Le 5 septembre dernier arrivait dans les bacs
Dans la Nuit des Temps, comédie fantastique de Tsui Hark. Moins connu que
The Lovers, plus léger aussi,
Dans la Nuit des Temps a ses fans et mérite largement que l'on revienne sur sa sortie :
Un après le sublime
The Lovers, adaptation intense de la légende des amants papillons portée par le fabuleux concerto de Chen Gang et He Zhanhao, Tsui Hark fait de nouveau appel aux comédiens Charlie Yeung et Nicky Wu, lesquels forment sans conteste l'un des couples les plus attachants du cinéma de Hong Kong de la décennie passée. Ceux qui ont eu la chance de découvrir
Dans la Nuit des Temps à l'époque des légendaires VHS de HK Vidéo, ou même en salle dans le cadre de la rétrospective "Tsui Hark en quinze films" qui se tenait entre 1997 et 1998, pourront le confirmer : huit ans après son arrivée dans nos contrées, cette comédie aussi fraîche que délirante n'a pas pris une ride.
Chine, début du siècle. Fille du directeur d'un opéra cantonais, Yan-Yan (Charlie Yeung) désespère de ne pas trouver l'âme sœur. A la place de l'homme idéal, elle fait la rencontre d'un jeune banquier, Kong (Nicky Wu), avec lequel elle se chamaille constamment suite à une vexation. Mais lorsque le jeune homme est assassiné par des gangsters, son fantôme vient la hanter. Il a besoin d'elle pour l'aider à revenir dans le passé afin d'empêcher le drame de se produire...Les amoureux du cinéma de Tsui Hark sous ses formes les plus extrêmes, c'est-à-dire explorant des registres parfois radicalement opposés avec la même virtuosité et la même passion (l'amour éternel avec
The Lovers, la barbarie avec
The Blade), se doivent de jeter un coup d'œil à ce
Dans la Nuit des Temps, charmante comédie fantastique portée par un casting des plus délicieux. Cette fois, pas d'issue tragique à l'horizon,
Dans la Nuit des Temps est une comédie romantique, une vraie, doublée d'une intrigue invraisemblable de voyage dans le temps à travers des pylônes électriques.
Comme dans beaucoup de belles histoires, la relation entre les deux héros commence très mal : une offense suffit à provoquer une animosité réciproque qui les incite à chaque fois qu'ils se croisent à se faire mutuellement des vacheries toujours plus méchantes. Pour ce qui est de se livrer à des gamineries, il n'y en a pas un pour rattraper l'autre. Mais lorsqu'il est assassiné par une bande de braqueurs de banque, le jeune Kong n'a d'autre choix que de demander de l'aide à Yan-Yan en revenant d'entre les morts. Justement, la jeune fille se demande avec angoisse si un employé de son père n'a pas profité d'elle un soir où elle était saoule. Le voyage temporel que Kong et Yan-Yan vont faire ensemble sera l'occasion pour eux de se rencontrer, mais aussi de se regarder de l'extérieur puisqu'il croisent inévitablement chacun leur double du passé.
Dans la Nuit des Temps est une œuvre très représentative du cinéma de Tsui Hark des années 90, alors débordant d'une énergie et d'une créativité stimulantes. La même énergie que dans les scènes d'action de films d'arts martiaux tels que
La Secte du Lotus Blanc, sauf qu'elle serait employée ici à enchaîner des gags, à raison d'au moins un à chaque plan, et des péripéties toutes plus rocambolesques les unes que les autres. Lorsqu'un concept de scène est lancé, tel que le moment hilarant où les deux jeunes gens se retrouvent collés dos à dos, il est exploité jusqu'au bout sans jamais confiner à la lourdeur. L'histoire reste quant à elle parfaitement limpide malgré un scénario tarabiscoté et un rythme survolté maintenu du début à la fin. La Cinefex Workshop nous gratifie une fois de plus de ses mémorables effets spéciaux bricolés, certains plans rappelant les moments les plus involontairement comiques de
Histoires de Fantômes Chinois ou encore de
Green Snake. Mais tout comme dans les deux métrages précités, l'amateurisme des montages d'images et l'aspect parfois toc des maquillages (le monstre au visage caoutchouteux de la fin) ne font qu'ajouter au charme du film, d'autant plus que celui-ci se distingue aussi par une direction de la photographie (Peter Pau) absolument sublime et par une direction artistique (William Chang) simplement splendide.
Jouant le jeu avec la candeur désarmante qui les caractérise, les comédiens font aussi beaucoup pour le film : Charlie Yeung toujours aussi vive et naturelle, Nicky Wu adorable à chacune de ses apparitions. D'ailleurs, après l'émotion qu'ils nous ont procurée dans
The Lovers, les voir se disputer comme des chiffonniers dans la première partie du film a quelque chose d'attendrissant. Par ailleurs, le film s'autorise aussi de nombreux clins d'œil, ne serait-ce qu'avec le nom du personnage de Charlie Yeung, nom qui n'est autre que Hung Yan-Yan (cascadeur réputé à Hong Kong et révélé en tant qu'acteur par Tsui Hark).
Véritable bouffée d'air frais, ce cocktail original d'humour bon enfant et d'aventures réjouissantes réussit le tour de force de surprendre dans un genre (la comédie romantique) souvent encombré de clichés et de schémas prévisibles. Le réalisateur prouve une fois de plus son immense talent quand il s'agit d'explorer les sentiers battus et rebattus de manière inédite et personnelle.
Dans la Nuit des Temps n'est pas l'œuvre la plus connue de Tsui Hark, ni même la plus aboutie, mais mérite largement sa place dans la collection du cinéphile amateur de belles trouvailles.