A l'occasion de la sortie de Human Zoo en DVD (déjà disponible), nous nous sommes entretenus avec Rie Rasmussen. Réalisatrice, actrice, scénariste, monteuse, et même productrice, la cinéaste revient sur les conditions de production difficiles pour un premier film aussi particulier.
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Human Zoo est marqué par un contexte politique fort. Commenter le monde grâce au cinéma, c'est important pour vous ?
Le sujet me touche car ma soeur adoptive vient du Vietnam. Sa mère était dans un réseau de prostitution à Moscou et avait du mal à voir l'immigration dans son meilleur côté. Pour ce film, j'ai donc regardé le monde à travers les lois de l'immigration, de l'ouverture des frontières, de la criminalité. Je voyage depuis mes 15 ans autour du monde et c'est un aspect qui me passionne. J'aime m'exprimer pour le public, la jeunesse, et le cinéma me convient bien pour ça. A l'époque c'était la peinture, dans les années 80 à Moscou, la musique, les poèmes et maintenant c'est les films.
Au sujet de Adria, avez-vous puisé des souvenirs en vous pour l'incarner ?
Adria est composée de plusieurs filles que je connais, en particulier une connaissance, kossovar. Ce qui était intéressant avec elle, moitié albanaise, moitié serbe, c'est qu'elle avait du mal à s'identifier à une culture. Dans certains cas, on risque même d'être tué sur la question des origines. Lors de mes recherches pour Human Zoo, il m'est arrivé de lire plusieurs témoignages terrifiants à ce sujet.
Mon amie kossovar était très sèche, avec peu d'humour, en perpétuelle observation du monde qui l'entoure.
"Pour mon rôle, je n'ai pas de maquillage, j'étais malade, j'ai pris près de 12 kilos, et je ne cherchais pas à être attractive."
La nudité masculine pose parfois des problèmes à l'écran, comment avez-vous pu imposer vos choix ?
Je me souviens d'une personne en particulier qui souhaitait que je coupe la scène du bar (Shawn se déshabille face à un caïd local et se propose de l'affronter nu). Je me disais alors qu'il ne pourrait jamais faire ça, et qu'il n'arriverait pas à comprendre le personnage de Shawn (Nick Corey).
Etait-ce important d'aller jusqu'au-bout de soi ?
Je suis une femme, et j'aime mettre les hommes à nu (rires). Nick est un ami qui a fait le film pour rien. Le naturel à l'écran me plait beaucoup. Pour mon rôle, je n'ai pas de maquillage, j'étais malade, j'ai pris près de 12 kilos, et je ne cherchais pas à être attractive. Dans le film, les animaux sexuels sont les hommes. C'est ce que montre la scène de sexe tournée en plan-séquence entre Adria et Shawn.
Quand tu fais l'amour, tu es nu ... sauf si tu fais ça dans la rue. Moi je trouve ça très normal d'être nu, je n'ai aucun problème avec la nudité comme les danois en général. Dans Les Idiots de Lars Von Trier, c'est déjà très libéré. Le Danemark est très différent sur ce point.
Je crois que vous appréciez beaucoup le cinéma de Luc Besson ...
Oui, beaucoup jusqu'au Cinquième Elément, j'étais une très grande fan. J'apprécie aussi le cinéma de Orson Welles, Howard Hawks. Luc Besson, à l'époque de Gaumont, souhaitait s'approprier le meilleur du cinéma américain pour des productions françaises. C'était génial ! Il souhaitait faire de très gros films en France.
Aujourd'hui ce sont des films d'action très codifiés. Avant il pouvait sortir un film TGV d'une usine à locomotives, et c'était extraordinaire !
Le style que j'appréciais n'est plus le même aujourd'hui. Il se créé ainsi un nouveau public.

"Le cinéma ? il s'agit de ma « vie » donc je défends au maximum mes envies."
Human Zoo a-t-il été complexe à produire ?
Tout a été difficile. Le budget bien sûr. Dès qu'il y a des égo en jeu, ce n'est pas facile. Quand tu es nouvelle réalisatrice, c'est dur de s'imposer, car on a tendance à refreiner les idées. Or pour moi, il s'agit de ma « vie » donc je défends au maximum mes envies. De la production en passant par le montage, l'affiche, et même pour la musique (il s'agit de mes amis), j'ai envie de participer à toutes les étapes.
Sur ces plans, je suis les méthodes du cinéma français d'auteur, je crois.
Vous êtes aussi modèle pour Victoria's Secret ...
Non, non, non. Je dis non à ces choses-là. On m'a proposé un beau contrat, c'est une belle société, mais je n'avais pas envie de le faire. Je fais pas mal de couvertures de magazine mais ça ne paie pas forcément beaucoup.
Propos recueillis par Vincent Martini

