Hellphone, ayant pour héros un jeune garçon harcelé par un téléphone portable diabolique, sort en DVD cette semaine chez Studio Canal ... Pour l’occasion, nous avons rencontré le réalisateur James Huth qui revient sur la genèse du projet mais également sur l’échec du film en salles ! Entre références et confidences, le metteur en scène nous parle des adolescents de son film mais également de celui qu’il était à 16 ans, les yeux ébahis face à
E.T ou
Retour vers le Futur ! Un cinéaste passionné qui aime faire exploser les genres et donner du fil à retordre au cinéma français.
Serial Lover,
Brice de Nice et aujourd’hui
Hellphone : une filmographie atypique et décalée qui donne la pêche ou qui énerve. Nous on apprécie en tout cas la simplicité de James et son enthousiasme...
Nous voici sept mois après la sortie d’Hellphone en salles, c’est terminé pour vous ? Vous êtes passé à autre chose ?C’est comme quand vous faites des enfants...(
son téléphone portable sonne) Ah ! Tiens bah voilà... Prisonnier de son portable. (
Il l’éteint). Oui donc c’est comme quand vous faites un enfant, ce n’est pas fini après l’accouchement donc il reste. Là c’est pareil, c’est ici que l’on se rend compte à quel point on est attaché à ses films, quand la sortie du DVD arrive. C’est non seulement une seconde naissance et c’est aujourd’hui ce qui entérine le fait que le film existe. Le film va rester, les gens pourront le découvrir parcequ’il existe en DVD. On entend toujours parler de ces films pour lesquels il était super dur de trouver une copie et maintenant on s’habitue tellement rapidement à avoir cet accès que c’est véritablement... Enfin quel pied !
L’univers d’Hellphone est tout de même assez barré et déjanté, quels ont été les éléments créateurs de ce monde explosif ?Donc cette question est à poser à mes parents tout d’abord et après, une fois qu’on a traité ce cas du mec déjanté, je peux dire que sur
Hellphone, ce que je voulais vraiment faire en refaisant une comédie, c’était un véritable mélange d’univers extrêmes. Pour faire simple, j’avais envie de regrouper plusieurs envies autour d’une idée. Je voulais réaliser un film sur le paraître puis sur le téléphone portable parce qu’il n’y a pas un objet dans l’histoire de l’humanité qui a été aussi vite adopté et eu autant d’emprise sur l’homme. Ce qui m’intéressait également, c’était de me mettre en danger avec des comédiens qui n’avaient pas leur béquille de jeu. Et par là même, avoir la chance d’aller dénicher toute une génération de jeunes acteurs, de nouvelles gueules avec l’espoir qu’ils soient là plus tard. Ca c’était le moteur et cela s’est ensuite complètement mêlé au concept d’
Hellphone... Donc l’idée des jeunes acteurs est arrivée ici lorsque j’ai cristallisé le thème du paraître et du téléphone... Des jeunes : cela coulait de source ! La pression du groupe est hyper forte à l’école ! C’est là où il faut avoir les derniers gadgets, la dernière fringue... La clope de mon époque n’a pas vraiment disparu mais elle a été grandement remplacée, symboliquement, par le téléphone portable à la sortie de l’école ! Et puis il y a tout ce rapport d’argent...
Jean-Baptiste Maunier, comédien dans Les choristes ou Le Grand Meaulnes, vous vous êtes amusé à griffer quelque peu son image un peu trop lisse ?Oui, je ne pensais pas du tout à lui lors de l’écriture du scénario et puis c’est Bruno Coulais (
compositeur des Choristes et Hellphone, NDR) qui m’a parlé de JEB, enfin de Jean-Baptiste ! Moi je le voyais toujours dans son image des
Choristes, je pensais qu’il avait toujours 12 ans et finalement j’ai rencontré un môme vachement en avance sur son âge, d’une grande maturité, bien dans ses pompes et dans sa tête. Parfait pour incarner le jeune Luke Skywalker qui résiste au mal et qui reste du côté du bien... C’est devenu une évidence. Ce n’était pas une volonté de faire du mal à son image mais c’est juste que j’ai rencontré un jeune homme qui n’était pas du tout le môme des
Choristes mais un garçon de sa génération, qui faisait du skate avec un petit look rock n’roll. Mais en revanche on aurait dû avoir plus le temps de communiquer ça aux jeunes. C’est une des choses qu’il aurait fallu faire : travailler auprès du jeune public pour lui faire comprendre que JB Maunier est un môme comme les autres et non pas tout propre sur lui...
Vous êtes en train de dire que l’image trop gentillette de Jean-Baptiste Maunier a participé à l’échec du film en salles ? C’est toujours facile de dire pourquoi un film a marché et pourquoi il n’a pas marché. On peut trouver 150 raisons mais il est propable que l’on n’ait pas réussi à donner envie au public. Je ne sais pas si c’est le manque de temps, la façon de communiquer... Il y a beaucoup de choses. Je ne sais pas non plus si c’est réellement l’image de Jean-Baptiste. Je ne souhaite pas vraiment répondre à ces questions parce que c’est trop facile. Mais ce qui est sûr et plutôt marrant, c’est que j’ai eu, sur toutes les projections test qu’on a faites, beaucoup d’avis du type « c’est mon univers » « c’est pas mon univers » mais dans les deux cas « ça me plaît ! ». Ce que je n’ai pas eu sur
Brice. Sur Brice, un tiers des gens adorait, un autre tiers trouvait ça amusant et le dernier tiers détestait. Sur
Hellphone, la grande majorité des gens était contente du film. Ce qui est en opposition complète avec l’absence de désir d’aller le voir en salles.
Au moment de la sortie en salles, beaucoup de gens, dont moi, étaient persuadés que le film allait véritablement cartonner auprès du jeune public. Vous créez un nouveau film générationnel, un peu comme les Gremlins ou La Folle journée de Ferris Bueller ! Vous faites expréssement référence à ce type de cinéma afin de toucher l’adolescent que vous étiez quand vous-même avez découvert ces films ?Pour réaliser un film il faut se mettre à nu. Je ne veux pas emmerder le monde avec mes thèmes... Tout est dans le film et je voulais faire un film sur les jeunes positifs ! Sur la joie de vivre et cette énergie solaire qu’ils apportent à la vie. Quand j’avais 16 ans, je me suis nourri de ces films-là, ils font partie de moi donc quand je veux réaliser un film c’est avec cette énergie justement ! Obligatoirement je vais recracher ce que j’ai été à l’adolescence. Quand je suis rentré dans les salles et que j’ai pris
E.T, Indiana Jones, Ferris Bueller, Gremlins ou
Retour vers le futur dans la tronche... Ouaaah ! Quelle bonne énergie, quel bonheur, quel souffle. Donc il y a des références avec lesquelles je déconne volontairement, qui sont là en clin d’oeil et en complicité avec le spectateur. Et puis il y en a d’autres qui sont là, de manière tout à fait inconsciente... J’ai un pote qui m’a dit : « mais quand ils s’embrassent au milieu de tous les mecs à la fin, ça me fait penser à
E.T au moment où ils sont au mileu des grenouilles » ! Ca je n’y avais pas pensé... En revanche, lorsqu’il trouve son portable dans le vieux magasin chinois, je vais mettre une petite voix de mogwai en fond sonore (
il imite le chant du mogwai) et puis celui qui peut l’entendre l’entend ! Mais tout n’est pas calculé, c’est une écriture très émotionnelle... J’écris en fonction de ce que j’ai ressenti ou ce que je ressens.
Vous parlez de la joie de vivre des adolescents mais vous prenez tout de même un malin plaisir à les zigouiller !Oui bien entendu ! Parce que quand t’es ado, t’es immortel. Je me souviens de ça ! Quand j’avais 16 ou 17 ans, je pensais que les copains de ma soeur de 26 ans étaient déjà morts. Quasiment des dinosaures complets ! Et puis j’ai cligné des yeux et hop, j’ai 40 ans... Il y a un truc qui s’est passé, je ne sais pas quoi mais on ne m’a pas prévenu (
rires). Bon maintenant c’est super parce que j’ai des enfants qui sont dans ces énergies-là et ils ont une force incroyable. Il n’y a rien de mieux qu’un mec qui te dit : moi j’ai 18 ans et toi ça va ? Il a gagné (
rires) Pour moi c’est une période de grande fragilité également où si tu te laisses avoir par le paraître alors ca va te tuer ! Dans le film, ceux qui n’arrivent pas à faire le chemin et revenir à la simplicité, comme les personnages de Jennifer, Angie, ils perdent un peu la tête effectivement. C’est très dur d’assumer sa vraie personnalité à l’école et de pouvoir dire : je suis un nerd, j’aime lire des poésies...
Et puis vous avez aussi ce petit goût pour l’humour un peu macabre. Entre Serial Lover et Hellphone, vous n’y allez pas de main morte ! Ca saigne... Cet humour décalé vient sûrement des mes origines anglo-saxonnes ! C’est le slapstick en fait, un jeu extrêmement visuel, comme les Marx Brothers, Laurel et Hardy ou les Monthy Python... C’est le coup de bâton aux fesses, ca vient de la comedia dell’ arte ou de guignol, comme vous préférez (
rires...) ! On se marre parce que plus c’est fort plus ça vous fait rire ! Il faut aller jusqu’au bout sinon ça ne vaut pas le coup...
Hellphone est un film qui s’assume du début à la fin et qui emprunte parfois des voies assez inattendues ! Avec le succès de Brice, vous n’avez subi aucune pression lors du tournage du film ? Peut-être pour édulcorer un récit qui avait cette tendance à brosser dans le sens inverse du poil...C’est à dire que
Brice était fait pour réaliser 50 000 entrées. C’est un film sans histoire, dans un univers complètement barré et donc c’est génial que le film ait fonctionné... Je n’ai reçu aucune pression. A partir du moment où vous vous remettez entièrement en question, vous ne subissez pas de pression. Ce qui est dangereux c’est de faire un
Brice 2, un copié-collé calculé. En prenant de nouveaux risques, on ne se met pas la pression...
Propos recueillis par Kevin Dutot