Par La Rédaction - publié le 26 février 2008 à 11h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 13h13 - 0 commentaire(s)
Révélé en 1994 par Little Odessa, James Gray avait enduré un accueil critique houleux à Cannes pour son deuxième film, The Yards, en l'an 2000, avant de se voir couvert d'éloges quelques mois plus tard, lors de sa sortie en salles. Bis repetita, la projection de presse de We Own The Night s'était achevée par une bordée de huées. Extrême réaction de dépit envers un film noir d'un classicisme à toute épreuve qui prend pour personnage principal le propriétaire d'une boîte de nuit new-yorkaise de la fin des années 80 confronté à la montée en puissance de la Mafia russe et à ses relations personnelles avec l'un de ses pères tranquilles, qu'il considère comme son parrain adoptif… au propre comme au figuré. Mais la voix du sang est la plus forte. En effet, la particularité de ce chien fou (Joaquin Phoenix, formidable par son mélange de force et de fragilité) est d'avoir pour père l'une des figures tutélaires de la police (Robert Duvall qui s'impose comme une évidence) et pour frère l'un de ses plus sûrs espoirs (Mark Walhberg, délibérément en retrait).





Brillant directeur d'acteurs, James Gray ne se contente pas de digérer ses références. Comme tous les auteurs, il les dépasse et n'hésite pas à les pervertir en affirmant son goût pour un cinéma à l'épreuve du temps qui refuse les effets de mode. L'affrontement final dans des roseaux enfumés ne donne pas lieu à d'interminables digressions. Quant à la poursuite automobile qui constitue le point d'orgue du film, elle est mise en scène d'une façon qui se démarque délibérément des standards habituels du genre et notamment de la référence en la matière : French Connection de William Friedkin. We Own the Night est un film qui refuse délibérément de prendre la pose et s'inscrit dans la plus pure tradition de ce cinéma hollywoodien où l'Entertainment va de pair avec une réelle épaisseur humaine. Au nom du père, James Gray y boucle une trilogie parfaitement cohérente qui représente en quelque sorte pour la communauté russe l'équivalent des films de Martin Scorsese ou Francis Ford Coppola pour les Italo-Américains. C'est de cette spécificité que naît l'universalité de cette chronique désenchantée à la noirceur minérale.



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