Cette année avait lieu la première cérémonie des Japan Expo Awards, récompensant les meilleurs bandes dessinées asiatiques, dessins animés asiatiques et films asiatiques en prises de vue réelles. Vendredi 6 juillet, à 15h, le public installé dans l'amphi était donc suspendu durant près de deux heures aux résultats des délibérations d'un jury nommé spécialement à cet effet (et parmi lesquels on retrouvait une certaine Elodie Leroy...), passant outre les quelques couacs techniques (de magnéto, en l'occurrence) qui ponctuaient l'événement. Les Japan Expo Awards datent en réalité de l'année dernière, mais se cantonnaient alors au vote des internautes. Cette fois-ci, le public avait lui aussi la parole et il est assez intéressant de voir sur quels titres jury et public se rejoignent et diffèrent.
DEATH NOTEAutant le dire, le grand gagnant de ces Japan Expo Awards n'est autre que
Death Note, le manga phénomène de Takeshi Obata (dessin) et Tsugumi Ohba (scénario). Grand prix du jury et du public, prix du meilleur scénario côté jury et prix du meilleur
shônen et du meilleur dessin côté public, le titre réconcilie à peu près tout le monde alors qu'il n'est publié en France que depuis début 2007. Une grosse victoire pour l'éditeur Kana, qui fêtait au passage ses dix ans cette année, et qui a d'ailleurs raflé bien d'autres prix à l'occasion de cette cérémonie. C'est bien simple, à chaque fois que ces deux mots, "Death Note", étaient prononcés par la maîtresse de cérémonie, les hurlements d'hystérie fusaient aussitôt dans tout l'amphi. Cet enthousiasme fait d'autant plus plaisir qu'il est amplement mérité. Un bon point du jury, donc, qui a su saisir l'importance du phénomène.
D'autres titres émergent de ce palmarès relativement équilibré, comme
Fruits Basket, fable touchante et délirante signée Natsuki Takaya, qui concourait dans la catégorie
shôjo - et qui n'a pas à rougir de son adaptation animée, tout simplement magnifique mais repartie malheureusement bredouille dans sa catégorie.
Berserk se distingue dans la catégorie
seinen, devant – et là on tique un peu – le formidable
Monster de Naoki Urasawa. L'autre oeuvre phare de l'auteur,
20th Century Boys, se voit lui aussi évincé dans la même catégorie, tandis que
Monster essuie un nouvel échec dans la catégorie scénario. Comment est-ce possible ? Autre déception, celle de voir un manga comme
MPD Psycho passer complètement inaperçu au milieu de cette sélection plus que béton de
seinen, sans même bénéficier d'une nomination en catégorie dessin pour le divin coup de crayon de Sho-U Tajima. On se console tout de même avec la récompense attribuée au vénéré Takehiko Inoue pour
Real dans cette dernière catégorie, et on passe tout de suite à l'animation.
PARANOIA AGENTCar c'est sur l'animation que jury et public ne semblent pas vraiment d'accord, même si les deux orientations sont aussi honorables l'une que l'autre. D'un côté, nous avons un grand prix du jury pour
Paranoia Agent, envoûtante "série d'auteur" sortie tout droit de l'imagination du génial Satoshi Kon. De l'autre, un grand prix du public pour
Fullmetal Alchemist, le plus sérieux concurrent de
Death Note à l'applaudimètre déchaîné. Deux séries de grande qualité dont les publics ne se rejoignent pas forcément, et deux prix qui se complètent par conséquent assez idéalement.
Côté
shônen, le jury récompense
Samurai Champloo, ignorant les plus purs représentants du genre tels que
Hunter X Hunter ou
Naruto. En
shôjo,
Nana triomphe en réunissant jury et public autour de sa cause. On notera par ailleurs le souci du jury de primer des séries récentes, sans se reposer systématiquement sur les classiques tels que
Cowboy Bebop.
Ergo Proxy se distingue à juste titre dans la catégorie character design (emportant le morceau face aux superbes graphismes de
Samurai Champloo et de
Ghost in the Shell SAC, notamment), et, bonne surprise, la série
Genshiken fait parler d'elle dans la catégorie Moriawase – on a juste un pincement au coeur pour sa splendide rivale
Planètes.
Monster n'a pas davantage de chance en animation qu'en manga, puisque c'est
Paranoia Agent qui obtient le prix dans la catégorie
seinen. Enfin, le jury n'oublie heureusement pas de rendre hommage à
Ghost in the Shell SAC 2nd Gig de Kenji Kamiyama, en lui accordant le prix du meilleur scénario, devant...
Monster, encore une fois ! La malédiction aura décidément frappé Naoki Urasawa jusqu'au bout. Il est tant d'aller demander quelques explications à Elodie !
La troisième et dernière sélection, celle des films asiatiques en prises de vue réelles, récompense de son côté
Shinobi de Ten Shimoyama, seul à être sorti en salles parmi les cinq longs métrages en compétition.
NANAUn palmarès pas si consensuel que cela au final, même si les injustices sont inévitables. Le résultat donne en tout cas envie de suivre la prochaine édition, en espérant une sélection peut-être un peu plus resserrée dans la durée (celle-ci s'étalait de 2004 à mars 2007). On émet aussi le souhait que d'autres catégories soit créées pour l'animation, comme celle de la mise en scène ou de la musique. A suivre...
Palmarès des Japan Expo Awards 2007
Bandes dessinées asiatiquesGRAND PRIX :
DEATH NOTE (Kana)
Meilleur Shônen : C[si :] (Doki-Doki)
Meilleur Shôjô : Fruits Basket (Akata/Delcourt)
Meilleur Seinen : Berserk (Glénat)
Meilleur Moriawase (hors catégorie) : Le pays des cerisiers (Kana)
Meilleur Dessin : Real (Kana)
Meilleur Scénario : Death Note (Kana)
Meilleure Traduction/Adaptation : Manga Science (Pika)
Meilleure Fabrication : Gogo Monster (Akata/Delcourt)
Dessins animés asiatiques
GRAND PRIX : PARANOIA AGENT (Dybex)
Meilleur Shônen : Samurai Champloo (Dybex)
Meilleur Shôjô : Nana (Kaze)
Meilleur Seinen : Paranoia Agent (Dybex)
Meilleur Moriawase (hors catégorie) : Genshiken (Kaze)
Meilleur Character Design : Ergo Proxy (Dybex)
Meilleur Scénario : Ghost In The Shell – SAC 2nd GIG (Beez)
Meilleure Version Française : Monster (Kaze)
Meilleur Packaging : Karas – Edition collector (Dybex)
Films asiatiques en prises de vue réelles
GRAND PRIX : SHINOBI (Kaze)