Par Gilles Botineau - publié le 10 novembre 2008 à 17h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 19h29 - 1 commentaire(s)
Richard Balducci : son nom reste inconnu du grand public. Pourtant, il est le créateur d'une des sagas les plus renommées du cinéma français : Le Gendarme de Saint-Tropez. Fort de cette idée originale, il s'impose au générique des quatre premiers épisodes, du voyage à New York à une simple balade dans le Var, en passant par un très beau mariage. Désormais "célèbre", il se lance alors dans la mise en scène et réalise dès 1966 son premier film, Le petit cheval de bois. Mais son manque d'ambition et ses amitiés avec des acteurs tels que Jean Lefèbvre, Paul Préboist, ou bien encore Michel Galabru l'enferment très vite dans le cercle finalement très privés des spécialistes du nanar, voire du navet. Il réalise ainsi une série de longs métrages aux titres évocateurs, à l'instar de Prend ta Rolls et va pointer, N'oublie pas ton père au vestiaire, Le Facteur de Saint-Tropez (un joli dérivé), Le Jour de Gloire, Y'a pas le feu ou bien encore celui qui nous réunit aujourd'hui, On l'appelle Catastrophe.



Sorti sur nos écrans en 1983, ce film demeure une réelle curiosité cinématographique. Tout d'abord, il offre au comédien Michel Leeb la possibilité de tenir le haut de l'affiche, une rareté au sein de sa carrière. S'il fait une courte apparition en laveur de carreaux dans l'unique long métrage de Guy Lux, Drôle de zèbres en 1977, Richard Balducci lui offre ici son premier grand rôle au cinéma, un an avant Le Fou du Roi sous la direction d'Yvan Chiffre, une parodie assez fade se déroulant au temps de d'Artagnan. Par la suite, Michel Leeb, certainement dégoûté, désertera les plateaux pendant près de dix ans, afin de se consacrer au théâtre et à la musique. Il revient donc en 1992 au sein d'un long métrage signé Didier Van Cauwelaert, Les amies de ma femme, et se fait ensuite régulièrement embauché par Claude Lelouch, au début des années 2000, dans Les Parisiens sans oublier Le courage d'aimer.
A l'instar de nombreux humoristes issus de la scène ou de la télévision, Leeb se voit donc la possibilité lors de ce tournage de "refourguer" de nombreux extraits de ses sketches et autres grimaces ayant fait sa popularité. Ainsi, nous le retrouvons imitant Jean-Paul Belmondo, Michel Simon, Jean-Pierre Marielle et même E.T. l'extraterrestre à travers des séquences aussi gratuites les unes que les autres. En outre, la plupart de ces références ne sont là que pour combler le vide sidéral d'un scénario pouvant se résumer sur un simple post-it. Condamné à de la prison ferme pour un hold-up qu'il n'a pas commis, Antoine réussit finalement à s'en évader, involontairement, avant de passer pour un caïd de la pègre. Jeté dans un avion en partance pour l'Afrique, le voilà rapidement confondu sur place avec un terroriste international. Il se retrouve alors au beau milieu d'un révolution et reçoit le poste d'un président en héritage... Bref, une série interminable de mésaventures abracadabresques pour ce Monsieur Catastrophe !


Sur un script vu et revu des dizaines de fois, Richard Balducci enchaine alors inlassablement les clichés et les situations poussives. Nous ne nous attarderons pas sur les mimiques du comédien principal qui ont pris, reconnaissons-le, un sacré coup de vieux (Jim Carrey est passé par là depuis, ndlr), mais plutôt sur le niveau des gags, n'excédant généralement pas une mentalité de plus de huit ans. Pour donner une idée, le cinéaste se contente donc de mettre en scène le personnage avec une grande simplicité, par exemple en train de laver une voiture tout en tirant la langue, imiter le loup de Tex Avery à la vue d'une jeune femme dénudée, ou rigoler bêtement face à un flic complètement sonné après avoir reçu un ballon de foot en pleine figure. Ainsi, rarement un nanar n'aura été aussi bon enfant. Pire que tout, d'autres imitateurs, hélas moins connus, viennent apporter une contribution à la fois inutile et ridicule au film. Malgré de nombreuses recherches approfondies, nous ne retrouvons pas le nom de cet acteur, ici directeur de la prison, singeant maladroitement l'immense Louis de Funès lors d'une séquence se déroulant dans un restaurant. Celle-ci se termine d'ailleurs par l'inévitable gag de "la tarte à la crème", remplacée pour l'occasion par un plat de spaghettis. Affligeant !



Balducci a au moins la chance de pouvoir compter sur de grands (et fidèles) comédiens, la plupart acceptant néanmoins de participer à ses délires uniquement pour payer leurs impôts. Faut pas déconner ! Nous retrouvons donc pour notre plus grand plaisir Michel Galabru ou bien encore Darry Cowl donner de leur talent au sein de cet incroyable nanar. Leurs scènes se révèlent ainsi d'une étonnante fraicheur au milieu de cette lourde ambiance. Malgré tout, leur présence contrebalance le casting, opposant bon nombre de débutants face à ces monstres sacrés du cinéma. Même Michel Leeb ne rivalise pas avec le jeune Ticky Holgado, pourtant dans l'un de ses premiers rôles. En tous les cas, si de voir Michel Galabru surjouer et Darry Cowl bégayer ne vous lassent toujours pas, vous devriez vous régaler de leur apparitions, courtes mais efficaces.

Certainement mal dirigé, et perdu au sein d'un univers vulgaire qui n'est pas le sien, un comédien ne peut réussir à donner le meilleur de soi, la bonne volonté n'y changeant strictement rien. Car nous le sentons quand même impliqué, ce jeune comique nommé Michel Leeb ! Et quelle chance pour lui d'avoir son propre film, dont il co-signe l'adaptation. Une occasion en or de pouvoir élargir son public et de voir son image projeter sur grand écran ! Mais en l'absence d'un cinéaste véritablement digne de ce nom, Leeb voit son rêve disparaitre dans les méandres de la bêtise cinématographique. Il aura au moins eu le mérite de s'en apercevoir rapidement, et de ne pas s'être enfermé lui-aussi dans un genre malheureusement bien souvent mortel dans une carrière...
En somme, une fois n'est pas coutume, voilà un nanar qui porte bien son titre. On l'appelle Catastrophe reste néanmoins une "comédie" à redécouvrir, symbole d'une époque aujourd'hui révolue.
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