Depuis toujours, Claire Denis aime les transes impressionnistes, les maladresses d’actes manqués, le silence des émotions, la sublimation de corps masculins dont la musculature robuste cache une sensibilité à fleur de peau, la sensualité moite émanant des rapports charnels. De manière régulière, surtout dans ses derniers opus, son dada favori consiste à dynamiter les us et coutumes de genres précis (le film d’horreur avec
Trouble Every Day, la comédie romantique avec
Vendredi soir) pour à chaque fois épurer au maximum, annihiler tout code imposé et apporter une touche personnelle, infiniment sensible. Dans
J’ai pas sommeil, elle court-circuite les codes du thriller et plus précisément ceux du film de serial killer en prenant le parti de ne distiller aucun suspens – si ce n’est du suspens affectif – et de récuser tout débordement psy ou spectaculaire. En revenant sur l’affaire Thierry Paulin, le tueur de vieilles dames, elle brise les jugements hâtifs et édifie une chronique polyphonique subtilement bouleversante dans laquelle les rapports humains se délitent.
Prévus dans les bacs le 9 janvier chez Arte Video, retrouvez les tests complets de
Vendredi soir et
J'ai pas sommeil ci-dessous :