Dans le cadre de notre rubrique Court à la une,réalisateurs de demain,
DVDrama, nous vous proposons un premier film réalisé par un jeune auteur du nom de David Khalifat,
Entre Deux.
Vous retrouverez ainsi chaque semaine un nouveau film en intégralité sur le site avec interview de son réalisateur.
Nous espérons ainsi vous faire découvrir les premières oeuvres des auteurs de demain et qui sait ? Peut-être des futurs grands réalisateurs ...
Entre Deux, c'est l'histoire de quatre personnes. L'oncle et son neveu s'épanouissant dans une relation très complice, entre jeu et séduction. Le père, témoin passif d'un contact que la morale réprouve. Et enfin la femme impuissante à retrouver son homme perdu dans des sentiments paradoxaux.
Ce premier court étonne par la justesse de ses interprétations, et par son sujet particulièrement ambigu et sensible. Pour autant, on retient bien plus cette sensualité trouble, une aura prégnante sur les 26 minutes de court prometteur ...
Nous vous conseillons de regarder le court-métrage avant de lire l'entretien qui suit, ce dernier révélant certains éléments d'histoire de nature à troubler votre première vision de l'oeuvre. Excessif : Pourrais-tu nous parler de ton parcours personnel ?David Khalifat : J’ai fait une école d’audiovisuel qui s’appelle l’EFET . J’en suis sorti en session réalisation en 2005. Et à partir de là je me suis inscrit à la maison du film court où j’ai rencontré Jean-Claude Montheil qui est en même temps collaborateur artistique et comédien dans le film. C’est ici que j’ai écrit Entre Deux, et pour gagner ma vie je fais des petits boulots dans l’audiovisuel.
Entre Deux est ton premier court-métrage professionnel ?Professionnellement oui c’est mon premier. Mais au cours de mon école, j’ai pratiqué plusieurs exercices et j’avais même tourné un premier court-métrage pour passer mon diplôme. Pour Entre Deux, nous étions dans des conditions de vrai tournage avec des gens de la FEMIS, de Louis Lumière, des comédiens professionnels.
Ton court traite essentiellement de rapports ambigus entre un oncle et son neveu, quelle a été la genèse du projet ?D’une part, je pense que quand on verra le film –ça va dépendre du public-, on pourrait penser qu’il y a un vécu dans cette histoire. Dans toute histoire, on part d’une idée qui peut nous être plus ou moins proche. Je pars donc d’une histoire personnelle puis il y a une histoire qui se greffe autour.
On est frappé par plusieurs choses, la quasi-absence de dialogues, et le fait que les jeux de regards, les sens tactiles deviennent le mode de communication principal du court. On imagine que c’est un parti-pri volontaire ?Oui, complètement volontaire, je ne suis pas hyper-fan des dialogues très explicatifs, mais alors pas du tout. Je préfère passer plus par la mise en scène que par le dialogue et sur ce point, je suis assez content parce que je suis arrivé à ce que je voulais faire et à ce que je voulais faire passer d’après les premiers retours reçus.
Retrouvez la suite de cet entretien sur la page suivante.Du point de vue sonore, on est surpris par le dépouillement général, il n’y a pas de musique par exemple. Cette utilisation du « silence » est importante pour toi ?Il n’y a pas de place pour la musique dans ce film. C’est très simple, et il y a juste une composition sur le générique de fin. Je savais dès l’écriture, puis au montage, qu’il n’y aurait pas de musique. Elle n’apparaît tout simplement pas nécessaire au film selon moi.
Au sujet des acteurs Jean-Claude Montheil, Lisa Lacroix, Guillaume Junot, Brice Fazekas, comment les as-tu rencontrés ?Jean-Claude, je l’ai rencontré à la maison du film dès notre deuxième séance de travail. Ca s’est élaboré pratiquement sur six mois. Très vite j’ai eu envie qu’il soit mon collaborateur artistique sur ce projet. Et les autres acteurs je les ai rencontrés par casting, école de théâtre. Il y a eu pas mal de débrouille par l’internet … Même certains agents sont ouverts dès lors qu’un acteur est intéressé par un court.
Lisa Lacroix joue le seul rôle féminin du film, et elle se prend beaucoup de claques ...
Entre Deux était un scénario où je cherchais des comédiens qui me suivent à 100% sur l’histoire et les personnages, c’était ma condition principale.
Ce n’est pas simple en plus pour une comédienne de se mettre nue face à des gens qui débutent (NdlR : L’équipe du film). Le sujet a beau être dur, mais l’ambiance de tournage était plutôt détendue.
Avec Brice, l’adolescent, qui habite à Tours et venait sur le tournage hyper-motivé. Il a arrêté son petit travail dans un fast-food pour se consacrer au film, et je pense que ce petit « con » *rires* a une grande carrière à venir… Lisa était aussi super, on peut lui demander beaucoup sans qu’elle ne force son jeu de comédienne –une boite de dragibus lui suffit *rires*.
Guillaume joue le rôle du père, c’est un acteur de théâtre à la base, et le plan où tous les quatre acteurs sont dans le plan, il faut savoir qu’il a été tourné en deux prises et tout était super directement.
Trouver un adolescent a aussi été une difficulté importante de par la nature du rôle. J’ai eu des refus compréhensibles de parents.
Tu t’attaques aussi à un sujet plutôt difficile sur ce court, pour autant ce qu’on retient est plus proche d’une sensibilité/sensualité trouble, on s’attache même aux différents protagonistes ...Ce que je voulais montrer, c’était la descente entre deux personnes qui peuvent s’aimer, une relation oncle/neveu qui est une relation particulière car très proche. Et il va se passer à un moment autre chose dans la tête de l’adulte alors que l’adolescent du film est dans la perspective du jeu. Maintenant dans les relations humaines, on sait que le jeu peut virer vers une autre forme de séduction.
A propos de descente, on est troublé par la vie de couple de l’homme avec sa compagne. Elle est basée sur l’incommunicabilité, une vie amoureuse inexistante. Comment as-tu travaillé l’esthétique de ton court avec ces éléments ?C’est un vrai choix artistique, ce sont des images visuelles que j’aime voir en terme de lumières, d’ambiances. Rien n’est gratuit dans ma démarche.
Au niveau du 7EME Art, quels sont les réalisateurs qui te passionnent ?
Cela fera rire beaucoup de personnes qui me liront et qui me connaissent bien, et donc j’aime énormément Maurice Pialat, un cinéaste qui me manque énormément. Après j’ai une culture varié, Tarkovski, Godard, et quelqu’un que je découvre encore et encore aujourd’hui, Fassbinder.
J’apprécie beaucoup aussi les films de Jean-Claude Montheil dont j’espère que vous aurez l’occasion d’en voir. Actuellement, il n’y a pas vraiment de films qui m’ont bouleversé comme les films de Pialat, ce doit être ma période ...
Que penses-tu du cinéma de Gaspard Noë, ton court partage en effet le choix d’un sujet tabou/difficile, même si Entre Deux n’est pas tourné dans la même optique ?Il y a des moments, je fermais les yeux, je peux être assez hyper-sensible. Je ne connais pas Gaspard Noë, mais concernant Irreversible par exemple, j’ai l’impression qu’on exploite les images chocs et qu’on cherche l’émotion forte chez le spectateur, et je ne suis pas trop fan de ce point précis.
Après le sujet est très fort, si demain il arrive ça à ma petite amie, je ferais aussi pleins de choses ... mais je l’aurais traité différemment je crois.
Et la scène de viol du film, et bien je suis peut-être l’un des rares qui n’y croit pas. Ca me gêne de choquer, je préfère dans ce cas regarder Salo de Pasolini.
Pour en revenir à Entre Deux, quels sont les espoirs que tu fondes sur ce film ?On l’a tourné en Décembre et on l’a achevé il y a peu de temps. Donc aujourd’hui, ce sont les envois dans les festivals. J’espère qu’il sera vu pour toute l’équipe car ce fut une très très bonne aventure auto-produite (La boîte Sendsudsou est arrivé en production par la suite). L’équipe le mérite énormément car on a donné beaucoup de notre temps et je crois vraiment que le film le mérite. Nous attendons maintenant les réponses de festivals ...
Pour finir, quel serait le premier conseil que tu donnerais à un jeune réalisateur qui nous lit ?Et bien, j’ai à peine 24 ans, et je ne sais pas trop si je peux donner des conseils ...
Juste j’aimerais faire une petite promo entre guillemets, il y a la Maison du Film Court à Paris, vous y adhérez pour 60 euros et vous pouvez faire de supers rencontre –je n’arrête pas encore d’en faire-. C’est une association dont on ne parle pas assez. Les jeunes je vous conseille d’y jeter un coup d’œil.
Merci David ...Merci à vous, et comme on dit … Merde pour ce nouveau lancement de rubrique ! (NdlR : La nouvelle rubrique court-métrage que vous retrouverez tous les vendredi sur DVDrama !).
Propos recueillis par Vincent Martini