Avec son budget de 3 millions de dollars,
Feast, premier long métrage bricolo et gore de John Gulager, est la surprise gore qui suit le sillon de
Saw: il n’a rien coûté à ses producteurs (Dimension film, avant qu’ils sacrifient le film à cause d'une rupture avec Disney) et multiplie depuis les adjectifs élogieux. Sa sortie dans l'Hexagone se fera directement en zone 2.
Sous l'intitulé
Project Greenlight se cache une entreprise qui chercha à innover dans le genre télé-réalité. Matt Damon et Ben Affleck chaperonnés par Dimension, producteur du show, ont basé leur concept autour d'une émission qui suivait chaque étape de la préparation d'un film. Ce qui donnait par la même occasion l'opportunité de propulser sur le devant de la scène de jeunes artistes avides de percer dans le milieu. Chaque saison se soldait donc par le résultat d'un long métrage qui ne rencontra qu'un succès plus que relatif.
Stolen Summer de Peter Jones en 2002, et
Battle of Shaker Heights de Kyle Jones et Efram Potelle en 2003. Pour la troisième saison, les deux compères se décidèrent à passer à la vitesse supérieure en proposant un film de genre avec gerbe de sang et monstre carnassier. Le résultat?
Feast, une bonne surprise. Après avoir eut un franc succès en DVD outre-Atlantique, le film débarque chez nous le
25 octobre (fête d'Halloween oblige) sous la bannière de TF1 Video. La jaquette étant estampillé "Non Censuré", le film est interdit aux moins de 16 ans.
L'action se déroule dans un bar isolé au milieu du désert, des clients paumés de toute sorte (on se croirait dans
Une nuit en enfer, de Robert Rodriguez) sont soudainement confrontés à des monstres voraces qui veulent se nourrir de chair humaine. Sur cette trame aussi épaisse qu’une feuille à rouler, John Gulager a la bonne idée de se montrer aussi simple avec ses personnages, présentés directement comme de la barbaque. Passée une présentation furtive et étonnamment drôle des prochaines victimes, comme dans un jeu vidéo ou une émission de télé réalité où il est possible de les éliminer par simple coup de fil, le festin gore commence, s’affranchit de quelques références à la culture pop made in Tarantino et emmène illico dans sa liturgie horrifique limpide comme une équation à deux inconnues et conne comme un balai. Les personnages sont interprétés par des seconds couteaux dont on connaît les visages et moins les patronymes: Henry Rollins, Balthazar Getty, Jason Mewes. Les effets spéciaux des bestiaux ont été supervisés par Gary Tunnicliffe (
Candyman) et s’avèrent plutôt réussis compte tenu le budget. La grande qualité du film est de mettre immédiatement dans le bain, de ne pas jouer la carte sentimentalo-psy et d’aller droit au but. C’est l’une des raisons pour laquelle on s’ennuie pas: c’est gore, souvent drôle et parfaitement crétin. D’ailleurs,
Feast regroupe toutes les choses de mauvais goût que l’on aime voir dans les séries B qui n’ont pas peur du Z: de l’énucléation, de la déjection, du vomi, de la grognasse qui hurle, des rednecks, du beau gosse pédant, des vers, de l’handicapé, du faux cowboy, du monstre dégueu, de la musique naze au générique de fin, de la lesbienne hargneuse. Autrement dit, c’est quand même plus stimulant qu’un film avec Cynthia Rothrock. Si bien qu’on est tellement en terrain connu que le film oublie par intermittences d’instiller de la vraie folie et de la grande surprise. Collant aux codes du huis clos, l’unité dramatique de lieu reste toujours la même: les personnages se réfugient dans un endroit isolé sans chercher à s’enfuir parce que la menace encercle le bar.
C’est plus la naissance du film que son contenu éminemment sympathique qui justifie sa graine de culte : alors connu comme simple monteur et chef-opérateur, acteur obscur et fils de Clu Gulager (
Le retour des morts-vivants), John Gulager est un cancre nourri aux premières périodes trasho-gore de Peter Jackson (
Bad taste) et Sam Raimi (
Evil dead). Reste à savoir, maintenant, s’il a suffisamment de talent pour persévérer dans le milieu. Ces réserves émises, profitez-en, c’est bien poilant. Le film sera proposé dans un transfert 16/9 compatible 4/3 au format 2.35 respecté, accompagné de pistes DTS et Dolby Digital 5.1 en anglais et français et de sous-titres dans la langue de Molière. Question bonus, nous trouverons un making of intitulé
L'Horreur sous les projecteurs, un module sur les maquillages, et enfin le bêtisier.
Sortie DVD : 25 Octobre 2007