L'espace Blogorama vous permet de partager votre passion pour le septième Art mais aussi de donner votre avis sur les sujets qui vous intéressent, voire de susciter le débat. Dernier exemple en date,
FreddyK met les pieds dans le plat en évoquant le retour du mythique groupe bordelais Noir Désir et en particulier son leader Bertrand Cantat.
Pour rappel, chacun est libre de créer son blog pour s'exprimer, avec une mise en avant spécifique des tests DVD, news, critiques cinéma, etc. Vous pouvez les illustrer à votre convenance, rajouter des liens, et réagir sur les blogs des autres.

Le retour du groupe Noir désir avec la mise en ligne de quelques morceaux gratuits déchaîne les passions les plus extrêmes comme les plus imbéciles sur la toile depuis quelques jours. Chacun y va de son petit commentaire entre admiration aveugle et sans bornes de fans et condamnations présomptueuses et sans appel des garants de l'ordre moral, chacun pose sa prose lapidaire et définitive sur le net avec la pseudo satisfaction de faire avancer un débat pourtant déjà mort né dans la triste obstination à s'accrocher à des opinions qu'on érige comme des vérités. Car au delà du destin et de la personnalité de Bertrand Cantat c'est à un vrai débat idéologique, moral, social et philosophique que ce retour nous confronte. Comme souvent j'ai bien moins de réponses toute faites que d'interrogations à soumettre et j'espère vraiment ouvrir un débat plus que de générer une vulgaire foire d'empoignades....
La première question que pose la violence de certains commentaires vis à vis de Bertrand Cantat et du retour de Noir désir n'est rien de moins que l'idée même de la réhabilitation et de la réinsertion d'une personne ayant commis un délit. Même si ici il s'agit d'un crime passionnel et d'un fait divers plus médiatiquement exposé que malheureusement beaucoup d'autres, il ne faut pas oublier l'aspect humain des choses (la nature humaine étant ce qu'elle est), Bertrand Cantat a été jugé, condamné et il a purgé sa peine, la question n'étant pas ici de savoir si cette condamnation était suffisante ou non. A partir de l'instant où un homme sort de prison, est-il encore et pour toujours un coupable ou doit-on estimer qu'il a payé sa dette envers la société ? Après une peine d'enfermement un homme peut-il retrouver sa place dans la société ou doit-il rester en marge et porter ad-vitam le poids d'une condamnation qui dépasse alors les cadres de la justice. Evidemment le fait que Bertrand Cantat soit un homme connu et qu'il exerce un métier artistique et public grossit démesurément cet aspect des choses mais finalement avec un peu de recul c'est juste un mec qui sort de prison, qui a purgé sa peine et qui désire reprendre son métier. En regardant les choses sous cet angle est-ce si impitoyablement condamnable que cela ?

Un autre aspect assez significatif reste la condamnation qu'on fait souvent du groupe au nom de l'individu. Il n'est pas inutile de noter que Noir désir est un groupe composé de quatre membres dont trois n'ont absolument rien à voir avec le fait divers ayant entraîné la mort de Marie Trintignant. Serge Teyssot-Gay, Denis Barthe et Frederic Vidalenc doivent-ils sacrifier l'aventure Noir désir et leur attachement à ce groupe et payer eux aussi les conséquences d'actes auxquels ils restent étrangers ?
Mais la vraie question reste surtout de savoir si l'on peut aimer une œuvre indépendamment de son créateur ? Une œuvre artistique doit-elle avoir son identité propre et exister au delà de son créateur ? Peut-on aimer les livres de Céline ? Faut-il boycotter les films de
Claude Autant-Lara ? Peut-on aimer
Jeepers creepers ou faut-il mettre le film en marge sous prétexte que Victor Salva a été condamné par le passé pour attouchements sur des mineurs ? Les exemples sont innombrables et ils mettent en lumière l'idée que finalement les œuvres sont plus importante que ceux qui les fabriquent.

Je comprends que des gens puissent trouver amoral et détestable qu'on applaudisse une chanson de Bertrand Cantat mais finalement une belle chanson d'un salaud est-elle moins respectable que la merde musicale d'un artiste à la moralité irréprochable. Je vais m'éloigner un peu du cas Bertrand Cantat mais finalement cela relève un peu du même procédé car il n'est pas rare que d'un coup on boycotte un artiste pour des raisons idéologiques, sociales ou politiques en ayant plus du tout le moindre regard critique et impartial sur les œuvres qu'ils produisent. L'occasion au passage de noter l'extrême tolérance de nombreux gens de Gauche qui auront fait payer démesurément à certains artistes comme Doc Gyneco, Faudel, Enrico Macias et d'autres leurs amitiés avec l'actuel président. Encore une fois je ne milite pour personne en particulier et aucun des artistes cités, je suis juste exaspéré par cette idée qu'il faille juger la vie, les amours, les idées, les déclarations, les engagements et le casier judiciaire d'un artiste avant de décider si oui ou non on peut dire qu'on aime ce qu'il fait. Je connais par exemple des gens qui aimaient les Cranberries mais qui n'achetaient plus d'albums du groupe après avoir appris que la chanteuse Dolores O'Riordan avait fait des déclarations pro peine de mort et anti-avortement.

Alors que l'important reste le plaisir de l'œuvre elle même que ce soit un bon film, une bonne chanson, un bon bouquin, un beau tableau peu importe, tant que les idées gênantes de leur auteur ne viennent pas transpirer dans la création elle même je ne vois même pas où est le problème. Un chanteur pourrait être le plus improbable des connards je dois avouer que si sa musique me touche je m'en contrebats les cerises et j'achèterai son album. Pourquoi se priver de l'œuvre sous prétexte que l'homme qui est derrière ne serait pas respectable ?? Je suis sans doute un être amoral et détestable mais j'adore de nombreux morceaux de Noir désir, certaines chansons de Trenet, les livres de Céline, quelques films de
Claude Autant-Lara, les peintures de Dali, les films de Victor Salva... Je place l'Art bien au-dessus des Hommes et dès l'instant qu'une œuvre me rentre dans la tête et dans le cœur, elle devient mienne et n'appartient de toute façon plus que partiellement à celui qui en est le créateur.