Le nouveau film du surdoué
Danny Boyle, intitulé
Slumdog Millionaire et tourné en Inde avec des acteurs inconnus du grand public, a été vu et analysé par le blogueur
jp33.
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Le Fabuleux Destin de Jamal MalikL’histoire est originale : un jeune Indien âgé de 18 ans gagne 20 millions de roupies à l’émission
Who wants to be a millionaire, célèbre dans le monde, et se fait interroger par la police locale car c’est un slumdog (chien des taudis). Et oui, le petit Jamal Malik est issu des bidonvilles et c’est sur cette trame de conte de fées que le nouveau
Danny Boyle va se baser. En toute honnêteté, subissant humiliation après humiliation, torture après torture, le jeune Jamal va expliquer aux policiers comment il est arrivé à répondre aux questions du jeu, sans pour autant avoir triché. On va alors voir sa vie, de son enfance à maintenant, qui lui aura permis d’apprendre plein de choses sans être un enfant scolarisé.
Dès les premiers cartons du film, introduisant une question qui reste le fil rouge de l’histoire (a t-il triché ?), le film se met en mode universel, nous montrant un jeu qu’on connaît tous, nous mettant à égalité devant cette histoire et ce personnage principal dans le genre « ça aurait pu être vous » ! Sauf qu’on est dans un pays très pauvre et violent (l’Inde) mais le récit de fable traite essentiellement de sujets universels : l’amitié de deux enfants, l’amour naissant, les barrières qui séparent les amoureux, l’ascension sociale grâce à l’argent, l’accès à la culture… Mais contrairement à un Jeunet par exemple (sans être péjoratif pour autant) le scénario de
Slumdog Millionaire, adapté du livre
Q and A de Vikas Swarup par Simon Beaufoy (
The Full Monty), n’élude jamais le réalisme des situations. A cet égard, le film reste brutal, par moments violent. Voir la réalité des bidonvilles, de la violence urbaine (mafia locale, police aux manières moyenâgeuses…) permet de voir l’Inde sous une autre forme que celle récemment véhiculée par nombre de films, celle de la carte postale. Ici rien de cela ! Même le présentateur de l’émission est hautain, dur… N’est pas Jean Pierre Foucault qui veut !
Durant toute la projection on reste du côté de Jamal, gamin adorable, qui va devoir affronter des situations de plus en plus dangereuses. On est inquiets face à la résolution de l’intrigue, qui, malgré tout, reste attendue. On veut le voir gagner ce jeu, on veut le voir s’en sortir et retrouver la belle Latika.
En cela les thématiques du film Bollywoodien restent respectées jusqu’au bout, avec ce traitement social si anglais par définition. La dernière scène du film en atteste la parenté (superbe scène de danse sur un quai). Et la greffe entre les deux mondes prend formidablement grâce au scénario et à la réalisation formidable de Danny Boyle. Pour son huitième film de cinéma, après des œuvres mineures (
Sunshine,
Millions),
Danny Boyle retrouve la force de ses premiers films et signe avec
Slumdog Millionaire, l’un de ses meilleurs films. Pas une trace de cynisme dans sa mise en scène, une direction d’acteurs parfaite (qui lui rendent bien), une énergie incroyable qui le caractérise et toujours les mêmes questionnements sur l’amitié et l’argent. Que ce soit dans
Petits Meurtres entre amis,
Trainspotting,
La Plage ou encore
Millions, ces questions d’amitié qui éclatent à cause de l’argent (souvent) ou d’une fille (aussi) sont toujours traitées avec réalisme et une résolution souvent négative pour l’amitié. Quand on y repense, ses films traitent toujours de l’échec amical entre deux hommes (ou garçons). Comme si le fait de grandir, de faire des choix de vie, allaient à l’encontre d’une amitié sérieuse.
L’énergie déployée par la mise en scène est liée aussi à un autre motif cher à Boyle : la fuite. Dans pratiquement tous ses films, le jeune homme (sûrement un double de sa personnalité) doit courir, fuir les assaillants. Rappelez vous tous ses films en général, bien incarnés par un Ewan McGregor jeune, en qui Boyle avait trouvé une muse (trois films) ou Di Caprio et
Cillian Murphy. Ces jeunes hommes fuient une réalité (zombies, dealers, policiers, amis en colère…) qui veut les engloutir, les terrasser. Presque une nécessité vitale. Ici dès les premières scènes, avec les petits poursuivis par les hommes de loi, on est en plein Boyle movie. Et ici force est de constater que cette fuite est sociale. Les petits slumdogs poursuivis par les hommes de loi. Mais jamais Boyle ne tombe dans le pathos total, ses courses sont libertaires uniquement, ce qui donne au film, en son début, un petit côté 400 coups, pas piqué des hannetons. Et il est bien secondé à la mise en scène par Loveleen Tandan, qui a aidé au casting des enfants, dirigé ces petits puis dirigé la seconde équipe en Inde. Elle est celle qui a aidé Boyle à comprendre les complexités du monde de la rue indien.
Après avoir félicité le romancier, le scénariste, le réalisateur, et au passage son directeur de la photo Anthony Dod Mantle (qui a travaillé deux fois avec Boyle sur
28 jours plus tard et Millions mais aussi pour Lars Von Trier) et qui exécute un travail dément aux couleurs magnifiques et au scope merveilleusement utilisé, passons aux acteurs qui sont l’épicentre de l’œuvre. Ils sont tous formidables. Que ce soit le présentateur de l’émission, les policiers, tous les acteurs qui interprètent Jamal (trois) ou encore Latika et Salim, ils sont tous au diapason. Rien à jeter. Ils apportent une énergie, une émotion qui permettent de suivre ces drôles d’aventures avec un intérêt toujours croissant. On est choqués par le traitement réservé à Jamal, émus aux larmes lorsque celui-ci retrouve sa Latika, sourire aux lèvres lorsque le petit Jamal se jette dans des excréments pour voir sa star de cinéma préférée… Ils sont ceux qui nous font passer de l’excitation, au rire en passant par les larmes grâce à la qualité de leur jeu ou de leur capacité à danser (la dernière scène fabuleuse). Ils sont la raison principale de voir ce grand film toute affaire cessante. Et comme ils sont appuyés par une histoire fabuleuse et une mise en scène formidable et énergique, que demande le peuple ! Le film a déjà gagné de nombreux prix dont 4 Golden Globes et celui, prestigieux, du meilleur film dramatique. Bon je dois l’avouer Slumdog est plus une comédie dramatique qu’un drame pur et dur et vous donne une patate d’enfer. Coup de cœur.
* * * *jp33