C’est dans le cadre d’une succulente rétrospective, mise en œuvre par La Cinémathèque Française, que
Michael Mann est devenu « Professeur d’un jour » ce samedi 4 juillet à l’issue de la projection du long-métrage qui continue assurément de mieux représenter toute l’étendue de son talent : le toujours aussi enivrant
Heat. Non seulement le film a été personnellement choisi par le cinéaste mais, de plus,
Michael Mann a également souhaité rester dans la salle afin de le revoir dans son intégralité, en compagnie d’un public
not so enemies…
Présenté par
Costa-Gavras comme «
le seul réalisateur américain à même de savoir tout faire, jusqu’à la finalisation du son et de la musique »,
Michael Mann, bien que visiblement peu avide de ce type d’exercice, avait néanmoins bien préparé les choses. Accompagné de précieux documents de pré production - tels que des photos de repérages, de répétitions ou encore d’un gigantesque plan représentatif de l’organisation stratégique (et scénique) d’une scène clef du film (celle de l’impressionnante fusillade en plein jour, faisant immédiatement suite au braquage de la banque), il s’offrait là une belle opportunité de commencer ce cours magistral avec panache : «
Dans ce type de séquence, l’action repose sur une chorégraphie qui doit contenir aussi bien le cœur de l’histoire que celui des personnages » explique-t-il. «
Si bien que le travail de préparation et de narration d’une telle scène n’est pas si éloigné que ça d’une séquence dialoguée… Exception faite, bien sûr, de son caractère extrême. Pour que cela fonctionne, il faut avant tout que les comédiens aient déjà totalement investi leurs rôles. Tout passe par la connaissance du passé du personnage : tout ce que Neil sait faire, Robert de Niro doit également savoir le faire ».
Préparation physique et mentale, entraînement aux armes à feu, immersion totale dans ces vies pas si fictives… Plusieurs mois sont nécessaires à chacun pour prendre définitivement possession des personnages. De leur côté,
Michael Mann et son premier assistant conçoivent leurs plans sans le moindre story-board et miment eux-mêmes les futures actions ou déplacements, tout en établissant une sorte de « photos-board » au gré de leur inspiration du moment. En un sens, c’est l’action elle-même qui guide leurs choix et non l’inverse. Pour preuve : le document relatif au site de tournage dévoile les positions et déplacements de tous les protagonistes présents, comme pourrait le faire le filage chorégraphique d’un ballet…
Comme souvent, l’exposé se concentre très vite sur le travail avec les comédiens… Le réalisateur revient également régulièrement sur l’intrigue et ses enjeux… Rien, en revanche, sur l’écriture même du scénario pour ce type de séquence… Rien non plus sur le dispositif technique impliqué : nombre de caméras, comment, pourquoi, en combien de temps, pour quel budget, avec quelles autorisations…? Rien non plus sur le montage - à part un bref et bel hommage de
Michael Mann envers Dov Hoenig, pourtant présent dans la salle (!) mais que les organisateurs n’auront pas la bonne idée d’inviter à monter sur scène… Pour ce qui est du son, en revanche, le réalisateur apporte ces quelques précisions : «
Je voulais que les spectateurs éprouvent un choc, qu’ils assistent à quelque chose qu’ils n’ont pas l’habitude de voir et d’entendre dans ce genre de films. Il fallait établir ce contraste entre le côté sociopathe de l’équipe de Robert de Niro et la contrainte qui pèse sur Al Pacino qui, lui, doit se retenir. Au lieu d’avoir recours aux effets spéciaux traditionnels, nous avons emmené les voitures sur le champ de tir et les avons criblées de balles réelles. Puis, nous les avons repeintes et, sur le tournage, le seul effet spécial visait à faire sauter cette peinture pour révéler les impacts préalablement créés. Sur l’ensemble de la séquence, les sons que vous entendez sont authentiques. Le département son a passé des semaines à fabriquer des effets sonores que j’ai tous rejetés au final car, lorsque l’on tire sur place, le bruit s’évapore dans l’air et produit une vibration unique ».
Quelques anecdotes plus tard,
Heat cède progressivement la place au reste de l’œuvre du cinéaste et plus spécifiquement à son amour des grandes villes - et tout particulièrement Los Angeles -, qu’il a magistralement filmées.
Public Enemies,
Le sixième sens, Miami Vice – le film,
Collateral (dont il diffuse l’extrait des coyotes traversant tranquillement les rues de L.A. devant le taxi)… S’enchaîne alors une énumération complète des séries, téléfilms et long-métrages qu’il a créés ou réalisés ; exception faite de
La forteresse noire, étrangement absent de toute discussion alors qu’une étonnante conférence sur la version longue inédite du film sera tenue par Stéphane Piter (directeur du site the-keep.ath.cx) à l’issue de la projection du dimanche 19 juillet, toujours à La Cinémathèque. Un dernier point important est toutefois abordé : celui de son utilisation désormais régulière (et si brillante !) de la HD… «
A part le fait de pouvoir bien filmer dans la nuit, la haute définition présente une fantastique palette de couleurs et une profondeur de champ presque hyper réelle. Mais avant tout, je nourrissais le rêve de pouvoir présenter mes personnages de façon très intime… Dans les films en 35mm, l’éclairage artificiel était devenu très conventionnel et accepté de tous, mais à présent que la HD est arrivée : on peut totalement se passer d’eux, y compris en lueurs générales très basses. La HD est un outil très puissant et il y aura forcément autant de mauvaises choses que de grandes choses ».
Puis, fatalement, après plus de deux heures d’une leçon un peu trop inégale pour le spectateur averti,
Michael Mann s’éclipse bien vite… Pas un geste de la main et à peine un regard effleure ce public qui lui a pourtant chaleureusement offert plusieurs ovations et amplement montré à quel point son cinéma était compris, aimé et respecté.