Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 05 mars 2009 à 09h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 14h57 - 1 commentaire(s)
Le Festival de Cannes, par son aura incontestable, offre au film et aux plus exigeants de leurs créateurs une exposition à la fois immense et particulièrement redoutable. Braquant ainsi le feu des projecteurs du monde entier sur des auteurs peu connus pour ne pas dire davantage, intéressons nous, après Fernando Meirelles et Pablo Trapero, au cinéaste qui pour l’heure a illuminé la croisette avec la Valse avec Bachir. Et c’est évidemment d’Ari Folman dont il s’agit, créateur méconnu s’il en est que porte depuis quelques mois déjà un bouche-à-oreille plus qu’enthousiasmant.

Ari Folman, l’expérimentateur israélien

Il est un cinéaste dont la côte ne cesse de monter aux abords des marches du Palais : Ari Folman. En effet depuis ces dernières heures, le film de ce dernier a séduit et surpris au point que l’on ait envie de revenir sur la trajectoire qui l’a mené jusqu’à nous. Passionnante s’il en est, il est donc temps de s’attarder sur le parcours de ce dernier pour mieux saisir le cheminement de cet enfant devenu homme qui regarde l’histoire de son pays avec un œil bien différent des siens.



Lui qui immigra très tôt avec sa famille en Israël partage sa carrière entre œuvres télévisuelles et cinéma. Ainsi, l’a-t-on vu œuvrer dans nombre de documentaires questionnant les liens entre Palestine et Etat hébreux, avant que son goût de l’écart et d’autres opportunités le conduisent à travailler ailleurs et notamment pour les enfants. Toutefois, c’est au cinéma et via le long que notre homme a su s’illustrer et se faire remarquer. Nous sommes alors en 1995 et son premier film, Santa Clara, est un coup de maître puisqu’il collectionne les honneurs, aussi bien lors de la cérémonie de l’Académie israélienne du cinéma que dans de nombreuses manifestations d’envergure. Un talent venait donc de naître avec cette première histoire d’émigrée russe capable d’entrevoir l’avenir. Dès lors, ne restait plus qu’à attendre que le temps fasse son œuvre et qu’un nouveau sujet ne vienne lui permettre d’exercer à nouveau, sa capacité à ravir et à surprendre.




Six années seront pour cela nécessaire et une nouvelle fois, Ari Folman revient avec un film surprenant : Made in Israël. Drame faisant ressurgir l’horreur fondatrice à l’origine de l’avènement de l’Etat hébreu, ce film suit en effet le retour sur la terre de Judée du dernier criminel de guerre nazi. On constate à ce moment-ci, une récurrence dans l’œuvre modeste qui compose pour l’heure la filmographie d’Ari Folman : l’entremêlement volontaire et recherchée du singulier avec l’Histoire. On notera par la même, le questionnement toujours vif des artistes israéliens face à leur identité et dans le regard qu’il pose sur l’évolution de l’Etat censé empêcher qu’un nouvel holocauste ne puisse se reproduire. Le cinéma israélien s’illustre en cela plus encore durant les années 2000 et jusqu’à nos jours les plus proches - chaque film nous parvenant de cette partie du monde est toujours une divine et passionnante surprise de The Bubble aux Citronniers en passant par nombre d’autres comme les Méduses.

Mais ce qui étonne dans la suite de la carrière d’Ari Folman, c’est le parti pris esthétique est réflexif qu’assume Waltz with Bashir, la dernière de ses œuvres. Tournée et achevée en 2008, elle se présente d’ailleurs en compétition officielle alors qu’Ari Folman n’a nullement connu comme ses compétiteurs, les coulisses des sélections parallèles, itinéraire cannois idéal pour s’aguerrir et grandir en digne rejeton du Festival. Mais plus encore que cette étonnante sélection, ce qui marque le plus, c’est indubitablement la spécificité de ce film. Premier film d’animation à portée mémorielle et historique, Waltz with Bashir revient en effet sur les massacre de Sabra et Chatila – sinistre atrocité et innommable massacre de victimes civiles lors de la guerre du Liban aux débuts des années 1980.

« Cette histoire est mon histoire, que j'ai décidé de raconter après plus de vingt ans. »



A des années lumière de la forme de Shoah et des autres films de celui qui ouvrit cette dernière édition du Festival, Valse avec Bashir revient par le biais de l’autofiction, sur le rôle particulier de la mémoire lorsqu’elle est confrontée à l’insurmontable et qu’elle se pare de silence pour mieux permettre à l’homme d’exister. C'est-à-dire de se comprendre et de s’accepter.

Fidèle à la portée politique et historiquement engagée de ses sempiternelles sélections et conscient de la dimension hautement symbolique des enjeux qu’il traite, nous tenons peut-être avec le dernier film d’Ari Folman une surprise comparable à ce que réalisa l’année passée Marjane Satrapi, accompagnée qu’elle était de son irremplaçable comparse pour la présentation officielle de l’inoubliable Persépolis. Néanmoins, eu égard à son originalité et à l’ampleur psychanalytique des choses qu’il met au jour, il serait déraisonnable et prématuré de pousser plus loin la comparaison pour mieux au contraire, considérer avec satisfaction Valse avec Bashir comme ce qui semble être le premier temps fort de ce déjà très surprenant soixante et unième Festival.
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