Par Geoffrey Crété - publié le 26 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 26 octobre 2009 à 17h59 - 0 commentaire(s)
Leonardo DiCaprio, Cate Blanchett, Russell Crowe, Julianne Moore, Eva Green, Denzel Washington, Connie Nielsen, Joaquin Phoenix, Kate Winslet, Gong Li… Elle les a tous habillés. Oscarisée pour son travail impressionnant sur Gladiator, la créatrice de costumes Janty Yates revient sur sa carrière, son métier, et sa collaboration fructueuse avec Ridley Scott, qu'elle a récemment retrouvé pour son Robin des Bois.


Quels souvenirs gardez-vous du tournage de Gladiator, il y a presque dix ans ?
Je me souviens de tout. Vraiment. Chaque jour était extraordinairement excitant. C'était inoubliable. Ce tournage était un défi constant, et nous avions sans arrêt des surprises. Je ne sais pas si vous imaginez, mais nous avions parfois 3000 figurants à habiller, il y avait plus de 10 000 costumes…

Comment avez-vous rencontré Ridley Scott ?
J'ai travaillé sur Plunkett & Macleane, le film de son fils Jake. Ridley est venu sur le tournage et a discuté avec moi. On s'est entendu, et une chose en entraînant une autre... Il s'est constitué une équipe entière avec également la maquilleuse, le caméraman, et d'autres.

Comment naît une collaboration avec un metteur en scène ? Est-ce que vous allez les chercher parce que vous aimez leur travail, ou est-ce que ce sont eux qui vous demandent ?
J'attends toujours qu'on me demande. C'est un travail de freelance. Mais je suis fidèle, si Ridley Scott me demande de travailler sur un film, comme en ce moment, je refuse les autres projets.


Et comment vous êtes-vous retrouvée à travailler avec Michael Mann sur Miami Vice – le film ?
Je l'ai rencontré par mon agent et je suis allée le voir à Los Angeles. Je suis tellement chanceuse, c'est un réalisateur extraordinaire !


Comment a évolué votre relation et votre manière de travailler avec Ridley Scott ? Vous avez quand même fait six films avec lui !
Six films !? Vraiment ?! Déjà... Je pensais quatre. J’ai vraiment de la chance d'avoir travaillé avec un réalisateur comme lui. Les choses sont beaucoup plus rapides maintenant. Je n'ai plus besoin de noter scrupuleusement tout ce qu'il dit et veut. Sans aller jusqu'à dire que je le connais parfaitement, je dirais que je le comprends plus facilement. Il peut dire un mot, et je saurai ce qu'il veut. Tout avance beaucoup plus simplement maintenant.


Concrètement, comment travaillez-vous avec lui ? Vous proposez des choses en masse et il fait le tri, ou est-ce qu'il sait exactement ce qu'il veut ?
Les deux. C'est un échange constant. Je lui montre les choses et il me dit ce qu'il veut, c'est un équilibre. Ridley est un cinéaste très visuel, il a fait une école d'art. Il a besoin de voir et toucher les choses. Et c'est mon travail de lui apporter ce qu'il veut, des vêtements qui collent à son univers, mais qui sont également confortables et adaptés aux comédiens. Un acteur bien dans son costume pourra donner le meilleur de lui-même. C'est primordial d'être à leur écoute.

On se dit que le travail est forcément plus difficile sur un film d'époque comme Gladiator que sur un film contemporain comme Hannibal.
Non, c'est fondamentalement la même chose. Hannibal a été difficile. Tout le monde a son mot à dire lorsqu'il s'agit de vêtements contemporains, même la fille qui apporte le café ! (rires). Mais Gladiator reste l'expérience la plus compliquée, car gigantesque. Russell Crowe avait onze ou douze armures différentes suivant les scènes. On devait prévoir huit costumes différents pour un cascadeur.

Trouvez-vous tous ces costumes ou les dessinez-vous pour les fabriquer ?
Les deux. Il faut à la fois être capable de créer une vision, et en même temps respecter une époque et des règles.


Est-ce que vous ressentez à votre niveau les différences entre un film à gros budget et un film plus indépendant ? Vous avez travaillé avec Michael Winterbottom et Ridley Scott, et leur manière de faire un film est très différente.
Sur un film comme ceux de Michael Winterbottom, le travail est plus difficile. L'équipe est réduite, il y a donc plus de travail et d'investissement personnel. Mais chaque film apporte son lot de défis, et chaque projet est un challenge.

Je crois qu'on se le demande tous, alors je suis obligé de poser la question : qu'est-ce que ça fait de recevoir un Oscar ?
(Rires) C'est incroyable, on se sent comme une princesse ! C'est impossible à imaginer !

Propos recueillis par Geoffrey Crété
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