Les clips qui dérangent ne sont pas si fréquents. Celui de Stress, du groupe électro Justice, déchaîne les controverses comme en son temps celui de Smack my bitch up, des Prodigy, réalisé par Jonas Akerlund. Il bénéficie d’un regard cinématographique. Celui de Romain-Gavras, qui a eu envie de provoquer par les images un sentiment de panique en adéquation avec la musique utilisée. Le clip supporte toutes les interprétations, allant de la dénonciation de la violence à son esthétisation.

A l’origine de cette bombe à retardement, on retrouve Romain-Gavras, fils de Costa, qui appartient au collectif Kourtrajmé. Sur plus de sept minutes, il montre des jeunes de cité habillés en Justice qui fracassent tout sur leur passage sous le regard d’une caméra racoleuse. Au-delà des événements sensationnistes, on pense avant tout au cinéma ou plus précisément à son influence sur le clip. Il se base sur l’ambiguïté de la représentation de la violence, en prolongement des réflexions menées par des cinéastes tels que Stanley Kubrick (Orange Mécanique), Michael Haneke (Funny Games) ou Thomas Clay (The great ecstasy of Robert Carmichael).
L’ambiguïté est également maintenue par l’impression de voir une compilation d’images volées et réalistes. Justice et le réalisateur refusent de commenter les réactions extrêmes générées par le clip, en même temps qu’ils laissent grandir le phénomène pour faire parler d’eux. Mais il faut relativiser son impact. On peut d’ailleurs voir sa parodie dans Sheitan, la comédie horrifico-banlieusarde de Kim Chapiron, également membre du collectif Kourtrajmé, à travers le clip Bâtards de barbares, qui tournait en dérision les paroles extrémistes du rap. A tous les points de vue, c’est réussi.