Blogorama, espace de liberté et d'expression par excellence, permet notamment à certains de nos blogueurs de livrer leurs impressions sur des oeuvres originales qui passent parfois trop inaperçues.
FreddyK prend donc un réel plaisir à nous faire découvrir ce
Telepolis d'Esteban Sapir, film unique et expérience troublante.
Pour rappel, chacun est libre de créer son blog pour s'exprimer, avec une mise en avant spécifique des tests DVD, news, critiques cinéma, etc. Vous pouvez les illustrer à votre convenance, rajouter des liens, et réagir sur les blogs des autres.
Telepolis, l'ovni cinématographique de l'argentin Esteban Sapir, raconte de façon symbolique sous la forme d'un conte pour enfants comment la télévision pourrait asservir totalement nos esprits. Dans ce monde les habitants ne parlent plus depuis longtemps. Ayant perdu leur voix, ils ne communiquent plus qu'avec des mots comme des sous-titres de film, mais pour le dictateur Monsieur Télé c'est encore trop car il souhaite définitivement mettre la ville et le peuple à ses pieds. Pour se faire il projette d'utiliser la dernière voix pour définitivement hypnotiser le peuple et le priver de son dernier mode d'expression.
Telepolis est donc une fable à la fois naïve et profonde sur l'état léthargique dans lequel nous plonge la consommation abusive de télévision. Mais le film d'Esteban Sapir est surtout un formidable ovni dans la production cinématographique actuelle qui prend le parti radical de ressembler à un vieux film muet et en noir et blanc à une époque où trop souvent le cinéma se doit d'être cliquant de couleurs et très bruyant. Esteban Sapir revient même à une essence presque artisanale du cinéma en réalisant son film avec plus d'imagination que de moyens renvoyant à une forme brute et naïve d'expression pas si éloignée de celle que vante Michel Gondry dans
Be kind rewind. Fatalement les images de
Telepolis sont en adéquation parfaite avec le sujet comme avec l'aspect fable de son traitement, Esteban Sapir utilisant notamment les sous-titres et les mots comme des éléments faisant intégralement partie de l'image. Ainsi un rond de fumée devient un O, deux doigts se transforment en V et il n'est pas rare de ne voir un texte qu'au dernier moment, quand celui-ci est caché par un personnage au premier plan.
Telepolis peut se vanter de posséder un univers graphique riche et extrêmement poétique dans lequel les montagnes sont des feuilles de livres chiffonnées, une lettre se transforme en danseuse de papier et une mystérieuse femme sans visage se dessine des yeux et une bouche dans la buée d'une vitre...
Un conte graphique comme une poésie à la fois enfantine et très adulte dans laquelle les images du pouvoir de monsieur Télé renvoient par certains aspects à la dictature nazie de la seconde guerre mondiale.
Télépolis est aussi un formidable hommage aux films muets de Mèlies avec une formidable référence au
Voyage dans la lune mais aussi à l'expressionnisme allemand de Fritz Lang à Murneau.
Et comme tout film muet de la grande époque,
Télépolis est porté par une musique formidable quasi omniprésente renforçant à chaque seconde l'aspect narratif du récit et les émotions des personnages. Le film de Esteban Sapir possède de véritables moments de grâce tant visuelle que symbolique comme lorsque les mots, dernier mode de communication du peuple, s'échappent des pensées des habitants endormis et hypnotisés par la télévision pour s'envoler vers une usine à la machinerie implacable qui les broie pour en faire des produits de consommation, et le simple fait de voir des mots comme espoir, amour ou bleu réduit à l'état d'objets manufacturés me donne un délicieux frisson.
Il ne manque peut-être qu'une toute petite chose à
Télépolis pour s'imposer comme un chef d'œuvre, c'est l'émotion qui ne vient que trop peu souvent s'inviter dans ce somptueux livre d'images....
Télépolis est un film assez formidable pour peu qu'on prenne le temps de s'embarquer dans l'univers de Esteban Sapir qui n'est pas si facile et immédiatement séduisant que cela. Mais pour les plus ouverts ou courageux des cinéphages, il y a de grandes chances qu'au bout du compte
Télépolis reste comme une formidable expérience visuelle et idéologique.
Ma note : 8/10