Par Arnaud Mangin - publié le 12 octobre 2006 à 09h05 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h12 - 5 commentaire(s)
Un point génial du DVD, c'est qu'il ouvre un nombre incalculable de portes aux cinéphiles comme à ceux qui souhaitent le devenir, où l'œuvre en elle-même et tout ce qui tourne autour atteint un degré d'implication rare du spectateur, avec la qualité en sus. Le terme "cinéma à la maison" n'est effectivement pas galvaudé. Ce qui l'est moins, c'est qu'en bon objet de collection quasi-classieux il fait disparaître un pan de toute la magie tournant autour des VHS. Vous savez, ces quelques cartons entiers regorgeant de cassettes vierges sur lesquelles on enregistrait des films d'horreur à l'emporte-pièce en se fiant presque aveuglement au programmes TV. Ces mêmes cassettes traînant dans le meuble sous la télévision, généralement enfouies loin derrière les autres avec, au mieux un titre de film dont plus personne ne se souvient et rédigé au bic sur l'étiquette avec VF ou VOST précisé en plus petit, au pire le simple objet noir dont on aura pris soin de casser néanmoins la languette de protection. Gage de l'intérêt – aussi relatif soit-il – de la chose, qui nous poussera malgré nous à jeter un œil dessus bien des années après, un jour de grand nettoyage.

Cette douce sensation, c'est exactement celle que procure le DVD de The Roost, mais surtout le film en lui-même, très nostalgique dans sa forme et formidablement audacieux dans son fond puisque à aucun moment il ne sortira de sa ligne directrice.


THE ROOST
Un film de Ti West
Avec : Karl Jacob, Vanessa Horneff, Sean Reid, Wil Horneff, Tom Noonan
Durée : 1h17
Disponible en DVD le 18 octobre 2006

Le soir d'Halloween, quatre amis se rendant à un mariage tombent en panne près d'une vieille ferme abandonnée. Il s'y réfugie afin de trouver de l'aide, mais ils ne savent pas qu'il vont réveiller un mal ancien. Un amoncelle de chauves souris carnivores tournent autour de la bâtisse, et les rares malchanceux à s'être fait mordre se relèvent…


La nostalgie est un prétexte tombant à point nommé vu la faiblesse du budget dont a bénéficié le jeune Ti West pour mettre son entreprise en chantier (50 000 dollars) qu'il a lui-même produite, écrite, réalisée, montée et dont il a également orchestré la musique. Tout y est, il ne manque plus qu'à s'asseoir en tailleur au pied de l'écran en éparpillant quelques autres vieilleries qu'on rangera plus tard. Un aspect VHS clairement assumé, introduit par un prologue d'émission télévisée avec son hôte macabre (Tom Noonan, méconnaissable éventreur de Last Action Hero) un grain vidéo lourdement appuyé, un rembobinage accidentel en cours de visionnage et une réalisation à des années lumières des poncifs épileptiques auxquels nous sommes désormais habitués.


Histoire de jouer avec les références, il n'est alors pas interdit de se sentir aussi intrigué devant la chose de par son côté fauché, comme lors des dépucelages successifs que furent les visionnages VHS de Evil Dead, Massacre à la tronçonneuse, voire plus récemment Le Projet Blair Witch. Tout en se disant qu'il ne faut pas en attendre autant.


Un exercice de style salutaire, mais l'audace doit lutter avec les limites de son époque. Qu'importe si le jeune public trouve les plans d'exposition trop longs et l'intrigue indéfectiblement prévisible, The Roost n'est fait ni pour eux, ni pour les salles de cinéma hexagonales. Qu'importe si malgré son estampillage 80's admirablement bien respecté, The Roost rejette toute tentative de second degré qui lui aurait attiré plus de faveurs, pour préférer le bis jusqu'au bout. Des qualités d'estime qui le serviront de toute façon, ne l'empêchent pas de drainer malheureusement dans son filet les nombreux défauts du "genre". Car comme toute bonne vieille VHS qu'on est content de redécouvrir, The Roost attise plus la curiosité impromptue que la fascination. Ce dernier brillera donc un peu trop par son manque évident d'ellipses malgré les trois ou quatre moments de frousse qui, pour le coup, demeurent vraiment efficaces. Une petite réussite effrayante due à une alchimie bien réglée entre le suggestif et le précipité. En particulier le fameux sursaut final tant fantasmé dans le cinéma horrifique.


Dans son courage, Ti West écume donc les contraintes de ses choix pour ne pas livrer un spectacle mais plutôt une jouissive expérience de découverte rétroactive, bien que parfois longue. Le DVD poursuit donc cette logique volonté. On n'acquiert pas un film de home-cinéma, on achète une étrangeté qui par la force des choses restera soigneusement rangée dans un coin au point de se faire presque oublier. Si la sauce prend réellement en suivant son chemin de croix, on redécouvrira le film comme neuf avec l'œil qui frise d'ici quelques années, tombant dessus par hasard en faisant le ménage dans nos "vieux DVD"… Quel pied !
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