Par Wisler - publié le 21 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 21 octobre 2009 à 20h38 - 1 commentaire(s)
Pleasantville est une ville où tout est beau, tout est calme, tout est lisse. Pleasantville est une série des années 50, un modèle Américain sans danger, sans risque où l'on se contente de ce que l'on a sans chercher à voir plus loin. On tourne en rond et finalement on ne cherche jamais à mordre la pomme. La ville de Pleasantville c'est en fin de compte un plateau d'argent charger de vieilles valeurs et sans saveur. Mais c'est avant tout une série.

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Tobey Maguire et Reese Witherspoon sont David et Jennifer, des jumeaux qui ne se ressemblent pas et qui sont des étrangers l'un pour l'autre. Lui est un adolescent à côté de la plaque, fan de la série Pleasantville par laquelle il se rassure de sa vie de famille chaotique, elle, c'est une bimbo populaire sans fond et méprisante. Un soir, l'un veut suivre sa série toute la nuit, l'autre veut regarder un concert avec son petit ami. Pendant la dispute, la télécommande se casse. Un étrange réparateur, fan inconditionnel de la série Pleasantville, arrive et leur offre de quoi remplacer le boitier brisé. Par un étrange phénomène, les jumeaux se retrouvent alors projetés dans le monde en noir et blanc de Pleasantville. La ville est bien réelle et ils sont coincés dans cette sitcom des années 50.

Le travail de Gary Ross dans le film est basé sur une évidente recherche de l'identité : deux personnages plongés au coeur d'une série télé, chacun se cherchant et étant inconscients de leur véritable nature. En transposant à la réalité le concept d'une vie parfaite, Ross cherche à faire réagir les univers entre eux et à provoquer un bouleversement. Alors que David fuit la réalité du chômage, du sida, de la couche d'ozone, du divorce de ses parents, il se retrouve confronté, par cette projection dans Pleasantville, à la recherche de sa propre identité. Jennifer ne veut pas être dans cette ville. Contrainte par la force des choses, elle entend faire à sa manière, au risque d'amorcer le déséquilibre.



Dans cette ville stérile de toute émotion, la découverte des sens, de l'amour, du désir charnel, va alors bouleverser la donne. La couleur commence à apparaître. L'art, la musique, le risque, l'échec, tout ça n'existait pas. Et alors que certains s'épanouissent dans leur nouvelle existence, d'autres cherchent à préserver leur équilibre. La question de la confrontation entre nouvelles et anciennes valeurs ne devient alors même plus une affaire de génération mais plus un problème d'existence.


Alors que les jeunes brûlent les livres, symbole de l'ouverture d'esprit, le maire de la ville se pose en porte-étendard d'une dictature conformiste. Les décadrages, les contre-plongées tendent à rappeler non sans peine les figures drastiques nazies que le réalisateur, Gary Ross, nous offre sans hésiter avec un malin plaisir.



On peut trouver le cliché facile, mais l'utilisation de la couleur, d'abord progressive, sur certains détails, puis grandissante et « englobante », apporte un soutient à la volonté de Ross d'exprimer une ascension vers la nouveauté, avec ses heurts et ses batailles puis vers l'acceptation. David (Tobey Maguire) se pose sans conteste en héraut des sens et en leader de cette révolution culturelle qui ne cesse de se propager.

Pourquoi conseillerai-je ce film?
Parce que c'est un véritable moment de cinéma qui sait utiliser les procédés autant techniques que narratifs pour tenir le spectateur en constante haleine. Tobey Maguire est un acteur de talent et la candeur de son personnage, mêlée à la concordance du personnage de Reese Witherspoon, ne dépasse pas outre-mesure les limites de la crédibilité. Autre choc, le personnage de Joan Allen qui dans son rôle de mère stéréotypée 50's, découvre les moeurs et les plaisirs de la vie au détriment de la stabilité de son ménage. Son histoire d'amour avec le gérant du café questionne la fixation de la tradition face au renouveau. Le film est un véritable plaisir à regarder encore et encore sans se lasser.



Et si tout était possible ? Et si croquer la pomme de la tentation n’était au final pas de si mauvais augure ? Voyez si m'en croyez. N'attendez à demain. Croquez dès aujourd'hui la grosse pomme rouge et juteuse de la vie.

Note : 8/10
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