Par La Rédaction - publié le 10 juin 2008 à 20h02 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 16h41 - 28 commentaire(s)
Une partie de la rédaction s'est ruée comme un seul homme à la projection de presse de Replicant, le deuxième film associant le kickboxer belge Jean-Claude Van Damme (JCVD pour les intimes) et le réalisateur Hong-Kongais génial et violent, Ringo Lam, après le moyen mais sympathique Risque Maximum. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'unité n'était plus au rendez-vous une fois les lumières de la salle rallumées. Entre les enthousiastes (les sieurs Frédéric Ambroisine et Denis Brusseaux à ma droite) et les détracteurs virulents (messieurs Philip Dowland et Laurent Pécha à ma gauche), le différend était considérable. Pour y voir un peu plus clair, il nous a paru judicieux d'organiser une petite table ronde démocratique, procédé auquel nous recoureront désormais lorsqu'un film suscitera de nettes divergences dans nos rangs. C'est à Philip (en l'occurence seul (mais résolu) représentant du camp des ''CONTRE'') d'ouvrir le débat en sa qualité d'offensé. Mais juste avant, un bref rappel des faits :

REPLICANT
Année : 2001
Réalisateur : Ringo Lam
Acteurs : Jean-Claude Van Damme, Michael Rooker,
Catherine Dent, Lana Parrilla, Josh Green
Durée : 96 minutes
Sortie le : 11 Juillet 2001

Un tueur en série surnommé ''La Torche'' (JCVD) tue exclusivement des mères de famille jugées ''indignes'' par leur bourreau. Jake Riley (Michael Rooker) qui le traque sans relâche depuis deux ans, vient de prendre sa retraite, renonçant ainsi définitivement à prendre sa revanche sur son adversaire. Mais une organisation para-gouvernementale énigmatique lui propose alors de l'aider à expérimenter un système initialement conçu pour pister les terroristes : crééer un clone lié télépathiquement à la proie. En l'occurence, la technique vient d'être appliquée à l'adn du tueur. Il incombe désormais à Jake de ''dresser'' son chien de chasse humain (JCVD aussi) pour mettre un terme à la carrière de ''La Torche''...

PHILIP :

Sur ce coup-là je ne vous comprend vraiment pas ! Nous sommes généralement d'accord sur les films de Ringo Lam et leurs indéniables qualités, mais là il n'y a vraiment rien à sauver. Sur un scénario absolument ridicule d'un bout à l'autre, on voit que le réalisateur n'y croit pas du tout. On se demande bien comment ce navet à pu obtenir une standing ovation (à moins que ce fut une intox pour nous précipiter en projo ?).

DENIS :

Tout d'abord une précision : Ringo Lam y croit à fond. Mais en aucun cas avec la conviction de réaliser un grand film d'auteur comme John Woo a pu le croire lors de Volte/Face. Il sait qu'il réalise une pure série B avec un argument certes simpliste. Mais, et c'est là que même ses admirateurs les plus fervents seront agréablement surpris, ce film est totalement cohérent avec ses oeuvres précédentes. Il parsème le film de références à ses derniers titres et prouve qu'on peut faire un authentique film hong-kongais à Hollywood.

FRED :

En effet, Replicant c'est du 100% Ringo Lam, un film ''On Fire'' plein de bruit et de fureur. Le réalisteur a su tirer le meilleur d'une histoire a la base assez casse-gueule. Beaucoup de metteurs en scènes auraient pu s'y casser les dents, mais Ringo Lam réussit à contourner les aspects bis de son scénario pour en faire une histoire totalement crédible et passionnante.

PHILIP :

Ce qui me choque dans ''une histoire casse-gueule'', c'est le mot histoire. Partant d'un concept récurrent au couple Lam/Van Damme du double/jumeau, le film patauge dans une boullie narrative des plus indigestes. A aucun moment on ne rentre dans l'histoire et ce n'est pas la pathétique interprétation de Michael Rooker qui facilite les choses. Là où John Woo tenait un concept en béton armé sur la dualité (les échanges de corps) et possédait un couple d'acteur convaincants, Ringo Lam s'est contenté d'un brouillon de Watcher et de JCVD et de son clone. Le fond est bêtement simpliste ? c'est pas si grave pour un film de série B me direz-vous ? Mais ce qui m'ennuie beaucoup plus c'est que le traitement est sans inventivité et sans ambition. Mais où est passé le Ringo Lam de Full Contact (pas celui avec JCVD, mais avec Chow Yun-Fat) ?

DENIS :

De quoi parle-t-on ici ? Du dernier film d'un réalisateur bouffi de prétention croyant à tort qu'il va bouleverser le cinéma avec un polar ? Non, on parle de Ringo Lam, un homme qui ne croit pas à l'esbrouffe mais aux situations et aux personnages et qui n'hésite jamais à en faire moins pour obtenir une réelle efficacité réaliste. Que l'on oublie pas que ses derniers polars, Full Alert et Victim, adoptaient un rythme régulier mais sans climax, sans tours de forces. Ils nous emportaient dans la tourmente du drame. C'est la même mécanique qui est à l'oeuvre dans Réplicant. A cette différence près que Lam prend le ''risque '' de se reposer doublement sur un acteur (très) médiocre, Van Damme, qui contre toute attente se révèle très impressionnant. Il ne faut pas non plus oublier que ce film a quelque chose de très personnel pour l'acteur puisqu'il concrétise pour la première fois une vieille thématique récurrente dans sa filmo : l'affrontement du Van Damme commercial et propre sur lui et de son double vulgaire et voyou. Cette idée apparaissait déjà dans Double Impact et Maximum Risk. Elle acquierre toute sa dimension dans Replicant, film fort et abouti.

FRED :

Je ne suis pas d'accord avec Philip concenant l'interprétation de Michael Rooker qui est ici formidable. Par la seule force de son jeu intense, il réussit à nous faire croire sans problème à cette histoire sans passer par les tonnes d'explications et autres effets pseudo-technologiques qu'aurait normalement nécessité ce film dont l'aspect fantastique est judicieusement écarté par la suite. Car Repliquant est avant tout un authentique film noir doublé d'un spectaculaire film d'action.

DENIS :

Oui, quand on lui montre la matrice en train de fabriquer le clone, Rooker ne se prend pas la tête entre les mains genre :''Mais tout ça n'existe pas ! Commence ça marche ? Quelle heure est-il ?'' etc... Non, il sert les dents, répond ''j'ai pigé, pourquoi moi ?''. Voilà, on en parle plus et on embraye sur la suite du scénar. Réplicant est un film qui sait où sont ses priorités et y va sans détour.

PHILIP :

Ah bon ? Il m'a plutôt semblé expliquer en permanence les monstrueuses incohérences de son scénario : il va jusqu'à montrer l'enfance pertubée de son tueur en série à l'aide de pathétiques flash-backs pour expliquer son ''mauvais comportement''. Totalement ringard et inutile. Tout comme l'est la tentative d'explication du pourquoi du comment de la création d'un clone décérébré à plus d'un million de $. En ce qui concerne le coté Film Noir qu'évoque Fred, je ne l'ai absolument pas vu. On a un scénario linéaire avec un héros pas forcément brillant d'accord mais bêtement ''tout blanc'' et un méchant pas à la hauteur. Ce que je reproche au scénario c'est de ne jamais nous surprendre.
Là où l'utilisation des clones aurait pu donner quelque chose d'amusant en les associant et en formant ainsi un duo de criminels (une idée pour le second opus), Lam se contente de les confronter dans un combat pas ''actionner'' pour deux francs. Car coté action et mise en scène, même le parodique Aces go Places 4 (Mad Mission 4) l'enfonce sans sourciller. C'est sur qu'avec JCVD on ne pouvait s'attendre à des chorégraphies dignes de HK, mais un magicien de l'image et du montage tel que Ringo Lam (voir les duels dans Full Contact qui devancent de 5 ans ceux de Matrix) aurait pu essayer de rattraper les choses. Là il se contente de suivre platement son histoire en sauvant ce qu'il peut au passage. Ne sachant plus comment sauver son film il s'essaye à l'humour (comme l'a fait Tsui Hark avec Piège à HK). Malheureusement les tentatives pour nous faire rire tombent presque toutes à plat, comme le reste du film d'ailleurs.

FRED :

Le but de Ringo Lam n'était pas de faire un film ''Over-The-Top'' à la Full Contact, mais bel et bien un polar dans la lignée de ses précédents Full Alert et Victim. On y retrouve la même atmosphère et la même maitrise de la mise en scène qui demeure sèche et terriblement efficace. Sans compter que Replicant est un film d'une violence raremant vue dans le cinéma américain. Je ne serais pas surpris si le film était interdit au moins de 16 ans lors de sa sortie. La version US sera surement charcutée comme Perdita Durango qui ne respectait pas non plus les critères de l'entertainment Hollywoodien mais s'y opposait radicalement tout en restant jouissif, comme c'est le cas ici.

DENIS :

D'abord, Philip, j'aime bien ta référence à Full Contact que je trouve également prodigieux, mais ne crois-tu pas que tu tapes un peu à côté de la plaque en qualifiant Lam de magicien. Ce n'est pas non plus Tsui Hark, ou alors celui de L'Enfer des Armes. Lam, c'est du brut de décoffrage, du carré, du cinéma bélier. Son style passe forcément par de l'ultra-violence et de la vulgarité (et Full Contact est d'abord une oeuvre profondément malade et déviante avant d'être une prouesse technique soit-disant ''magique''). Quoi d'étonnant alors que de retrouver cette déviance dans Réplicant qui s'adonne au premier degré tant dans les meurtres commis par ''La Torche'' que dans la description du stade infantile du clone.
Les scènes de ce dernier ne sont d'ailleurs jamais ridicules car Lam parvient toujours à injecter cette dureté, cette sécheresse qui nous rappellent brutalement la cruauté de cette situation : le clone vit un parcours initiatique muet, d'écorché vif, constamment brutalisé et humilié, voire dressé comme un chien. et le voir gagner sa dignité, au-delà du cliché, est aussi un moment intense. Enfin, tu suggères que le clone et l'original auraient pu s'associer dans le crime. Cette idée est beaucoup plus forte comme possibilité évoquée mais non concrétisée (le film suggère d'ailleurs cette éventualité dans une scène puissante), car on tomberait dans le cas contraire dans de la pure bisserie qui décrédibiliserait le projet. Au contraire, Replicant préserve jusqu'au bout une certaine rigueure classique toute à son honneur.

PHILIP :

Replicant aurait pu être le film bis ultime. De toute façon on ne s'attendait pas à autre chose qu'une bonne série B survitaminée. Coté violence, on est tout de même loin des standards imposés par HK et même ceux supportés par les ricains (te souviens-tu de Robocop 2 ?). En ce qui concerne le ridicule il est malheureusement omniprésent et souffle sur la quasi-totalité du film. Voir JCVD faire des pirouettes (et sa fameuse marque de fabrique : le grand écart) avant de savoir marcher, le suivre dans son éveil au monde (voiture = bobo, manger = bon ...) est plus pénible qu'autre chose. D'autant plus que la forme ne suit pas. Joussif, ce film ne l'est absolument pas et on aurait pu titrer l'article Replicant merdant.

DENIS :

Robocop 2 n'est pas un cas banal de standard ''supporté'' par Hollywood mais un extrême jamais renouvellé depuis. Irvin Kershner s'est grillé à vie. Je te rappelle également que la bisserie absolue de Lam, Full Contact, a été son plus gros bide après School On Fire. On le comprend de rechercher un succès commercial et en même temps on est sidéré devant les écarts qu'il se permet. La violence insensée de certaines scène met carrément le film en danger (on y flingue une grand-mère à bout portant, on écrase en voiture des vieillards en chaise roulante, quand même !) et je ne suis pas du tout d'accord avec ton jugement des scènes d'apprentissage du clone. Ces séquences sont dynamisées par l'énergie et l'agressivité de Michael rooker. Bref. Pour évoquer rapidement Van Damme, on ne pourra plus après ce film dire de lui qu'il prouvera peut-être un jour qu'il a du talent et qu'il peut tourner dans un bon film etc.. Parce que ce bon film, il est là, il l'a fait. Van Damme se surpasse et prend vraiment des risques en se livrant aux pires exactions. Replicant est une pure série B et j'attend encore qu'on m'explique comment elle aurait pu être bien meilleure, alors que tout (action, psychologie, enquête et suspense) s'y trouve.

FRED :

Je pense qu'il y aura deux types de public pour ce film. Ceux qui apprecieront le film à sa juste valeur en le regardant au premier degré, et les autres qui ricaneront à la moindre apparition de l'acteur belge du fait de sa réputation dont il est malheureusement le principal responsable. Van Damme peut remercier Ringo Lam pour un (des) rôle(s) qu'il ne retrouvera probablement pas de sitôt (The Monk peut être?).

PHILIP :

L'alchimie ''action, psychologie, enquête et suspense'' que tu évoques ne prend jamais (tu aurait pu rajouter humour également). L'action déçoit par son manque d'ambition et d'inventivité, la psychologie synthétise de façon grotesque tous les banalités Freudiennes et le suspense est désarmorcé avant même de titiller le spectateur. Au premier degré comme au second, on ne peut s'empêcher d'être déçu. Pour moi il y aura deux types de spectateurs : ceux qui ricaneront à la moindre apparition de l'acteur belge comme le souligne si bien Fred dans un moment de lucidité et ceux qui se maudiront d'avoir opté pour ce film plutôt que Mr Accident de Yahoo Serious qui sort le même jour.

FRED :

Les amoureux de polars hard-boiled qui décoiffent savent quant à eux ce qui leur reste à faire : donner sa chance à cette cinquième rencontre Van Damme/Hong Kong, de loin la plus convaincante.

Nous attendons vos réactions pour pimenter ce forum rédactionnel, sachant que vous ne pourrez juger sur pièce qu'à partir du 11 Juillet.

Notes :
Frédéric Ambroisine : 9
Denis Brusseaux : 8
Philip Dowland : 3
Laurent Pécha : 1
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