Par Elise Sutter - publié le 17 juillet 2007 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 19h11 - 0 commentaire(s)
Ce n’est pas tant pour ses bonus, qui se résument à une interview d’une dizaine de minutes (par ailleurs très intéressante et à ne pas manquer –voir page interactivité dans le test dvd) de la grande et talentueuse Sigourney Weaver, que nous avons selectionné pour vous Snow Cake comme étant notre coup de cœur dvd de la semaine, mais plutôt pour le film en lui-même, une œuvre belle et simple, qui vient véritablement du cœur et qu’on aimerait voir plus souvent sur les écrans. Signé par l’écossais Marc Evans, réalisateur de Resurrection Man avec Stuart Townsend. Edité par MK2, le dvd sortira dans les bacs le 29 août prochain. Voici le test, de quoi vous donner envie de l’acheter, du moins on l’espère…

Retrouvez ci-dessous la critique du film par Elise Sutter :

Marc Evans filme l'histoire d'un homme confronté à la mort accidentelle d'une jeune inconnue et à l'étrange deuil de sa mère, une femme autiste. Un drame intimiste sur la culpabilité et son dépassement.

Alex Hughes traverse l'Ontario en voiture. Dans un restaurant routier, ce Britannique à l'air sombre et renfermé fait la connaissance de Vivienne qui le convainc de la prendre en stop. Face à la gaieté et à l'entrain de sa passagère, ce conducteur laconique et taciturne se déride peu à peu. Arrêté à un carrefour, leur véhicule est percuté de plein fouet par un camion. Alex s'en sort presque indemne, mais Vivienne est tuée sur le coup. Rongé par la culpabilité, il décide de rendre visite à la mère de la jeune fille, Linda, qui vit seule à Wawa, petite ville perdue dans les neiges canadiennes. A sa demande, Alex va demeurer quelques jours chez elle, s'impliquant dans la vie de cette femme autiste en apparence coupée du monde.



Un homme meurtri par la perte de son fils fait à nouveau l'expérience du deuil, à travers le décès d'une jeune femme qu'il connaît à peine, et parvient à surmonter sa propre douleur. A ce sujet tragique, et amplement exploré, de l'expiation et du rachat de la culpabilité par l'épreuve, Marc Evans impose une narration lente et une tonalité intime, construisant un récit sentimental d'une grande limpidité. Alternant au gré des scènes humour et gravité, le film doit essentiellement son attrait et sa légèreté libératrice au jeu contrasté de ses acteurs.

A l'indicible souffrance d'Alex Hughes, brutalement ravivée par l'accident de Vivienne, s'oppose le comportement déroutant de Linda, qui semble imperméable aux évènements. Sigouney Weaver, très convaincante dans son rôle d'autiste, adopte une gestuelle et des attitudes très éloignées de l'apparence raide et timorée d'un Dustin Hofman dans Rain man. Son interprétation donne corps au caractère expansif d'une femme infantile et peu soucieuse des autres, et qui se manifeste par des réactions aussi abruptes que déroutantes. Tour à tour maniaque, euphorique, odieuse et angoissée, elle ne trahit nulle tristesse ou affliction face à la disparition de sa fille.



Devant cette femme imprévisible adorant la neige, les boules lumineuses et le trampoline, Alex Hughes est un homme repenti et taciturne, incapable d'exprimer son malaise. Tout en sobriété, Alan Rickman (le méchant d'anthologie de Piège de Cristal ou de Robin des Bois) campe, dans un juste contrepoint, un personnage silencieux et effacé. Bien loin de la figure populaire connue du grand public, il nous offre une interprétation tout en finesse.


La voisine de Linda, Maggie, apporte à Alex Hughes un soutien aussi plaisant qu'inattendu. Cette séductrice passionnée, fuyant l'engagement amoureux dans des liaisons passagères, a l'art et la manière de briser la glace. Carrie-Ann Moss exhale un charme et un mystère seyant à son personnage de belle intrigante. L'atmosphère baroque et voluptueuse de son intérieur japonisant convie au retour de la parole et à l'éveil des sens.



Wawa devait être un lieu d'épreuve et de pénitence. Il sera celui d'une renaissance intérieure, d'une éclosion. Car les vastes étendues immaculées qui l'entourent en font un refuge allégorique, propice au recueillement, à la dissipation des démons, au retour de la sérénité. Des valeurs curatives qui peuvent sembler dignes d'une station thermale. Mais le rayonnement diaphane des lacs et des plaines neigeuses imbibant les images de Marc Evans offre une superbe mise en lumière du personnage incarné par Alex Rickman.

Le substrat moral du film réside néanmoins dans la rencontre et l'apprivoisement mutuel de cette mère autiste et de son hôte endeuillé. Marc Evans multiplie les scènes de tête-à-tête où l'insensibilité et le fatalisme de Linda, son refus du remord inutile, fait naître en Hugues l'acceptation d'une certaine forme d'insouciance.
Conte existentiel, Snow Cake renferme ainsi des situations d'un comique pittoresque assez réjouissant. La partie de Scrabble improvisée par Linda, qui réinvente les règles pour mieux laisser libre cours à son imagination, est un exemple savoureux, à la fois drôle et poétique, d'inventivité fantasque.



Qu'importent en effet les volontés du dictionnaire : le sens des mots dépend de l'histoire dans laquelle nous décidons de les inscrire. Marc Evans nous apprend qu'il en est de même pour la notion du deuil chez ces personnages atypiques brillamment interprétés.

Elise Sutter

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