Qu’y a-t-il de plus beau qu’un chef pirate exhortant son équipage, sur le pont d’un navire prêt à subir la semonce d’un adversaire ? Y a-t-il plus cinégénique qu’un galion qui file, toutes voiles déployées, à travers les largeurs cinémascope d’un océan sans fin ? La mort du vieil Hollywood, à la fin des années soixante, a emporté par le fond deux de ses genres cinématographiques les plus absolus, à savoir la comédie musicale et le swashbuckler (film de cape et d’épée). Ce n’est pas un hasard si ces deux genres fonctionnaient sur des principes similaires : la nécessité d’une totale suspension d’incrédulité (« Oui on peut régler tous ses problèmes à coups d’épée ! Oui dans la vie on chante ses sentiments sans prévenir ! »), une construction dramatique portée essentiellement par la rythmique et la « musicalité » des situations ; et enfin une débauche de grâce à travers des ballets virtuoses, qu’il s’agisse de duels ou de parades amoureuses. En tant que swashbuckler, le film de pirates est donc avant tout affaire d’esthétisme baroque et romantique et de musicalité pompière. Ceux qui n’ont rien compris à ces évidences (au hasard Renny Harlin et son
Ile aux pirates) n’ont su faire que des dérivés de
L’Arme Fatale en costume XVIIIème siècle. Ceux qui se sont pliés à ces règles (Martin Campbell et son
Masque de Zorro) n’ont pas eu besoin de génie pour régénérer une petite partie de l’étincelle. En adaptant l’attraction des
Pirates des Caraïbes, le producteur Jerry Bruckheimer avait au moins eu le réflexe de ne pas (trop) y imposer sa signature rigide, automatique, qui peut servir un genre « carré » et massif comme le film d’action, mais qui serait tout à fait déplacée sur un swashbuckler, genre qui ne pense et n’évolue qu’en arabesque et spirales virtuoses.
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Pirates des Caraïbes, le secret du coffre maudit - Edition Collector ci-dessous :