Par Tema62 - publié le 18 novembre 2008 à 16h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 19h41 - 0 commentaire(s)
Les fans du jeu vidéo de Max Payne, excellent s'il en est, attendaient avec impatience et un soupçon de crainte l'adapatation sur grand écran du héros vengeur, incarné par Mark Wahlberg. Tema62 nous explique dans son blog pourquoi cette crainte était fondée selon lui.
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Quand une adaptation se profile à l’horizon, tout Geek (que nous sommes) a les poils qui se dressent en pensant à son œuvre de référence sacrifiée sur l’autel du fric facile et du cynisme le plus nauséabond. Et alors que la planète entière attend le Watchmen - les gardiens de Zack Snyder au tournant et Dragon Ball pour se marrer entre potes, c’est cette semaine que sort sur nos écrans Max Payne de John Moore, l’auteur de l’involontairement drôle En Territoire Ennemi ou du remake de La Malédiction. Et si les trailers pouvaient donner un tant soit peu envie en donnant l’illusion d’une adaptation, du moins plastiquement, fidèle, le film est une aberration cinématographique où toute la substance du jeu vidéo s’étiole au profit d’un actionner bas du front, pathétique et parfois hilarant.



Là où Max Payne nous racontait l’histoire d’un flic dépressif, au bout du rouleau et au bord de la folie, mener une croisade vengeresse contre une entreprise pharmaceutique, responsable de la mort de sa famille, le film ne reprend que la trame de base, sans rien y apporter, mais pire, sans respecter l’âme et la substance de l’œuvre qu’il retranscrit. Si le jeu utilisait une narration « BD » pour installer une ambiance pesante, glauque, à la limite de l’insoutenable, John Moore esthétise le moindre plan, mangeant à tous les râteliers (Sin City, Constantine) pour créer une ambiance vaguement anxiogène et quelque peu irréelle. Hélas, le film se révèle totalement superficiel d’un point de vue purement artistique. Bien que sympathique par moment, grâce à des éclairages magnifiques, on ne comprend jamais les intentions du réalisateur (si jamais il en a eu une seule). On se demandera alors pourquoi, lorsque Max se fait taper dessus alors qu’il cherche son ancien collègue, Moore a eu l’idée de rendre certaines images uniquement « rouges et noir ». Le résultat est non seulement très laid, mais surtout complètement vain. Mais il faut rendre à ce tâcheron ce qui lui appartient. Les rares scènes de fusillades sont dynamiques, bien filmées et échappent au syndrome « caméra shaker » qui a handicapé Quantum of Solace il y a quelques semaines. À ce titre, les 20 dernières minutes du film, où Max part enfin buter quelques Bad Guys, se révèlent sympathiques et laissent entrevoir ce qu’aurait pu être Max Payne entre des mains avisées.


Dans ce gloubi-boulga, Mark Walhberg se démène complètement pour faire croire à son personnage de flic meurtri et « bad-ass ». Oui, vous avez bien lu. Marky pense que Max Payne est un dur à cuire. Preuve incontestable de l’ignorance complète de l’équipe pensante au sujet du jeu vidéo. Là où on incarnait un flic poussé par la dépression et rongé par la douleur, le film n’est qu’une succession de saynètes ou ce pauvre Mark nous montre trois expressions faciales et déambule dans le cadre sans trop savoir quoi faire. Quand on se souvient de sa prestation dans Les Infiltrés ou Boogie nights, on se dit qu’un grand acteur, sans direction correcte peut faire n’importe quoi. Les autres comédiens font de la figuration, n’étant que des personnages « fonction », sans aucune interaction entre eux. Olga Kurylenko nous rejoue son personnage de Hitman sans conviction, Amaury Nolasco (Sucre dans Prison Break) est à hurler de rire en grand méchant ressemblant plus à un bambin de 4 ans faisant un caprice dans un supermarché qu’à un véritable bad guy et Ludacris se ridiculise en jouant le lieutenant Jim Bravura, habillé en Colombo avec son vieux chapeau très années 50, à mille lieux du cliché volontaire du vieux flic à deux doigts de la retraite présent dans le jeu. Et en prime, on assiste au retour de Chris O'Donnell, oui, oui, ce bon vieux Robin, qui à pris 20 kilos depuis le costume moulant, bat-tétons en option, du justicier masqué mais qui est le seul à croire à son personnage, pourtant bien peu consistant.



En résulte un film creux, où il ne se passe rien durant près d’une heure et demi, nous assénant ses plans telle une longue séance de torture. Loin de disséquer les moindres différences entre l’un et l’autre (ce qui est totalement idiot, adaptation n’étant pas retranscription), Max Payne ne parvient jamais à comprendre l’essence même de l’œuvre qu’il transpose. Le « Bullet Time », élément indissociable du jeu, est amené ici comme une contrainte, un fardeau obligatoire et devient au final, franchement ridicule. Imaginez un arrêt sur images de quasiment 10 secondes, où le spectateur peut se rendre compte de la laideur du cadre et de l’idiotie de la situation. La lente agonie du personnage, qui ne peut trouver de rédemption que dans la violence, est complètement zappée pour laisser place à une brute sans émotions tirant à tout va sans réelles motivations clairement définies.



Bref, ce film esthétiquement intéressant (les hallucinations causées par la drogue montrant aux victimes des « anges de la mort » sont franchement réussies), mais artistiquement raté à tous points de vue se révèle une nouvelle preuve d’une part de la connerie cosmique et du cynisme de la FOX qui crache à la gueule des geeks en démolissant une franchise, attendue depuis plus de 7 ans, comme d’autres avant elle, mais aussi de la différence fondamentale entre ces deux médias que sont le jeu vidéo et le cinéma. Pourtant, on ne peut pas s’empêcher d’avoir la gorge serrée en voyant ce naufrage, alors que le jeu est surement le plus ouvertement cinématographique dans l’Histoire des amas de pixels. Non, Max Payne agit comme un godemichet moyenâgeux enfoncé au fin fond du fion et qui rejoindra à la poubelle Alien, Prédator, Hitman en attendant Sangoku et consorts dans quelques mois.

Note : 2/10

Tema62
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