Le blogueur jp33 décide d'exprimer son avis sur plusieurs films sortis et vus récemment :
The Duchess,
Frangins malgré eux et
Two Lovers. L'occasion notamment de vérifier si notre coup de coeur pour le dernier film de James Gray a fait des émules...
Pour rappel, chacun est libre de créer son blog pour s'exprimer, avec une mise en avant spécifique des tests DVD, news, critiques cinéma, etc. Vous pouvez les illustrer à votre convenance, rajouter des liens, et réagir sur les blogs des autres.
AMUSES BOUCHES En ouverture je parlerai volontiers de deux films sympathiques :
The Duchess et
Step Brothers. Le premier est un film historique, sur la prétendue ancêtre de Lady Di et le second une comédie « hénaurme » avec
Will Ferrell et John C. Reilly.
Keira Knightley est une jeune actrice sublime et talentueuse souvent critiquée pour son manque de profondeur. C’est juste sa façon d’être : elle n’est pas très expansive. Ici elle incarne à la perfection la duchesse de Devonshire, très avant-gardiste, impliquée dans la politique et qui accepta (un peu obligée faut dire), de faire ménage à trois avec son duc de mari (
Ralph Fiennes) et une amie (enfin plus trop par la suite – Hayley Atwell) car elle n’arrivait pas à donner un fils à son mari, alors que le contrat de mariage stipulait cette tache bien précise. Bon le film est un peu déjà vu et pas passionnant tout le temps (elle découvre le désir avec un autre homme tra la li tra la la) mais bénéficie d’un grand travail apporté à la photo, aux costumes et aux décors. Keira est fort convaincante en duchesse blessée et son port de tête aristocrate, ainsi que le peu d’expressions faciales qui sont sa signature physique n’y sont pas étrangers. Les autres acteurs ne sont pas en reste. Charlotte Rampling en mère autoritaire mais aimante ou encore Ralph Fiennes en homme bourru et violent apportent à l’ensemble un gros plus qui permet de ne pas sombrer à la vision de ce film historique. En sortant de la salle, on repense fortement à la composition toute en subtilité de la miss Knightley. Merci à elle.

Le second amuse-bouche est une comédie produite par Judd Appatow. Deux mecs, ados très attardés de 40 ans, vivant toujours chez papa maman vont devoir faire toit commun après le mariage de leur parents respectifs. Ces demi frères là étaient faits pour se rencontrer. Lourd, par moments consternant et à d’autres hilarant,
Step Brothers est un plaisir coupable qui permet de revoir le duo génial de
Ricky Bobby, Ferrell et Reilly. Tous deux sont tout simplement fabuleux. Richard Jenkins en père qui n’en peut plus (à l’affiche du nouveau Coen bientôt) est très drôle aussi. Un film con, subversif (la scène ou Reilly et Kathryn Hahn font l’amour lors du repas de noël est à coup sûr une future scène culte) qui fait du bien par où ça passe ! Si vous voyez ce que je veux dire…
* *LE CŒUR A SES RAISONS QUE SEULE LA RAISON IGNOREPour son cinquième long, James Gray, après son formidable We Own the Night, réalise un drame romantique avec Joaquin Phoenix. Alors qu’à l’accoutumée Gray espaçait ses tournages, il nous livre son nouvel opus, un an, tout juste, après son précédent. Et il fait bien ! Il a enfin compris qu’il faisait un bien fou à la production internationale par son ton intimiste et son goût prononcé pour la tragédie classique.

Ici, Phoenix incarne Leonard Kraditor, un ado mal dégrossi, qui repart vivre chez ses parents à la suite d’une séparation douloureuse. Ayant tenté de mettre fin à ses jours par le passé, il retente le coup en ouverture de film. Heureusement pour lui, des gens viennent le sauver. Mais c’est lui qui change d’avis et appelle au secours. Plus le genre d’homme que la fin d’un amour peut-être trop passionné rend déprimé, qu’un homme profondément dépressif. Il est aussi bipolaire, ce qui explique sûrement son changement de choix au dernier moment. Kraditor ne veut pas mourir mais aimer et être aimé en retour. Un soir, lors d’un repas familial, avec les futurs repreneurs de l’affaire familiale (un pressing), il rencontre la douce Sandra Cohen (
Vinessa Shaw). Le feeling passe bien entre eux. Comme quoi Leonard a bien fait de se faire repêcher. Puis le lendemain, il rencontre la névrosée Michelle Rausch (Gwyneth Paltrow) qui va bousculer ses sentiments. La passion va le consumer. Qui va-t-il choisir ? Va-t-il choisir l’une des deux femmes ou se laisser porter par les aléas de la vie ?
En choisissant de changer de registre (polar contre drame romantique) Gray ne change rien de son style et de son approche feutrée. Ambiances chaudes (couleurs automnales marrons-beiges voire jaunâtres), sentiments forts mais souvent chuchotés voire étouffés. Gray a bel et bien une patte d’auteur. Superbement mis en scène, son
Two Lovers est un tournant dans sa carrière qui lui permet de montrer qu’il peut tourner d’autres histoires avec la même profondeur. Phoenix, qui clame ici et là, qu’après ce film, il arrête le cinéma, trouve ici son rôle le plus complexe, le plus humain aussi. Coincé dans des sentiments passionnés liés à l’adolescence et ses idéaux (d’ailleurs la scène où il dit à Michelle qu’il l’aime pour de vrai et que ce n’est pas un sentiment d’adolescent mais un sentiment d’adulte, qu’il sait maintenant faire la différence), Kraditor n’en est que plus touchant car cette histoire d’amour plurielle va le faire grandir, évoluer mais sûrement pas replonger dans les pulsions suicidaires. Entre ombre et lumière, ce personnage d’homme - enfant, qui entretient une forte relation avec ses parents aimants (formidables Isabella Rossellini et Moni Moshonov), et qui veut fonder un vrai foyer à lui, est à coup sûr le meilleur rôle que pouvait lui offrir James Gray. Utilisant à bon escient les contradictions d’un acteur à fleur de peau, le cinéaste permet de donner beaucoup de consistance à son Leonard.

Tout comme dans ses films précédents, Gray travaille les thématiques du choix et de la famille avec subtilité et profondeur. Moral sans jamais être moraliste, Gray se dévoile de plus en plus film après film. Il prouve son attachement au cercle familial et amical en engageant les mêmes acteurs (Phoenix donc pour la troisième fois, Moni Moshonov pour la deuxième fois) et la même équipe technique mais reste très enclin à élargir son cercle (bienvenue à Rossellini, Paltrow, Shaw et les autres).
Two Lovers constitue donc un très bon drame, peut-être moins bouleversant que son précédent, mais d’une grande tenue cinématographique, qui prouve que le bonhomme peut à l’évidence réaliser des films avec une cadence plus soutenue, ce qui n’entame en rien son talent de conteur hors pair.
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