Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 28 février 2008 à 05h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 13h17 - 0 commentaire(s)
Tam est détective privé dans une Bangkok moderne et touffue. Sans réelle activité jusqu’à l’arrivée de Lung, grand échalas terrifié, ses journées semblent se limiter à la monotonie d’une vie faite d’ennuis et de vaines réflexions. Or, ce dernier lorsqu’il entre dans son bureau est persuadé qu’une femme, Sum, veut le tuer…Tam, décontenancé lorsque celui-ci lui montre sa photo, rejette sa proposition jusqu’au moment où ce dernier dépose sur le bureau encombré, une liasse d’argent qui ne laisse pas de doute. Dès lors, notre enquêteur motivé prend les choses en main et part à la recherche de la jeune femme…

THE DETECTIVE (C+ zhen tan)
Un film de Oxyde Pang Chun
Avec Aaron Kwok, Kai Chi Liu, Fui-On Shing, Tak-bun Wong, Yiu-Cheung Lai, Siu-Ming Lau
Durée : 1h49
Sortie en France indéterminée, sortie à Hong Kong le 27 septembre 2007


The Detective est l’avant dernière livraison du tandem thaïlandais le plus fameux, les frères Pang. Réalisé par Oxyde et produit par son frère, ce métrage qui précède leur remake hollywoodien de Bangkok Dangerous témoigne enfin de la maturité du duo et plus que tout, s’impose comme leur plus belle réussite depuis longtemps. En effet, depuis The Eye, on attendait davantage des inséparables compères alors que de Re-cycle à The Messengers, la désespérance semblait devoir s’imposer.

Un scénario complexe et machiavélique
Tout d’abord, The Detective est un film de son temps qui ne ménage pas son spectateur et l’emporte avec une facilité étonnante, tout en évitant de trop en faire. Reposant sur une trame complexe où seul Tam croit en ce qu’il avance, tout plaide au départ contre lui et la machination qu’il veut dessiner derrière l’enquête qu’il mène parait hors de propos. Mais là justement est la force du métrage puisqu’en égarant aussi bien son comparse policier qu’il soudoie que nous, spectateurs, The Detective parvient à réussir ce que tout film de ce genre doit parvenir à faire : Ne jamais laisser deviner sa fin.


En effet, plus Tam investigue pour retrouver Sum, interrogeant témoins et famille et immortalisant chacun avec son inséparable appareil numérique, plus les cadavres s’accumulent étrangement sur son chemin. A tel point qu’au terme de chaque rencontre et de chaque lieu visité, la mort rôde et laisse un macchabée qui semble n’être relié en rien au précédent, laissant augurer d’une situation des plus alambiquées. Et pourtant, la force de l’intrigue orchestrée par les Frères Pang repose justement sur cette absence de lisibilité et sur la complexité de son foisonnement. Rien n’est pas donné au spectateur et lui, comme Tam, découvre au fur et à mesure l’écheveau invraisemblable au premier abord que semble cependant pressentir notre détective. Tout laisse effectivement croire au début du métrage que notre enquêteur se laisse emporter par son imagination et entrevoit complot et assassinat là où les apparences ne trompent nullement. Puis, progressivement, plusieurs questions se posent : Tam divague-t-il ? Ses élucubrations tiennent-elles ensemble ? La liste qui s’allonge relève-t-elle du hasard ou d’une logique qui présupposerait un cauchemar à éclaircir ? Ainsi, les interrogations demeurent et jalonnent par la tension qu’elles génèrent le film, lui procurant rythme et suspense. Très habilement, on apprend en effet que toutes les victimes semblent se connaître mais ce n’est que tardivement, que l’on découvre que ce qui les lient les unes aux autres n’est qu’affaires d’argent et spéculation douteuse. De fait, la machination bâtie et mise en scène par les Pang Brothers s’impose comme l’une des clefs du film expliquant en partie sa réussite. Toutefois, un scénario si habile dans l’étagement de son avancée et son éclaircissement n’est pas suffisant pour justifier que The Detective soit vu et c’est tout le mérite d’Oxyde que de parvenir à doubler ce métrage d’une mise en scène particulièrement habile.


Une mise en scène efficace, nerveuse et tendue
A mesure que le film déploie son intrigue, ce qui fait que cette dernière séduit et plus encore, nous tient en haleine repose justement sur la capacité du cinéaste à mettre en scène le suspense et sa progression. Ainsi, Oxyde Pang use d’une mise en images et d’une disposition de ses situations où priment tension, incertitude et nervosité. De fait, si ce dernier ne rechigne pas sur les effets de style pour donner une couleur certaine à son métrage via l’usage d’un filtre propice à la création d’une ambiance idéale, l’auteur de The Eye recourt à toute la palette d’effets de cadrage et de montage pour faire évoluer son récit. Et nous captive avec lui. Un découpage sec et une liaison très rapide entre des scènes dont on multiplie les prises accentue déjà la nervosité et la rapidité de The Detective mais là où s’impose c’est dans sa manière d’envisager le cadre. En effet, usant de perpétuels recadrages dans l’axe, jouant sur le hors champs et perpétuellement sur les échelles de plan, il emporte le spectateur et le situe au cœur de son récit. Et plus encore que cela, c’est par ce qu’il met dans le cadre qu’il finit d’obtenir notre adhésion et nous captiver pleinement. Chaque plan a pour but d’être le plus intense possible par rapport à ce qu’il veut montrer. Dès lors, il va s’appuyer sur le noir et l’obscurité qui peuplent le métrage, faisant surgir ou non, figures et ombres de ces espaces indistincts. Puis, il jouera sur la rapidité de chacune des séquences et leur propre vitesse pour nous surprendre, faire retomber la tension ou au contraire l’exacerber. Lors de la poursuite en voiture, Tam va percuter un éléphant, ici, la monstration sera frontale vue de l’intérieur de l’habitacle alors qu’en réalité, le plan large reposera sur l’ellipse. En somme, tous les trésors d’habileté que requiert en général le cinéma de genre, que ce soit le polar, le film gore ou le film d’épouvante, sont mobilisés dans The Detective pour nous effrayer, nous surprendre et nous laisser volontairement dans le sillage de notre détective acharné. Dès lors, jamais on ne parviendra à deviner comment se terminera et évoluera l’histoire puisque scénario et mise en scène feront tout pour ouvrir un nombre grandissant de voies possibles et nous égarer. Bref, un véritable régal !


Une ambiance propre aux frères Pang
C’est aussi dans cette optique que l’on note immanquablement la signature du duo thaïlandais, spécialiste du film de genre et du travestissement de leurs codes. En effet, The Detective s’illustre comme la quintessence parfaite de leur maîtrise scénaristique et du savoir faire d’Oxyde. Mêlant polar et mysticisme, formalisme et film d’épouvante, C+ Zhen Tan, de son petit nom cantonais, assimile les règles de divers genres pour les réinjecter dans un policier classique où s’échine la figure d’un détective obstiné. Ainsi, les apparitions fantomatiques semblent se multiplier et c’est la technologie qui les révèle ; de la même manière, les personnages se dessinent toujours dans une pénombre angoissante quand ils ne sont pas eux-mêmes sujet, entre panique et angoisse, d’obscures attitudes proches de la possession. En définitive, The Detective angoisse et captive en jouant sur ses diverses cartes allant même jusqu’à s’appuyer sans en dire plus sur le registre du drame familial larmoyant à l’instant de son dénouement. Toutefois, la force de ce métrage ne repose pas uniquement sur son scénario et sur mise en scène pour parvenir à un tel niveau de qualité. Son acteur principal, Aaron Kwok y est effectivement pour beaucoup.


Aaron Kwok, un acteur fascinant, repéré chez Johnnie To
Lui que l’on avait découvert dans le sublime hommage rendu par Johnnie To à Akira Kurosawa (Judo Throw down) nous revient en effet sous les traits de Tam et c’est lui qui porte et donne un attrait supplémentaire à C+ Zhen Tan. Sous des dehors décontractés et une allure désinvolte, le jeu qu’il déploie apporte une densité nécessaire au métrage, densité et crédit sans lesquels le film ne fonctionnerait pas. Parvenant à jouer autant l’émotion la plus extrême que la terreur la plus vive, Aaron Kwok convainc ici comme il avait si bien su le faire dans son personnage de judoka, exprimant une gravité et étant capable de l’étager à merveille. Obnubilé et semblant distant, sa prestation oscille sans cesse entre drame et comédie ce qui rajoute un sel supplémentaire à The Detective car dans le jeu de dupe des frères Pang, sa prestation contribue à désamorcer certaines explications et à mieux nous surprendre.


En somme et pour l’ensemble de ces raisons, rarement réunies dans un seul et même film de nos jours, l’avant dernier film d’Oxyde Pang est plus qu’attendu dans nos salles et l’on ne saurait que trop vous conseiller s’il ne devait jamais sortir par chez nous de vous le procurer parce qu’il illustre à merveille ce que le cinéma asiatique peut apporter au monde : de l’originalité, de la diversité et une audace jamais démentie. Alors, oui, succombons à The Detective et espérons tous qu’il nous parvienne dans les mois à venir aux côtés d’autres polars du genre, tous aussi réussis dans leur genre comme Brothers et Blood Brothers dont nous vous reparlerons prochainement.

Jean-Baptiste Guégan

PS : The Detective est disponible en import sur www.yesasia.com en version Hongkongaise All zone.




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