Ce sont près de cinq grosses sorties DVD dont Carlotta nous fait l'honneur dès le 19 mars prochain. Non content de vous offrir les visuels définitifs, quelque peu différents des anciens que nous vous avions communiqués, quelques informations plus précises complètent le portrait des sorties à venir.
Pour commencer Kenji Mizoguchi tout d'abord avec deux coffrets au programme. Le premier, sur 2 DVD, contiendra trois films: La cigogne en papier, Oyuki la vierge, Les coquelicots datant tous trois de 1935. Le second coffret contiendra Les soeurs de Gion (1936).
La cigogne en papier (87 min):
Sokichi quitte son village pour faire ses études de médecine. Obligé de faire le serviteur pour avoir un toit et ne pas mourir de faim, il rencontre Osen, une belle prostituée qui le prend en pitié. Celle-ci, contrainte de participer aux activités douteuses d’une bande de voyous organisée par Matsuda, escroque la plupart de ses clients…Bonus:
La Cigogne en papier par Pascal Vincent (3 mn)
Une introduction au film La Cigogne en papier par Pascal Vincent.
L’art du benshi (12 mn)
Témoignages autour de ces bonimenteurs de films muets, qui disparurent à l'arrivée du parlant. La Cigogne en
papier est le dernier vestige de ce métier, l'un des tout premiers du cinéma.
La Cigogne en papier : en direct avec un benshi (15 mn)
Revivez, à travers une séquence, "La Cigogne en papier" tel qu'il fut découvert par le public japonais en 1935 et, pour la première fois dans une version en langue française. Avec la participation exceptionnelle de Osamu
Kuroi.
Oyuki la vierge (78 min):
Dans la Japon des années 1870, à l’époque de la guerre de Seinan, Oyuki, une
prostituée, fuit l’armée impériale. Oyuki voyage avec Okin, issu également des classes populaires et quelques nobles méprisants. Arrivés à Yashiro, un membre de l’armée Saigô, présent sous un déguisement, est démasqué et exécuté…Les coquelicots (68 min):
Un vieux professeur à la retraite accompagne sa fille Sayako à Tokyo pour la marier à Ono, son ami d'enfance. Mais le jeune homme est séduit par Fujio, une jeune fille moderne fiancée à Munechika. Ono décide alors de quitter Sayako…Bonus:
Oyuki la vierge par Pascal Vincent (3 mn) Une introduction au film Oyuki la vierge par Pascal Vincent.
Isuzu Yamada, une vie d’actrice (19 mn) Retour en images sur la vie et la carrière d'Isuzu Yamada, une des plus grandes actrices japonaises, et première
muse de Kenji Mizoguchi.
Les Coquelicots par Pascal Vincent (2 mn)
Une introduction au film Les Coquelicots par Pascal Vincent.
Les soeurs de Gion (67 min):
Dans le quartier de Gion réservé aux geishas vivent Umekichi et Omocha, deux soeurs que tout oppose. Si la première est d’une éducation traditionnelle et accepte sa soumission au désir masculin, la seconde réfute sa condition. Quand un ancien client proche d’Umekichi emménage chez elles suite à la faillite de son magasin, Omocha imagine un plan et met à profit sa théorie sur les hommes…Bonus:
Les Soeurs de Gion par Pascal Vincent (3 mn) Une introduction au film Les Soeurs de Gion par Pascal Vincent.
Un film d’apprentissage (15 mn) Commentaire et analyse du film par Charles Tesson, enseignant et critique.
Geishas de Gion, l’art de paraître (52 mn) un film d'Antoine Lassaigne
Que reste-t-il aujourd'hui de Gion et de ses geishas, décor et sujet de prédilection de Kenji Mizoguchi ? Retour dans le célèbre quartier traditionnel de Kyoto.
Peu à peu l'édition DVD nous permet de découvrir ou de re-découvrir les premiers films (conservés) de Mizoguchi. Après
Conte des chrysanthèmes tardifs,
Elégie de Naniwa et
Les 47 rônins, ce sont trois oeuvres rares qui viennent compléter notre connaissance du cinéaste. Tout en élégance et sobriété, Mizoguchi capte les sentiments humains pris dans les tourments d'une société étriquée et répressive. Mizoguchi n'a pas encore établit son style et ses codes caractéristiques des films d'après-guerre, mais il développe déjà sa sensibilité vis à vis de ses personnages, entraînés dans les tumultes d'un courant trop fort pour eux. Dès
Les soeurs de Gion, Mizoguchi et son scénariste attitré Yoshikata Yoda (dont c'est la seconde collaboration après
L'élégie de Naniwa), amorcent la thématique de la femme sacrifiée, réduite au silence et à l'obéissance, sujette à l'injustice sociale la plus profonde. Même si le régime militariste japonais des années trente et la seconde guerre mondiale viendront empêcher pour l'heure le développement de ses considérations, Mizoguchi attendra patiemment 1946 et
Contes des chrysanthèmes tardifs, qui deviendra l'un des ses chefs d'oeuvre parlants, pour reprendre ses thèses anticonformistes là où il les avaient laissées.
Le second évènement pour le label est la sortie de l'intégralité des films du cinéaste japonais Kiju Yoshida. Cette rétrospective interviendra tout d'abords en deux temps. Du 19 mars au 19 mai, le Centre Pompidou accueillera cette rétrospective de 19 films de fiction et d'une partie des documentaires sur l'art et le cinéma tournés par le maître. Ensuite le 9 avril interviendra la sortie de deux coffrets DVD de 11 films réalisés entre 1960 et 1968 et d'un collector 2 DVD de son chef d'oeuvre
Eros+massacre sorti dans les salles en 1969. Inutile de vous dire combien cette rétrospective est immanquable, la quasi totalité des films de Yoshida étant inédits chez nous.
Ainsi le premier coffret, sous-titré "Une vague nouvelle" contiendra les six films suivants:
Bon à rien (1960)
Le sang séché (1960)
La fin d'une douce nuit (1961)
La source thermale d'Akitsu (1962)
18 jeunes gens à l'appel de l'orage (1963)
Evasion du Japon (1964)
le second coffret sous-titré "contre le mélodrame":
Histoire écrite par l'eau (1965)
Le lac de la femme (1966)
Passion obstinée (1967)
Flamme et femme (1967)
Amours dans la neige (1968)
Considéré comme l'un des fondateurs de la Nouvelle Vague japonaise dans les années soixante aux côtés de Nagisa Oshima, Shohei Imamura, Hiroshi Teshigahara ou encore Masahiro Shinoda, Kiju Yoshida (ou Yoshishige Yoshida) fit des études de littérature française à l'université de Tokyo dans les années cinquante, époque où il peut voir de nombreux films étrangers à l'Athénée français, une salle réputée qui passait les chefs d'oeuvre occidentaux de l'époque. Il entre en 1955 à la Shochiku en 1955 et devient très vite l'assistant de Keisuke Kinoshita, un cinéaste classique très populaire. A la fin des années cinquante il crée avec Nagisa Oshima et le scénariste Tamura une revue de cinéma dont les articles virulents contre le cinéma classique (ceux d'Ozu et de Mizoguchi en tête) peuvent s'apparenter aux articles des Cahiers du cinéma fustigeant les réalisateurs français d'un cinéma dit "de papa" quelques années auparavant. Ses premiers films réalisés pour la Shochiku puis pour la Nikkatsu, ses idées et son ton libre apeurent les producteurs. Yoshida fonde en 1966 sa propre société de production appelée Gendai Eiga Sha (la Société du Cinéma Contemporain). Il renouvelle profondément l'écriture cinématographique et ses films devenant de plus en plus audacieux et expérimentaux ils seront distribués par la suite par la célèbre société ATG (Art Theater Guild), spécialisée dans les films difficiles sinon immontrables...
En attendant l'édition DVD de ses films plus récents, il est nécessaire de découvrir ce cinéaste si important dans l'histoire du cinéma japonais.