Par Romain - publié le 09 janvier 2009 à 22h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 21h01 - 1 commentaire(s)
Nicolas et Bruno ont beau ne pas avoir de patronymes, ils n'en restent pas moins connus pour avoir fait les beaux jours de Canal+ à la fin des années 90 avec le "Amour, gloire et débats d'idées" dans Le vrai journal, de Karl Zéro (parodie à connotation politique de soap opera argentins) et le Message à Caractère Informatif, module d’environ une minute qui proposait un doublage de vieux films d’entreprise sur le principe cher au Grand Détournement : couper le son pour réécrire des dialogues absurdes. Une bonne raison pour passer derrière la caméra et réaliser un long métrage comme des grands : La personne aux deux personnes, désormais disponible en DVD. Une bonne raison pour passer à la question une seconde fois ces Daft Punk de l'humour made in France.



Dans les suppléments du DVD de La personne aux deux personnes, on retrouve le module "Restauratec". A quoi correspond-il par rapport au long-métrage ?
"Restauratec" correspond à une genèse de La personne aux deux personnes. C’est à partir de ce moment que l’on a commencé à écrire le long-métrage. Le mec s’appelle Ranu comme le personnage de Daniel Auteuil. Il parle déjà tout seul, il est solitaire et on peut déjà voir Marina Foïs. Et c’est la première fois que nous avons bossé avec Alain Chabat. C’est là où l’on s’est dit que ce serait cool de pouvoir faire des projets plus longs ensemble. Nous nous sommes revus, nous lui avons proposé un synopsis. Cela a pris plus de temps que prévu parce que nous avions d’autres projets en parallèle et lui aussi. On terminait l’écriture de 99 Francs, on préparait Le bureau…

Comment avez-vous conçu le making-of ?
C’est Cyril Cohen qui s’en est occupé. Il était présent pendant tout le tournage. Nous avons toujours été réfractaires à l’idée. Sur Le bureau, nous ne voulions pas d’un mec qui filme pendant que nous travaillions. En plus, nous faisions nous-mêmes une sorte de documentaire vérité, donc nous trouvions que ça faisait un peu redondant. Mais Cyril était discret. Nous avions peur que ça nous déconcentre aussi. A l’arrivée, c’est devenu un moyen de se marrer un peu. Quand on achète un DVD, on est surtout sensible à ce qu’on ne nous montre pas d'images dans le menu avant de voir le film. On déteste ça et je crois que cela n’arrive hélas quasiment jamais. C’est pour ça que l’on a opté pour une interface minitel, volontairement sobre, sans son, sans réplique du film…



Vous avez pensé à faire un commentaire audio ?
On s’est posé la question pour le DVD de La personne aux deux personnes. Nous avions envie de le faire mais ça n’emballait personne. Tout le monde nous répliquait que les gens s’en foutaient. Ce n’est pas faux… Ça nous est arrivé seulement trois quatre fois d’en écouter. Notamment celui de Darren Aronofsky sur Requiem for a dream ou ceux de Paul Thomas Anderson sur Magnolia et Boogie Nights.

Vous n’aviez pas envie de faire un commentaire audio qui ne parle pas du film ?
Si, on avait envie de déconner. Nous avions aussi envie de faire des doublages mais ça demandait un boulot énorme et ça coûte du fric. Il faut un studio et il faut aussi travailler avec un éditeur en fonction de ses moyens. Nous avons préféré garder le blé pour faire un nouveau clip de Gilles Gabriel.


Existe-t-il des films que vous aimeriez avoir en DVD ?
Bob et Ted et Carole et Alice, de Paul Mazursky. Un film réalisé en 1969 sur des bourgeois californiens qui essayent de suivre la mode hippie sur la délivrance du corps et qui n’arrivent pas vraiment à assumer le sexe en groupe à l’apéro. Il y a aussi Calmos, de Bertrand Blier. On l’a vu une fois à la télé et on rêve de le revoir. Un pote à nous essaye de le graver de VHS à DVD en ce moment. C’est démentiel, outrancier et délirant.



Depuis la sortie dans les salles françaises, le film a eu le temps de voyager. Comment fonctionne-t-il à l’étranger ?
Nous sommes allés présenter le film dans un festival, à São Paulo, au Brésil. Les réactions étaient étonnantes. Il y avait des rires différents. Certains ressorts qui fonctionnaient bien en France ne fonctionnaient pas du tout là-bas et inversement, comme les scènes d’adultère. Lorsque Gilles Gabriel se rend compte que sa femme le trompe, c’était l’hystérie dans la salle. Etant donné que La personne aux deux personnes englobe différents styles de comédie, certains passages sont universels ou spécifiques. Le problème, c’est que le film est assez inclassable. On cherche toujours à classifier les films dans des genres, c’est plus facile au niveau marketing. On aime bien l’idée que La personne aux deux personnes soit considéré comme une comédie mais que c’est plus un film hybride…

Comment avez-vous vécu l’accueil du film en France ?
Ça n’a pas marché à la hauteur que l’on espérait. Le film est mal sorti, après un mois de pluie, pendant les premiers jours de beau temps… Les salles de cinéma étaient quasiment vides. On a fait notre tournée dans des multiplexes de 15 salles et tout le monde était devant sa télé en train de regarder l'euro 2008. Ça nous a fait un peu mal parce que même si on n’aime pas le cataloguer, le film reste une comédie et cela implique une volonté de partage avec les spectateurs. Ce n’est pas comme dans un film d’auteur où le mec a fait sa psychothérapie et si les gens n’ont pas compris, ce n’est pas grave. Là, il y avait vraiment la volonté de faire marrer les gens. Ce qui est sûr, c’est qu’on a fait le film que l’on voulait faire et on en est très contents. On est tellement contents qu’on nous regarde comme des extra-terrestres. Apparemment, il ne faut pas être content de son premier long-métrage. Quand tu vois qu’il n’y a que 300 000 personnes qui l’ont vu – ce qui n’est pas négligeable –, on aurait bien aimé compte tenu du casting et des investissements que ça soit plus partagé. En même temps, on reste bien entouré. Chabat n’arrête pas de nous dire que ce n’est pas grave et qu’il sera avec nous pour le prochain.



Que comptez-vous faire ?
Nous n’en sommes qu’au synopsis. Nous comptons tourner notre prochain film en Inde. En fait, nous sommes sur deux projets à la fois. C’est amusant de passer d’un scénario à l’autre. Dans notre projet indien, il s’agit d’aller à fond dans le genre Bollywoodien et de s’amuser avec ces codes-là. On adore Bollywood, c’est quelque chose que l’on développe depuis plusieurs années, même si ça reste une épreuve de se taper trois heures de film avec un humour un peu guignolesque. Mais on adore… On aime le côté populaire et transgénérationnel de ces films. D’autant qu’ils sont également conçus pour les spectateurs qui ne parlent pas la même langue. C’est quasiment proche du muet. Il y a beaucoup de sentiments au premier degré, de la danse, du raffinement visuel. C’est kitsch, spectaculaire et très complet, nous avons envie de jouer là-dessus. Mais, pour rassurer ceux qui n’aiment pas ça, on aimerait faire un film qui ne dure qu’une heure et demi…

Propos recueillis par Romain
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