Par Arnaud Mangin - publié le 17 avril 2007 à 02h04 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h34 - 4 commentaire(s)
Rectifions rapidement les choses avant même qu'un éventuel distributeur nous (me ?) tombe dessus. Le titre du film en France ne bénéficie d’aucune traduction et demeure Plane Dead. Pourtant, chez DVDrama, on lui préférera Des Zombies dans l'avion ne serait-ce que pour la connotation Z qui lui sied à merveille, mais également par extension au plus populaire Les Serpents dans l'avion qui cherchait à délibérément faire du bis sous couvert de millions de dollars. Mais malheureusement pour Samuel Jackson, son petit délire ne répondait qu'à moitié aux attentes de ce genre de production, et n'était surtout qu'une pâle imitation de ce qu'il prétendait. Comme chacun le sait, une imitation, même très chère et chaperonnée par le buzz et la promo, ne restera toujours qu'une imitation. Sorti de nulle part, Des macchabées qui puent et qui rampent dans l'avion remet les pendules à l'heure…

PLANE DEAD
Un film de Scott Thomas
Avec Erick Avari, Richard Tyson, David Chisum, Kristen Kerr
Disponible en Zone 2 à la location



Tout aurait pu se passer de façon pépère dans ce gros 747 à moitié vide et en direction de Paris. Il y a de la place pour tout le monde, ça baisouille gentiment dans les WC entre jeunes couples adultérins, un surfer californien bande à l'idée d'aller à Biarritz, le dangereux prisonnier escorté n'est qu'un petit escroc et le sous Tiger Woods local s'éclate à signer des autographes sous le regard désespéré de sa bonne femme. Seulement voilà, dans la soute à bagages rode un joli cadavre contaminé par un virus régénérateur de tissus que l'armée essaie de faire passer en lousdé. Et comme par hasard, ils veulent l'envoyer chez nous ! Finalement il y a une justice puisque ces salopards n'auront pas le temps de faire passer la marchandise : une turbulence fait basculer le caisson hermétique duquel s'échappe la malheureuse contaminée. Et la bougresse est bien décidée à dévorer les passagers et l'équipage… Un scénario écrit par Jean-Luc Delarue.



Plane Dead, avec son pitch globalement identique à celui des Serpents dans l'avion, EST, contrairement à ce dernier, une vraie zèderie de premier ordre. Et un bon bis qui a le mérite d'exploiter son potentiel jusqu'au trognon de surcroît, se montrant finalement bien plus efficace que le film de David R. Ellis. Et si ce délire zombièsque se donne les moyens de ses ambitions avec des trucages 3D pas plus mal foutus qu'un Air Force One, et des maquillages plutôt soignés, il ne sort jamais de son rang. Sans doute parce qu'il bénéficie d'un budget tout riquiqui et d’une flopée d'inconnus au casting avec au mieux, deux anciens seconds couteaux au rabais, le film peut ainsi se permettre de déconner à plein tube en laissant libre cours à une imagination puérile où toutes les extravagances sont autorisées. Mais aussi et surtout parce que c'est un produit de seconde zone, le film est d’ores et déjà disponible chez nous, en France, dans tout bon vidéoclub qui se respecte alors que les Américains n'y ont même pas encore droit. A peine diffusée au Biff, on peut déjà découvrir la chose tranquillement à la maison. Neuf fois sur dix, ce genre de produit est une merde. Et bien nous sommes ici en présence du petit dixième qui fait l'exception.


C'était pourtant franchement mal embarqué puisque le réalisateur ne sait définitivement pas poser une ambiance, ni même susciter une once d'intérêt. Comme tout gamin finalement. La faute à une introduction d'une longueur interminable et qui prend (perd ?) son temps à dévoiler la future chair à saucisse que sont les personnages principaux. Autant dire que sans son programme de base plutôt alléchant, on aurait rapidement stoppé la chose en se disant que Des Serpents dans l'avion n'était tout de même pas mal dans son genre, et que ça avait le mérite de démarrer sur les chapeau de roue. Et bien ici, c'est tout le contraire. Chiant à mourir dans sa première moitié, Plane Dead bascule soudainement dans le délire total qui parvient à pleinement exploiter son double potentiel. Un film d'avion, et un film de zombies… Des zombies dans l'avion !



Volontairement ou non, le film livre en tout cas un petit hommage aux bis italiens des années 70 et 80 qui tentaient de battre le cinéma de genre américain sur son propre terrain de chasse avec plus ou moins d'efficacité. Comme si l'esprit de Lucio Fulci avait investi le plateau en envoyant les ondes magiques dont lui seul avait le secret : un casting de 10 personnes pour remplir un avion, une intrigue tirée en longueur jusqu'à éclatement du tendon histoire de se caser dans les 90 minutes réglementaires, ainsi qu'une galerie de clichés où bimbos, bellâtres et flics avec pistolets sont là pour faire bien. Mal joué, bien évidement. Un grand creux qui prend son temps pour pouvoir faire de l'expérimental par la suite, où tout ou presque est tenté en assumant le cheap de certaines séquences. Comme la mort absolument grotesque de cette bonne sœur - aussi à l'aise dans le zinc qu'une gogo danseuse dans une mosquée – braillant à tout rompre, traînée sur le sol par des passagers venus l'aider alors que les morts-vivants lui arrachent les jambes. Ou mieux, celle d'un type qui arrive à se pendre accidentellement dans les tubes à oxygène de secours.

Et ce genre de séquence, Plane Dead en regorge jusqu'à plus soif. Les zombies surgissent des miroirs et font des trous énormes dans le plancher dont ils s'extirpent à la manière de leurs congénères qui sortent de terre. Avant d'y retourner, bien évidemment, comme des lapins dans leur terrier en traînant leurs victimes par la main. Un précipité joyeux, façon spoof de Vol 93 mâtiné de gags gentiment gores, mais qui atteint un certain paroxysme dès lors que les passagers restant se rebiffent en se servant de tout ce qui traîne en guise d'arme. Extincteur, club de golf, bombe atomique bricolée avec trois aérosol – qui explose mais n'abîme pas la carlingue – et autres parapluies permettent d'empaler joyeusement des hôtesses de l'air devenues dégénérées, ou d'arracher la tête d'un monstre qui barre la route. Quant au dernier quart d'heure, on préfère encore laisser la surprise de sa teneur tant on vire dans un fantasmagorique n'importe quoi digne d'un Looney Tunes sous acide, avant que le zinc ne finisse en plein désert alors qu'il survolait l'Atlantique en direction de Paris… Allez comprendre pourquoi et comment.



Un peu chiant d'abord, mais énormément drôle ensuite Plane Dead, c'est assurément le médicament qu'il vous faut. Ne serait-ce que pour oublier le fait que Samuel Jackson s'était un tout petit peu foutu de notre gueule l'an passé, mais surtout pour s'aérer la tronche en laissant quelques morceaux sur les murs. Sit down, relax, and enjoy

Arnaud Mangin

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