Par Geoffrey Crété - publié le 30 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 30 octobre 2009 à 11h27 - 0 commentaire(s)

Son nom ne vous dit rien, pourtant vous connaissez forcément son travail. Les gladiateurs de Ridley Scott, c'est lui. Iron Man contre son ennemi ultime, c'est lui. Les Tueurs Nés Mallory et Mickey qui déglinguent à tout va, c'est lui. Et la liste est encore longue : Les Affranchis, Armageddon, Le Royaume, L'Armée des douze singes, Hannibal, Mise à prix, Trust, Kingdom of Heaven, Malcolm X. Il a fait de Russell Crowe un gladiateur mythique, transformé Demi Moore en machine de guerre chauve, et a même aidé l'équipe de S.O.S. Fantômes à affronter le terrifiant Vigo. Phil Neilson est l'homme derrière les coups de poings et autres cascades de toutes ces productions, aussi différentes qu'inoubliables. Rencontre avec un magicien des scènes d'action.

 


Gladiator, c'était il y a dix ans. Quel souvenir de tournage en gardez-vous ?
A peu près tout ! On me pose toujours cette question, et en fait, aucun de nous ne savait vraiment dans quoi nous nous étions lancés. Je pensais encore faire un film avec des gens en sandales ! (rires) Aucun de nous n'avait conscience de l'envergure créative du projet, mais je pense que Ridley Scott le savait, lui. Il y a eu un premier choc en entrant dans le décor, immense, rempli de gens. C'était écrasant de grandeur.

Ce tournage a t-il été plus difficile qu'un autre ?
Pas vraiment non. L'équipe qui m'entourait était super, on s'entraidait, chacun avec ce qu'il savait faire, jusqu'aux dresseurs de chevaux. Et les gens venaient de partout : Etats-Unis, France, Croatie, Afrique, Italie… C'était impressionnant.

Comment avez-vous rencontré Ridley Scott ? Gladiator n'était pas votre première collaboration...
Le premier film qu'on a fait ensemble était GI Jane (A armes égales). J'étais plus ou moins spécialisé dans le militaire, et on me connaissait pour ça dans le cinéma. Les gens se rappellent de moi, et quand ils ont discuté de ce film, mon nom est sorti et on m'a conseillé. J'ai rencontré Ridley Scott, et voilà.

 


Le travail avec lui devient-il plus simple et rapide après plusieurs films ?
Oui, évidemment. On sait comment fonctionne l'autre. On devine ses goûts, ce qu'il va penser de telle idée, de telle chose. On devance ses réactions. Ridley fait beaucoup de répétitions, de réunions en amont, pour préparer les choses. Mais face à un problème de dernière minute, il retombe toujours sur ses pieds, vraiment. Il possède une énergie positive. Et il travaille en équipe, non seulement il s'entoure de gens de confiance, mais il est ouvert, accepte les idées, et sait quand une chose améliorera la scène. Il sait ce qu'il veut, mais face à un problème, il se retourne et demande « Tu peux faire quoi là? », et il exploite les idées.


Concrètement, comment travaillez-vous sur un film ?
D'abord il y a un scénario, et ensuite, si on est engagé, on rencontre le réalisateur. On discute du sentiment général des scènes d'action. Certains réalisateurs veulent quelque chose de très hollywoodien, où quand on frappe quelqu'un, il décolle du sol et explose une vitre dix mètres plus loin. D'autres veulent un style brutal et violent, plus réaliste en somme, où quand quelqu'un se prend un coup, il encaisse et souffre. Après, on présente des vidéos pour voir ce qui est bien, ce qui ne plaît pas. On essaie de trouver un angle. Ridley travaille avec les gens, et remarque les idées qui ne lui avaient pas traversé l'esprit. Il les repère, et en discute. Et il y a des réalisateurs qui lâchent tout, ne savent rien, et se reposent beaucoup sur moi. Ridley a une vision plutôt précise.

 


Vous avez travaillé avec les plus grands réalisateurs du cinéma américain actuel : Martin Scorsese, Abel Ferrara, Hal Hartley, Oliver Stone, Brian de Palma, Spike Lee, Terry Gilliam, Barbet Schroeder. Sont-ils tous très différents ? Est-ce plus facile de travailler avec des cinéastes aussi reconnus ?
Ce sont tous des réalisateurs puissants dans leur vision, ils savent exactement ce qu'ils veulent, et ce n'est pas un hasard si tous les noms que vous avez cité sont les gens les plus précis avec qui j'ai travaillé. Sur le plan personnel, cela varie, mais professionnellement, c'est à chaque fois passionnant. Je garde avec moi un morceau de ces réalisateurs et je repars avec, comme une boîte à outils imaginaire que je trimballe de tournage en tournage. Et sur un autre plateau, je ressors parfois ces outils. Mais ce n'est pas du tout en me disant « Tiens, je vais refaire comme avec Schroeder sur Kiss of the death ! ». Pourtant, c'est là, toujours avec moi.

Entre Kingdom of Heaven, Gladiator, et Armageddon, vous avez réalisé des scènes d'action gigantesques. Est-ce que certaines vous ont particulièrement marqué ?
On me demande toujours ça, et c'est difficile, ce ne sont pas vraiment les choses les plus gigantesques ou spectaculaires qui me marquent. C'est vraiment compliqué de choisir, mais je dirais La Chute du Faucon Noir. J'en suis assez fier, d'un point de vue personnel, j'aime beaucoup ce film. Kingdom of Heaven également. Dans une scène où vous avez 25 de vos cascadeurs armés qui ne doivent pas blesser les gens autour, vous avez une responsabilité énorme. Mais de manière générale, accumuler les expériences est très plaisant. Même si je ne suis pas toujours entièrement fier des films, il y a toujours du bien.

 


J'ai vu que vous étiez second assistant-réalisateur sur Iron Man, Tonnerre sous les Tropiques, Twilight 2, et actuellement, sur la version ciné de L'Agence tous Risques (avec Liam Neeson, Bradley Cooper et Jessica Biel). Alors c'est fini les cascades ?
Je dirige les scènes d'action, je ne suis pas vraiment un deuxième assistant-réalisateur comme vous l'entendez. J'aime beaucoup ce que je fais, je suis très confiant. C'est différent, mais toujours mon domaine. Enfin, il ne faut jamais dire jamais, il faut bien nourrir sa famille aussi.

Propos recueillis par Geoffrey Crété
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