Blog A La Une : Vicky Cristina Barcelona

Par jp33 - 20 octobre 2008 - 1 commentaire(s)
Le blogueur jp33 prouve qu'il sait parler d'autre chose que du cinéaste M. Night Shyamalan avec cette analyse du dernier Woody Allen, Vicky Cristina Barcelona. Une critique pour le moins sans concession qui pourrait se résumer ainsi : "Vicky, Cristina mais pas Barcelona !"
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VICKY

Pour son trente neuvième long métrage, le cinéaste américain Woody Allen, âgé de soixante treize ans (soixante quatorze dans quelques semaines), retrouve sa nouvelle muse (Scarlett) pour la troisième fois et quitte l’Angleterre pour l’Espagne. Racontant l’été torride de deux étudiantes américaines et huppées, Vicky Cristina Barcelona va tisser un portrait des relations humaines très Allenien. Trop Allenien par ailleurs ! Il n’y a pas de secret, Allen tourne trop. Et sa dernière décennie est plus que moyennement satisfaisante. Combien de radotages ? Combien de lieux communs ? Et comparativement combien de prises de risque ? Sur ses neuf films des années 2000 que reste t-il ? Eh bien pas grand-chose car même si Allen est un cinéaste aimé et respecté, principalement en Europe, son cinéma marque un certain manque d’originalité, un manque d’ambition qui font dire à certains « mais c’est bien quand même c’est Woody » ! Oui mais non ! Pour celui, qui comme moi, est un amateur de son œuvre (j’ai tout vu à part Stardust Memories) on ne peut dire que ses derniers films soient des réussites. A part Match Point, qui n’était tout de même qu’une relecture de Crimes et Délits, sa dernière décade cinématographique reste pauvre. Et au lieu de tourner un film par an, Allen devrait peaufiner ses scripts et nous sortir un grand film tous les trois ans !



CRISTINA

Et Vicky Cristina Barcelona ne déroge pas à la règle et se présente en fin de compte comme son opus le moins réussi des années 2000. Donc on commence le métrage par une voix off amusée et exaspérante d’une redondance assez incroyable qui souligne avec peu de subtilité ce qui se passe à l’écran et ne laisse aucune place à la complexité humaine sur la longueur du film. Ensuite nous sont présentées rapidement les deux filles du titre, l’une qui va se marier (la brune Vicky) un peu coincos et Cristina, la blonde pulpeuse désireuse de nouvelles expériences amoureuses et sexuelles. On sait très bien, comme toujours chez Allen, que les personnages son schématiquement balancés dans la peau de l’autre de façon amusante par le passé et de façon peu naturelle ici. La coincos va tout de même se consumer de passion et la pulpeuse amatrice de la passion avec un grand P va se désintéresser petit à petit de ces expériences nouvelles. Schéma Allenien trop vu par le passé (magnifiquement dans Maris et Femmes) ou « l’habit ne fait pas le moine », il en devient même artificiel, peu naturel. Ses personnages en pâtissent et ses acteurs aussi. Javier Bardem, formidable en début d’année chez les Coen Bros., apparaît peu crédible en peintre habité et sexué. Encore moins naturelle est la composition de Scarlett Johansson, qui fait ce qu’elle peut pour sauver les meubles (elle pose). Et c’est là que le bat blesse. Allen oublie de bien diriger ses acteurs en survolant son sujet : la passion.


MARIA ELENA

Je m’explique. En voulant traiter de la passion charnelle qui dévore ses personnages, Allen n’a rien trouver de mieux que de filmer des tunnels de dialogues inutiles qui désamorcent le vrai sujet du film : le cul. Ce qu’il filmait avec plus de talent et de réalisme dans Match Point (la tension sexuelle y était palpable), est ici complètement passé à l’as et ce malgré son sujet !



Il veut absolument filmer Barcelone dans une enfilade de clichés plus grotesques les uns que les autres. La belle lumière, les beaux bâtiments, le vin, la passion des gens au sang chaud… Franchement il y avait mieux à filmer qu’une ballade champêtre et un bisou lesbien dans une chambre noire. Il n’exploite jamais son sujet (le triolisme) bien plus content de lui-même de jouer la carte de la comédie humaine ! Mais malheureusement question comédie, le film échoue à tirer le moindre rire de situations lourdes. Le seul apport de chaleur, de vivacité, de sexualité, de couleur est à créditer au talent de Penélope Cruz qui enflamme le peu de scènes qu’elle a. Malheureusement pour tous les autres. A cause d’elle (elle n’arrive pourtant qu’à la cinquantième minute, eh oui j’ai souvent maté ma montre !) Rebecca Hall et son désintéressant personnage de la brune Cristina ou Scarlett Johansson et son creux personnage de jeune femme perpétuellement insatisfaite son éclipsées ad vitam æternam. Grâce à elle, Javier Bardem redevient bon et naturel dans ses scènes de dispute avec la pulpeuse brune. Malgré elle, malgré la belle photo légèrement cramée de Javier Aguirresarobe (Mar Adentro), le film déçoit par ses aspérités purement bourgeoises sans grande saveur ni intérêt. Woody revient nous d’ici quelques années avec autre chose de plus consistant, please !

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jp33

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