Par Sabrina Piazzi - publié le 28 novembre 2007 à 22h02 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h29 - 8 commentaire(s)
Comme souvent, Gérard Oury s’inspirait d’un fait divers réél pour écrire la trame du Cerveau, chef d’oeuvre du cinéma français. Presque quarante ans après sa sortie, le film n’a pas pris une seule ride et s’impose encore comme un des plus grands divertissements de l’histoire de notre cinéma national.

A Londres, le Cerveau, génial organisateur du fameux Glasgow-Londres, met au point un nouveau coup : l’attaque du train spécial transportant les fonds secrets de quatorze nations. Or, Arthur, un petit truand évadé de prison grâce à la complicité d’Anatole, a la même idée et se prépare à cambrioler le train...


Le 8 août 1963, le train postal Glasgow-Londres est pris d’assaut par une quinzaine de personnes et s’empare d’un butin de 2,6 millions de livres sterling (équivalent à 70 millions d’euros aujourd’hui), sans armes et sans violence. Les membres du gang sont arrêtés mais le Cerveau parvint à s’échapper... Il n’en fallait pas plus à Gérard Oury, Marcel Jullian et Danièle Thompson pour trouver le point de départ de leur nouvelle comédie après les succès gigantesques du Corniaud et surtout de La Grande Vadrouille. Mais Oury entend bien profiter des avantages que ses succès lui ont ouvert dans l’industrie du cinéma français en réclamant un casting à portée internationale. Grâce à la Gaumont et Alain Poiré, Gérard Oury obtient le budget le plus élevé du cinéma français, trois milliards de francs, qui équivaut aujourd’hui à plus de cinquante millions d’euros. Deux ans de préparation seront nécessaires.



Ce qui frappe en revoyant Le Cerveau aujourd’hui c’est sa modernité. Modernité technique, visuelle et narrative. Dès le générique psychédélique, la chanson culte de The American Breed The Brain donne le ton : on est ici pour rigoler mais attendez-vous à de l’action, du rythme, du savoir-faire. Comme dans les comédies précédentes du metteur en scène, les images sont superbes et soignées. Le budget est certes conséquent mais chose rarissime (surtout de nos jours) dans le cinéma français, il se voit à l’écran. Le train plombé, les wagons, la statue de la liberté de 13 mètres de haut et de deux tonnes, le dessin-animé, les voies ferrées fournies par la SNCF, un tournage en France, en Italie, aux Etats-Unis, en Angleterre, les hélicoptères et tous les véhicules de pompiers et de police, le casting international : David Niven, Eli Wallach, Bourvil et Belmondo... tout est réuni pour le plus grand plaisir des spectateurs. Gérard Oury est un grand gamin qu’on imagine jubiler devant toute la technique mise à sa disposition... mais une comédie est sans doute le genre le plus difficile à réaliser. Le cinéaste se met au défi de se renouveler et par la même occasion innover dans tous les domaines. Par exemple, comment tourner la scène où le Cerveau explique son plan à ses hommes de main sans tomber dans la complexité ? Oury et Thompson ont l’idée simple mais onéreuse d’un dessin-animé, séquence anthologique. Le film est ainsi parsemé d’idées, certes très chères mais le réalisateur a pu laisser libre court à son imagination débordante.


Gérard Oury s’appuie sur un nouveau tandem : il retrouve Bourvil après Le Corniaud et La Grande Vadrouille et engage Belmondo. Une grande amitié naît par ailleurs entre le comédien et le réalisateur qui se retrouveront pour le succès colossal de L’As des As en 1982. Même si l’antagonisme des comédiens n’équivaut évidemment pas celui de Bourvil avec De Funès, le duo fait néanmoins des étincelles de sincérité et d’amitié. Tous deux sont à l’image du film, deux personnages de bande-dessinée, deux fantaisistes. Leur respect mutuel et leur complémentarité crèvent l’écran. Rêvant d’un cinéma français perçant aux Etats-Unis, un casting international est de rigueur. Le rôle du Cerveau est alors confié à un acteur britannique et pas des moindres, ce sera le grand David Niven. Après ce choix, les scénaristes se voient obligés d’étoffer le rôle du Colonel Matthews.


La Paramount entre alors en jeu et s’associe avec la Gaumont. Le studio américain impose quelques conditions : que le film soit tourné en anglais et que le truand italien soit joué par une vedette américaine. Eli Wallach est engagé et les scénaristes doivent encore une fois revoir leur scénario pour étoffer le personnage du mafieux jaloux et allumé Frankie Scannapieco. Ces conditions imposées par la Paramount impliquent à Oury de tourner deux films : un en anglais et un en français. Si Bourvil se débrouille en anglais, Belmondo a en revanche plus de mal. Les deux montages se font parallèlement au tournage. Quatre stars mais aucune n’évince l’autre. Chacun possède son propre caractère, ses propres scènes devenues cultes.


Le 7 mars 1969, le film sort sur les écrans français. Il devient rapidement le premier film au box-office de l’année et réalise 5 575 000 entrées dont 723.000 spectateurs en 29 semaines d'exclusivité à Paris. Le Cerveau sort aux Etats-Unis notamment au Radio City Hall sous le titre The Brain. Malheureusement pour Gérard Oury, son film sort dans une combinaison de salles restreinte amputé de treize minutes à cause d’une restructuration de la Paramount. Le rêve de Gérard Oury ne s’est peut-être pas réalisé mais cela n’aurait été que la cerise sur le gâteau. Le Cerveau n’a encore aujourd’hui rien à envier aux superproductions américaines ou françaises de l’époque et même d’aujourd’hui. Le spectacle reste entier, on s’amuse, on rit, les dialogues s’inscrivent dans les mémoires, les numéros d’acteurs sont jouissifs et surtout les images sont magnifiques. C’est cela Le Cerveau : une intrigue palpitante et rythmée, un casting de rêve, des paysages à foison, une superbe musique signée Georges Delerue, des courses-poursuites, du rire, de la tendresse, de l’action... Le cinéma français peut s’accrocher, on ne fera plus de films comme ceux de Gérard Oury, roi de la mécanique du rire. Inoubliable.



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