Incontournable ! Révolutionnaire ! Inégalée ! Et certainement insurpassable ! La peinture et la représentation picturale analysées et révélées comme jamais auparavant. L'intégrale de Palettes, la série documentaire culte diffusée sur (La Sept-)ARTE depuis 1989, est désormais disponible dans un coffret de dix-huit DVD, dont un réservé aux bonus. Les cinquante films de la collection, répartis par époques ou thèmes, sont consacrés à l'analyse d'œuvres phares de l'histoire de la peinture, de la Préhistoire à Andy Warhol, ainsi que d'une tapisserie du XVe siècle : La Dame à la Licorne. Entre 1987 et 2002, Alain Jaubert a conçu et réalisé des joyaux de vulgarisation éblouissants de près d'une demi-heure chacun (exception faite de l'opus consacré aux peintures rupestres de la grotte de Lascaux qui dure une heure). Ils constituent LA référence en la matière, à la fois le plus époustouflant et le plus efficace hommage rendu à la peinture et aux peintres, tous supports confondus. Que l'on soit sans grande éducation, néophyte en quête d'initiation, amateur d'art ou un grand spécialiste de la peinture, Palettes s'adresse à tous et nous envoûte tous. Et ce, non seulement grâce au brio de la démonstration et à la richesse culturelle étourdissante qui y est à chaque fois rapportée, avec une densité qui l'est tout autant. Irréprochables dans leurs recherches bibliographiques, Alain Jaubert et sa (très) fine équipe ont également mis au jour, au cours de leurs enquêtes, de très nombreuses découvertes qui ont surpris les experts, cassé des théories et des idées conçues, et porté un regard neuf sur les œuvres. Un bel exemple en est le film consacré à La Chambre d'Arles de Van Gogh.

L'une des explications de la réussite de Palettes tient dans le parcours d'Alain Jaubert. Biologiste de formation, journaliste et, entre autres choses, "simple" amateur de peinture éclairé avant de travailler sur le prototype de la série (Le Repas chez Lévi, de "Véronèse"), le réalisateur a apporté lors de ses investigations une rigueur, un questionnement, une exigence de la vérification tout scientifiques et, par là même, une fraîcheur qui allaient grandement bénéficier aux œuvres étudiées.

Aucune entrevue n'a sa place dans ces métrages. Toutes les explications orales sont fournies en voix over, essentiellement par le talentueux narrateur, Marcel Cuvelier, qui s'applique à garder une voix assez neutre. Avec une élégante sobriété analogue, les films se mettent au service de l'œuvre et de son créateur avec une extrême minutie. Alain Jaubert élabore pour cela un "scénario" toujours différent mais qui respecte des passages obligés communs à tous ses films. Le point de départ et corps principal de l'étude est toujours une œuvre, célèbre, dont l'aspect formel est tout d'abord analysé et déconstruit dans ses moindres détails grâce aux outils vidéo et informatiques en vigueur à l'époque de la réalisation (régie vidéo, palette graphique) qui, au vu du résultat, n'ont absolument rien à envier aux moyens utilisés de nos jours. Composition, couleurs, matières, techniques de fabrication ou d'exécution, historique de l'œuvre, rien n'est anodin et ne nous échappera. Ces premiers éléments du puzzle posés, peut commencer la quête du sens, qui est en fait toujours multiple et caché. La structure scénaristique s'évase alors en replaçant davantage l'œuvre dans son contexte historique et socioculturel ainsi que dans l'œuvre du peintre et de ses prédécesseurs afin de mieux saisir les influences, sons sens, sa portée. Les codes représentatifs, narratifs, symboliques (religieux, mythologiques, allégoriques) sont percés ; les interprétations se font évidences, quelques hypothèses sont laissées à notre libre-arbitre… Un savoir considérable, souvent vieux de plusieurs siècles, refait surface. Nous nous le réapproprions, ébahis. L'œuvre peut enfin trouver sa place dans l'histoire de l'art et dans l'Histoire. Le tout est agrémenté de musiques judicieusement sélectionnées, pas forcément d'époque, qui fonctionnent en « rimes » avec les peintures, comme le déclare Alain Jaubert dans l'entrevue filmée dans le DVD des bonus (Palettes, une histoire).

On ne peut plus regarder une peinture de la même manière après avoir vu un "Palette". Ces films éduquent magistralement. Ils aiguisent notre regard, nous enseigne à mieux regarder les œuvres et à mieux chercher les différentes intentions du peintre. Financée en partie par les trois plus grands musées français (Musée du Louvre, Musée d'Orsay, Centre Pompidou pour le Musée d'Art Moderne, à Paris) et la Réunion des Musées Nationaux, la collection a plus que répondu aux espoirs de ses mécènes : rendre les peintures (plus) accessibles, nous réconcilier avec l'art, si besoin est, briser de probables vieux complexes face à des savoirs imposants, jusqu'alors perdus ou trop souvent confisqués par une élite culturelle. La dernière étape de cette restitution de connaissances consiste à nous faire aller davantage à la rencontre des œuvres, en général, dans les musées qui sont des lieux d'expression et de partage par excellence. Il n'y a dès lors plus de complexes à avoir car ce serait se nier soi-même. Là résident le grand mérite de Palettes et, en partie, les raisons de l'universalité de ces peintures dont l'impact et le charme ont traversé les âges. Il s'agit, à travers la peinture et l'art en général, de mieux se comprendre soi-même en cherchant à comprendre ce que nous voyons et ressentons face aux œuvres, ce qui nous constitue culturellement et donc ce que nous sommes. En démontrant à quel point les peintures analysées sont des prodiges d'intelligence et de sensibilité, Palettes célèbre, en fin de compte, la grandeur de l'Homme, l'étendue de son intellect et de ses émotions. C'est la fête de la peinture et la nôtre ! Dans cette optique, les DVD sont édités au format NTSC - toutes zones et en quatre langues (français, anglais, allemand, espagnol et italien), tant pour les pistes audio que pour les sous-titres...
Le prix éditeur, cent euros, est certes conséquent mais comparé au prix d'un DVD à l'unité, vingt-cinq euros, et considérant la richesse que recèle le coffret, c'est presque un cadeau.
Palettes et Alain Jaubert sont à jamais des exceptions culturelles.