Par William Couette - publié le 25 avril 2008 à 14h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 14h31 - 0 commentaire(s)
Une « révolution » numérique

Réaliser le compte-rendu d’une réunion d’exploitants n’est jamais facile, en effet comment rendre passionnante des conférences traitant des nouvelles optiques de caméra ou du remplacement progressif du parc de matériel cinématographique. Si j’en restais aux simples enjeux techniques, vous ne liriez sûrement pas les prochaines lignes. Pour autant ces réunions sont primordiales pour comprendre l’avenir du médium cinématographique. Depuis la révolution industrielle, chaque évolution technique entend une révolution économique et sociale, les changements profonds entrevus durant ce rendez-vous auront des conséquences sur la pratique du cinéma.


La numérisation

Après le CD et le DVD, la diffusion en salle par le biais de projecteur numérique devient une réalité. Amoureux de la pellicule, son temps est compté. De nouveaux projecteurs numériques équivalent à notre bon vieux projecteur 35 mm (projecteur qui équipe la plupart des cinémas) vont bientôt équiper nos salles. Ces nouveaux projecteurs qui proposent une définition exceptionnelle, ont plutôt reçu un accueil positif de la part des grands groupes qui possèdent les multiplexes. A l’instar des exploitants de cinéma d’arts et d’essais, je suis plutôt inquiet. En effet, le coût de ces projecteurs en terme d’entretien est très élevé. De la même manière, beaucoup de petites salles de province ne possèdent pas les salles de projection adaptées à cette révolution alors que les multiplexes plus récents ont déjà des cabines labellisées. Vous me direz, les cinémas auront le choix ! Néanmoins il ne faut pas oublier que les gros studios américains souhaitent cette révolution numérique. En effet, le projecteur numérique sera le parfait support pour le cinéma de demain : la projection en trois dimensions. De cette façon, les spectateurs iront dans les multiplexes qui proposeront une projection numérique et déserterons les petits cinémas. Les coûts toujours plus élevés du cinéma font disparaître les salles indépendantes. Il faut espérer que cette révolution numérique ne fasse pas périr totalement un parc de cinémas indépendants, conduisant les salles de toute la France à ne diffuser que des blockbusters américains ou des comédies françaises.
La gestion de salle

Cette révolution numérique va être accompagnée par une nouvelle organisation du travail dans les cinémas. Le projectionniste à l’ancienne sera remplacé par un technicien qui lancera les films de l’ensemble des salles par son ordinateur. L’époque du projectionniste véritable incarnation de «Géo Trouvetou» sera finie avec un technicien qui tentera de réparer les erreurs de programmes via un logiciel de messagerie. Ce modèle s’il peut intéresser les exploitants de salles par son coût réduit est inquiétant quant à la disparition de certains emplois dans les cinémas et la réorganisation des salles à l’intérieur d’un même multiplexe. En effet, l’utilisation d‘un serveur centralisé permettra aux exploitants à tout moment de redistribuer les films dans les salles. Prenons l’exemple du film de Dany Boon, beaucoup de cinéma refusaient des spectateurs car leurs salles étaient pleines. Souvent, les spectateurs choisissaient un autre film et permettaient à des réalisations peut-être plus discrètes d’exister. Avec ce procédé, des films comme Bienvenue chez les Ch'ti occuperont toujours plus de salles et empêcheront la diffusion de films qui ne possèdent pas le même rayonnement médiatique. Avec des multiplexes qui choisissent toujours les gros succès, une vie toujours plus réduite des films en salles et maintenant cette possibilité de redistribution dans un même multiplexe, nous pouvons toujours craindre une uniformisation culturelle au détriment de l’ensemble des réalisations.
Enfin, concernant le piratage, la numérisation des films pour leur diffusion en salle permettra au pirates de lancer sur l‘Internet des versions parfaitement encodées des films, alors qu’ils sont pour l’instant obligés de filmer dans la salle les films durant leur projection. On nous promet un système inviolable, nous pouvons émettre des doutes, le langage informatique à la différence de la pellicule reste toujours du code, et il y a toujours un moyen de trouver la bonne grille de lecture pour le comprendre.


Le cinématographe a toujours été lié à des révolutions techniques, la 3D semble sa prochaine évolution avec une remarquable amélioration des techniques de projection. On ne peut pas refuser ses étapes, néanmoins on peut s’inquiéter de l’évolution de la diffusion des films au cinéma toujours soumis à un modèle économique ou les exigences artistiques et l’amour sincère du cinéma disparaissent au profit des seuls diktats économiques.
Dans ma jeunesse, j’ai découvert comme beaucoup de mes concitoyens les films dans un petit cinéma où parfois les salles étaient vides. Beaucoup de jeunes gens n’ont plus de salles actuellement, et doivent faire beaucoup de kilomètres pour aller dans le multiplexe de la grande ville.
J’espère que ces nouvelles évolutions techniques qui nous ont été présenté par la Commission supérieur de la technique et du son à l’espace Pierre Cardin n’amplifiera pas la situation actuelle et ne participera à la disparition d’une certaine idée du cinéma.

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