filant les pétoches ? Lequel des deux a réussi son pari ?
Attention Spoilers
Tout d’abord Martyrs se vit comme une expérience. Une expérience pour le moins pénible. Le film débute là où Massacre à la Tronçonneuse se termine : une jeune fille arrive à fuir ses bourreaux qui la torturaient dans un hangar désaffecté. Qui sont-ils ? Pourquoi ? Puis on passe à une explication psychiatrique via des films super 8 qui rappelle le
Sisters de De Palma. Arrive les premières invraisemblances (les psy montrent les vidéos des lieux de torture à une autre petite, meilleure amie de la rescapée) et manipulations (on voit un monstre qu’on imagine bien dans la tête de la petite mais comme le monstre nous est montré dans le même plan que ladite petite il n’y a pas pluralité de sens). Le monstre existe bel et bien ou le réalisateur hyper roublard va nous faire le coup du « c’était dans sa tête » ! Enfin bon on verra bien ! Quinze ans plus tard, une famille bourgeoise prend le petit dej’. Humeur decontract’ et hop revoilou la gamine rescapée qui massacre cette famille à coup de fusil. Elle dit avoir reconnu ses bourreaux sur le journal. Sa meilleure amie, qui la protège depuis des années, arrive pour l’aider à nettoyer le merdier. Le film est déjà commencé depuis un bon quart d’heure et l’on se dit qu’effectivement la violence est rude (on pense direct à Peckinpah). Mais le pire n’est pas encore arrivé ! Jusque là tout va bien ! S’en suit des scènes interminables (l’amie s’occupe de nettoyer, l’autre est poursuivie par la bête) pour finir sur LA révélation pourrie : elle est schizo (l’explication du début) et c’est TOUT ! La bête n’existant pas, son amie croit qu’elle s’est trompée et ne supportant l’idée qu’elle la soupçonne, la rescapée se tranche la gorge. Allez un cadavre de plus ! Fin du second acte. Ensuite dernière partie (la plus ignoble) l’amie compatissante est amenée à trouver une prison souterraine (Le Sous sol de la Peur ?) qui servait de lieu de torture aux parents soi-disant modèles. La rescapée du début disait juste et le monstre matérialisé n’était autre que la vision d’une autre torturée qu’elle n’avait pu sauver à l’époque. Retour au présent : l’amie découvre une sorte de cadavre ambulant qu’elle détache mais qui veut se couper la peau et tout le toutim, puis arrive des gens habillés de noir (style le F.B.I. français) qui bute la torturée du sous sol… pour torturer la douce et prévenante amie. Dernière demi heure : la torture intégrale avec explications vaseuses du pourquoi du comment. Une secte de vieux veut savoir ce qu’il y a après la mort et font torturer des gens pour qu’ils leur rapportent ce qu’ils y ont vu. A la fin, l’amie sympa est dépecée vivante, enchaînée mais se rappelle l’amour qu’elle a pour son amie morte au milieu du film ! Qui a-t-il après la mort ? Eh bien la prêtresse de la secte le garde pour elle et se suicide !
Fin Spoilers
Pour ceux qui auraient lu jusque là vous pouvez voir a peu près (je ne suis pas auteur) la substance de ce navet. C’est hyper prétentieux, hyper glauque et putassier au possible. Je pense n’avoir jamais vu pareille horreur ! A côté Hostel apparaît comme un voyage à Disneyland. Pourtant Laugier avait réussi son début très percutant et puis il s’est perdu dans un pensum boursouflé et grotesque. C’est ignoble et complaisant au possible. Comme il ne sait pas raconter une véritable histoire mais juste la manière de torturer, il balance la guitare mélancolique pour rappeler que le calvaire qu’elle endure, elle le fait par amour. Pathétique, petit et vraiment peu ragoûtant,
Martyrs n’a pas oublier de se prendre au sérieux et de nous prendre en otage. C’est carrément plus mauvais que le déjà très fumant
Cannibal Holocaust, c’est dire ! Désormais il y a un nouveau maître étalon dans le charcuterie movie, car vous pouvez penser ce que vous voulez, mais Martyrs est tout sauf un film d’horreur ou fantastique : il n’y pas de suspense, pas d’histoire véritable et surtout pas un sens du recul qui permet de montrer le côté fabriqué ou irréel de la chose. Sans aucun humour, Laugier va finir son film sur la demi heure la plus dure à regarder de toute l’histoire du cinéma (j’ai dû la regarder de biais, le mur de la salle étant tellement moins répugnant !) et en cela on peut dire qu’il a réussi son pari !
Franchement je souhaite bon courage à ceux qui vont le voir car je ne suis pas fan de torture gratuite et si vous êtes comme moi et que vous préférez un bon film d’horreur, il vaut mieux se revoir le dernier Tarantino qui a déjà bien plus de gueule !
THROUGH THE LOOKING GLASS Après ce petit emportement, on peut parler cinéma ! Donc
Mirrors raconte la descente aux enfers d’un flic qui doit surveiller un vieux bâtiment en ruines où les miroirs ne font pas que réfléchir votre image. Ils peuvent tout aussi bien vous tuer !
Suspense carré et efficace, mis en scène avec maestria,
Mirrors se présente comme l’alternative aux
Ring et compagnie. Après la cassette vidéo, le site Internet, le portable…etc… voici les miroirs ! Pas vraiment approfondi (une analyse sur l’image et sa réflexion aurait été bienvenue surtout avec le cinéma comme art réfléchissant)
Mirrors accomplit néanmoins son boulot, contrairement à Martyrs : divertir et donner quelques frissons. Evidemment on attend Aja aux commandes de quelque chose de plus personnel mais ne faisons pas la fine bouche face à ce film aux séquences faramineuses (l’explosion finale par exemple ou bien la scène de la baignoire). Honnête.