Christian Fechner s’est éteint à l'âge de 64 ans seulement, des suites d'un cancer. A l'image d'Alain Poiré ou de Claude Berri, il fut l'un des plus grands producteurs du cinéma français, en se spécialisant notamment dans la comédie populaire. Il débute en 1971, où il termine de propulser un groupe de jeunes trublions, les Charlots, ex-musiciens du chanteur Antoine, et constitués alors de Gérard Rinaldi, Jean Sarrus, Gérard Filipelli sans oublier Jean-Guy Fechner, frère de Christian. Ils viennent tout juste de cartonner avec leur premier long métrage,
Les Bidasses en folie avec plus de huit millions de spectateurs ! Sous la houlette de leur nouveau producteur, ils retrouvent donc leur metteur en scène fétiche,
Claude Zidi, pour un film qui s'intitule alors
Les fous du stade. Le succès est tel que l'équipe ne se quitte plus et enchaine les projets, entre
Les Charlots font l'Espagne,
Les Bidasses s'en vont en guerre,
Bons baisers de Hong Kong, une formidable parodie de
James Bond, et enfin
Le grand bazar où ils se confrontent au grand
Michel Serrault. Une sacrée rencontre ! Mais au milieu des années 70, de nombreuses divergences naissent entre les Charlots et leur producteur, contraignant Jean-Guy à abandonner le groupe pour finalement travailler aux côtés de son frère. Christian Fechner se tourne alors vers de nouveaux comédiens, et jongle entre plusieurs générations.
Tout d'abord, il choisit de rendre hommage à
Louis de Funès, héros de sa jeunesse, mais désormais oublié des plateaux de cinéma en raison de graves problèmes de santé. Fechner réussit pourtant à le convaincre, tout comme les assurances (plutôt frileuses), et le remet ainsi sur le devant de la scène face à
Coluche dans une nouvelle comédie signée
Claude Zidi,
L'aile ou la cuisse. Une grande amitié est née, et Fechner restera fidèle à l'acteur jusqu'à la fin de ses jours, en produisant certains de ses derniers films, tels que
La zizanie (aux côtés d'Annie Girardot),
L'avare ou bien encore
La soupe aux choux. Les deux hommes possèdent d'ailleurs un point commun, une folle admiration pour de jeunes comiques, à l'instar notamment de
Pierre Richard; Fechner pense d'ailleurs à lui pour interpréter le fils de
Louis de Funès dans
L'aile ou la cuisse, mais celui-ci refuse. Le producteur aura néanmoins la chance de travailler avec lui en finançant son célèbre diptyque avec Jane Birkin, une fois de plus mis en scène par
Claude Zidi, constitué de
La moutarde me monte au nez, en 1974, et
La course à l'échalote un an plus tard. Fechner s'intéresse également de très près à l'équipe du Splendid, et s'associe à eux pour adapter au cinéma la célèbre pièce écrite par Martin Lamotte et
Christian Clavier,
Papy fait de la résistance. Son idée parait folle : réunir l'un des castings les plus spectaculaires du cinéma français, des plus jeunes aux plus anciens. Il propose d'ailleurs à
Louis de Funès d'y figurer, dans le rôle d'un vieux poilu, survivant de la première Guerre Mondiale. Malheureusement l'acteur décède quelques semaines avant le tournage, son rôle se voit supprimé, et le film lui rend hommage dès les premières secondes.
Dès lors, Christian Fechner poursuit avec cette jeune génération montante, et produit ainsi les films réalisés par
Patrice Leconte, notamment avec
Michel Blanc (
Viens chez moi j'habite chez une copine,
Ma femme s'appelle reviens,
Circulez y a rien à voir), mais aussi le premier long métrage réalisé par ce dernier, à savoir le célèbre
Marche à l'ombre. A la même époque, nous devons également au producteur des oeuvres telles que
Le Ruffian de José Giovanni,
Les frères Pétard d'
Hervé Palud,
Mes meilleurs copains ou bien encore
Camille Claudel de Bruno Nuytten. Au début des années 90, Fechner décide de passer derrière la caméra, et signe la mise en scène d'un film intitulé
Justinien trouvé, ou le Bâtard de Dieu, l'histoire d'un nourrisson mutilé, découvert par le portier d'un Monastère, au milieu du 17ème Siècle. Hélas, le long métrage ne rencontre pas son public, et les critiques sont particulièrement assassines. A tort. Fechner abandonne donc la réalisation et conserve sa casquette de producteur. Mais les années 90 restent difficiles pour le cinéma français, et ses nombreux coups médiatiques, d'
Elisa à
Tout doit disparaitre, en passant par
Un amour de sorcière ou bien encore
Une chance sur deux qui marque le grand retour de la confrontation entre
Jean-Paul Belmondo et
Alain Delon, frôlent généralement le bide. Mais sa persévérance et sa fidélité auprès de ses amis Jean Becker et
Patrice Leconte finissent par payer. L'année 1999 se révèle ainsi particulièrement riche, avec
La fille sur le pont, l'une des plus belles mises en scène signée Leconte, proposant ici un incroyable face à face entre
Daniel Auteuil et
Vanessa Paradis sur une image en noir et blanc d'une rare pureté, puis
Les enfants du marais, porteur d'un message fort sur l'amitié mais aussi sur la liberté d'hommes se rapprochant au plus près de la Nature afin de jouir de la vie le plus simplement possible. Bouleversant.
Egalement fidèle avec ses convictions,
Christian Fechner continue aux débuts des années 2000 de s'intéresser aux stars montantes, et produit ainsi le premier (ou deuxième) film avec en tête d'affiche de nouveaux humoristes, à l'image d'Eric et Ramzy,
La Tour Montparnasse Infernale,
Gad Elmaleh,
Chouchou, ou bien encore Titof,
L'incruste. Fechner réalise son dernier exploit en 2006, réunissant pour la première fois depuis de (trop) longues années l'équipe du Splendid dans
Les Bronzés 3, amis pour la vie, sous la direction de l'incontournable
Patrice Leconte. Plus de dix millions de spectateurs répondent à l'appel. Le producteur retrouve trois membres du célèbre groupe,
Josiane Balasko,
Christian Clavier et Gérard Jugnot, sur le remake de
L'auberge rouge, à peine un an plus tard. Ce sera l'un de ses derniers projets.
Merci, Mr Fechner.