Par - publié le 27 octobre 2005 à 03h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h37 - 5 commentaire(s)
Vorace, d’Antonia Bird, est un très beau film fantastique qui a fait son petit effet à sa sortie – massacrée (en plein été 1999, avec Le projet Blair Witch). La question que l’on peut se poser à la suite de cette réussite : que devient la réalisatrice qu’on peut d’ores et déjà surnommer, au vu de ses beaux antécédents, comme la Kathryn Bigelow anglaise ? Pourquoi tant d’absence ?


Of course, Antonia Bird n’a pas commencé sa carrière avec Vorace, déclinaison facétieuse sur le cannibalisme ; mais, avec Safe, un électrochoc (rien à voir avec le formidable film homonyme de Todd Haynes) sur deux ados qui se font passer pour une pute et un mac et traînent dans les foyers pour sans-abri. La cinéaste impose un style ultra-réaliste et une sensibilité peu commune qui confirment son talent prometteur. Un an plus tard, elle met en scène Priest, avec Robert Carlyle, compagnon de longue date qui fera quatre films avec elle, qui plonge dans les questionnements intérieurs d’un prêtre qui ne sait où donner de la tête entre son amour pour Dieu et celui pour un autre homme. Sujet épineux (la foi, le sexe…) qui donne à Bird l’étiquette d’une demoiselle au caractère bien trempé et fâchée avec les conventions.

Seulement voilà, Antonia, les étiquettes, elle les vomit. Rien ne l'empêche par exemple d'aller tourner aux States son premier film américain De l’amour à la folie, avec Matthiew Lillard et Drew Barrymore (Scream) et Chris O’Donnell. Fiction estudiantine avec un serial-killer sur le campus ? Non. Au contraire. Loin de succomber à une quelconque superficialité, Bird met en scène deux marginaux, deux ados fous amoureux l’un de l’autre qui masquent gentiment leurs névroses. Si bien qu’un jour la demoiselle tente de se couper au monde et finit à l’hôpital psychiatrique. Bird n’aime pas le bon ton politiquement correct ni les intrigues claires comme l’eau de roche.


C’est pourtant deux ans plus tard, avec Face, qu’Antonia Bird commence à se faire un nom. Qu'elle commence à se distinguer dans toute son élégante singularité. Normal, il s’agit d’un de ses opus les plus accessibles. Sur le papier, une énième histoire de braquage comme on en a vu des myriades. A l’écran, un film noir poisseux et rugueux qui prend très vite, au vu de sa dernière scène (impressionnante) la forme d’une parabole sur la cupidité des êtres dans un Londres ensanglanté. D’emblée, on note la faculté de la cinéaste à plonger dans les univers masculins et comme d’habitude une intransigeance fièrement affichée qui tranche avec le tout venant. Cette fille a un style. Et quel style ! Lancée sur cette réussite, elle change diamétralement de registre pour fureter vers le fantastique où là aussi, elle se plaît à triturer les us et coutumes d'un genre balisé. Cela donne Vorace, une œuvre redoutable sur l’anthropophagie, très troublante, très gore, transgressive et drôle qui sur un argument ténu réussit à maintenir l’intensité de son récit jusqu’au bout.


L’histoire ? Au cours du violent conflit qui opposa les Etats-Unis au Mexique, une sanglante méprise fit un héros du capitaine John Boyd, homme pusillanime et lâche. Son supérieur hiérarchique n'est pas dupe et l'envoie aux confins enneigés et sauvages du pays, dans une compagnie constituée de singuliers personnages : le commandant Hart, le docteur Knox, Cleaves, le cuistot et Georges, un éclaireur indien. John Boyd est entraîné dans une enquête par l'étrange Colqhoun, qui affirme que ses compagnons de voyage ont été victimes d'un militaire cannibale rendu fou par le froid et la faim. Et, et, chut… n’en disons pas trop. Vorace repose pour beaucoup sur son retournement de situation qui, tel un Crying Game en puissance, nous tombe sur le coin de la figure. Ce qui est très séduisant dans ce film, c’est la façon dont Bird construit son histoire, en la plantant dans une atmosphère onirique qui ne cherche qu'à renforcer le malaise. Cela se traduit par des effets de mise en scène surprenants ou alors le recours à une bande-son atmosphérique et intrigante. Surtout, la façon dont elle regarde (et filme) ces hommes se perdre au cœur de leurs propres souffrances est en tous points fascinante. A la fois très gore et viscérale, une œuvre très étrange qui témoigne d’inventivité formelle et narrative sans chercher à se la jouer poseur ou prétentieux.


L’après-Vorace

Pas peu fière d'avoir déjà semé une jolie pagaille, Antonia continue de tracer son sillage ultra-personnel et de soulever les polémiques. Dernièrement, on se souvient de son The Hambour Cell, un téléfilm sur les terroristes du 11 septembre qui adopte leur point de vue. Un peu comme Bellocchio dans son dernier Buongiorno, notte. La cinéaste n'a peur de rien. Et surtout pas de ce qui fait grincer des dents. Définitivement. La polémique continue de l’intéresser puisque son nouveau film, actuellement en pré-production, intitulé The Meat Trade (les profanateurs de sépultures) s'annonce tout aussi sulfureux. Le scénario sera écrit par le romancier Irvine Welsh (Trainspotting), réputé pour ne point faire dans la dentelle.

Les acteurs Colin Firth et Robert Carlyle (on ne change pas une équipe qui gagne !) incarneront William Burke et William Hare, deux tueurs qui ont défrayé la chronique dans le Edimbourg des années 1820. Et c'est une histoire vraie. En effet, leur itinéraire n'est pas inconnu : ils font partie des Bodysnatchers, des criminels qui comme le nom anglais l'indique volent des cadavres pour survivre. Les deux hommes profanent les tombes pour en exhumer les corps fraîchement mis en terre et les revendre à des trafiquants d'organe. Ils travaillent parfois pour le compte de chirurgiens pour des études de l'anatomie. Jusqu'au jour où en pénurie de dépouilles, les deux William commencent à abattre froidement des quidams pour vendre leurs corps. L'homme détruit par l'homme est une thématique qui inspire la réalisatrice. Ce n’est pas la première fois que ce fait divers est adapté au cinéma puisque John Gilling (L’impasse aux violences) ou encore Robert Wise (Le récupérateur de Cadavres, adaptation du roman de Robert Stevenson) se sont attelés à la tache. Antonia Bird vient donc apporter sa pierre à l’édifice et il est fort possible qu'elle serve un festin saignant et à point. Typiquement le genre de cinéaste, discret et intègre, qui continue d'arborer fièrement son indépendance et une farouche liberté de créer. En cela, oui, Antonia donne envie de la suivre...
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  • voracez2

    Vorace

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  • voracez2

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