En tant qu'acteur Vincent Perez a travaillé pour les plus grands (Chéreau, De Broca, Antonioni...) et si sa renommée n'est plus à faire devant la caméra, l'homme ressent le besoin depuis quelques temps de passer derrière. Après son premier long-métrage,
Peau d'ange, Perez réalise cette fois
Si j'étais toi, adaptation d'une oeuvre fantastique japonaise. A l'occasion de sa sortie en DVD, c'est donc le metteur en scène qui s'exprime, pas encore avec l'assurance de l'acteur, mais une envie de bien faire et une sincérité certaines.
Quel regard portez-vous avec le recul sur votre deuxième long-métrage ?Par rapport à mon premier film, c’est très différent vu qu’ici il s’agit d’une commande, je n’ai pas développé le scénario, je ne l’ai pas porté. Je considère donc que c’est surtout un exercice, en plus en anglais, qui m’a permis de progresser dans ma façon de filmer. Ce que je retiens c’est ma relation avec les acteurs, notamment la jeune Olivia Thirlby qui est la véritable révélation du film.
Il paraît que vous étiez même prêt à refuser de faire le film si la production ne l’avait pas retenue ?Oui en effet. Si je n’avais pas eu une actrice comme Olivia qui me donne envie croire à ce sujet assez spécial, je ne me serais pas lancé dans l’aventure. Il fallait vraiment qu’elle me fasse croire à cette relation très particulière entre une mère et sa fille, ce transfert des âmes. Ce n’est pas dans notre culture de raconter des histoires comme celle-là, donc j’avais vraiment peur. J’ai dû surmonter plein de pièges, plus j’avançais dans le film, et plus le sujet lui-même m’inquiétait, mais en même temps finalement me stimulait. Ca m’a permis de raconter une histoire vraiment originale.
On a l’impression à la vision du film que vous avez tenté d’atténuer au maximum la facette fantastique du récit…Oui, c’est effectivement un choix qui s’est très vite posé. Le producteur (
Luc Besson) m’a fait comprendre dès le départ qu’il voulait clairement un drame. Il fallait donc que j’amène mon univers personnel pour concrétiser cette histoire, et ne pas partir dans un délire surnaturel.
Aviez-vous vu le film original japonais ?Je l’ai vu après avoir accepté de l’adapter… Et je n’ai pas franchement accroché, c’est quand même très particulier, avec des codes qui sont extrêmement éloigné des nôtres.
Mais alors qu’est-ce qui vous a plu dans ce projet ?Je pense que la thématique du film m’a attiré car elle rejoint tout ce que j’ai pu faire jusqu’à présent en tant que metteur en scène, c’est-à-dire la communication entre les gens. La manière dont on évite les conflits avec nos proches, les discussions difficiles, les remises en question… Tout ça fait partie d’une thématique que je retrouve dans chacun de mes films, notamment dans le prochain.
A la lecture du synopsis on se dit en tout cas que ce ne sera pas évident de raconter cette histoire, avec par exemple des rapports potentiellement incestueux à traiter. Quelle a été votre démarche ?J’ai décidé de coller le plus possible à ma propre sensibilité tout en restant dans le sujet, en racontant cette histoire le plus fidèlement. Le scénario permettait d’enlever des choses, de simplifier certaines scènes durant le tournage, d’en amener d’autre, ce qui m’a permis au final de me sentir très libre pour réaliser ce film. Luc Besson voulait un drame, il voulait de l’émotion, et du coup je suis allé à fond dans ce sens. Ce film m’a aussi permis de me libérer du regard de tous ces grands cinéastes avec qui j’ai travaillé, Chéreau, Antonioni, etc. C’est un sentiment que je n’avais pas lors de mes films précédents où je sentais encore leur présence qui me dictait encore ma ligne de conduite. Pour
Si j’étais toi j’ai mis tout cela au placard et j’ai juste essayé de raconter cette histoire-là au mieux, en dirigeant les acteurs pour qu’ils m’aident à y croire.
Vous êtes actuellement à l’affiche d’une série policière sur TF1. Le fait de travailler aux USA vous permet-il de ne pas pratiquer cette sorte de racisme qui existe en France du cinéma envers la télévision ?Ca fait vingt ans que je fais du cinéma, j’espère que ce passage à la TV ne me fera pas trop de mal mais le fait est que ça me permet de ne pas accepter n’importe quoi au cinéma, et de le sacraliser un peu. Cela fait trois ans que je n’ai pas tourné au cinéma en France en tant qu’acteur, ce passage en série TV me permet aussi de mûrir à un moment charnière de ma vie, je vais avoir 43 ans et si je fais du cinéma je veux que ce soit un projet qui me tienne à cœur.
Ces trois ans d’absence en tant qu’acteur ciné sont-ils dus à une exigence plus importante depuis que vous mettez en scène ?Tout à fait. J’ai d’ailleurs très envie de retourner au théâtre, j’ai envie de faire exister ce métier magnifique d’acteur en passant du temps sur un personnage et en effectuant un vrai travail de recherche, de construire quelque chose et pouvoir arriver sur un tournage en disant « je suis habité par ce personnage ». Ca m’est arrivé peu de fois dans ma carrière mais quand c’est le cas ce sont des moments extraordinaires.
Propos recueillis par Laurent Tity