Trois ans après le bide critique et public sans appel des
Parisiens, premier opus d'une trilogie avortée et probablement dispensable, Lelouch revient en catimini avec un projet qui tranche volontairement avec les clichés souvent véhiculés autour de son cinéma. Exit donc les grandes tirades existentielles et les jeux de hasard, le cinéaste revient ici à une forme plus classique et linéaire d'intrigue, assez rigoureuse dans sa forme. Faut-il y voir une sorte de mea culpa de sa part, une volonté de surprendre un public las de se voir conter éternellement les mêmes histoires ? Il y a sans doute un peu de cela car Lelouch, qui a connu des hauts et des bas dans sa carrière, commençait à sérieusement tourner en rond depuis une petite dizaine d"années, son dernier grand film remontant tout de même à 1998 (le sous-estimé Hasards ou coïncidences).

C'est donc au polar qu'il s'attaque ici, un genre qu'il a rarement abordé dans sa carrière (on se souvient du Voyou dans les années 70) et dans lequel il s'engouffre avec l'application du débutant qui a tout à apprendre, comme si ses cinquante ans de carrière disparaissaient aussitôt à l'écran. Son Roman de gare joue dès le début la carte du suspense, qui repose principalement sur l'identité du protagoniste principal, un homme dont l'apparence évoque celle d'un dangereux criminel mais dont les liens avec les autres personnages sont potentiellement multiples (comme dans tout bon Lelouch le mystère s"éclaircit à la fin). Le spectateur ignore tout de son passé et de ses intentions, et doit virevolter entre les indices contradictoires balancés à la pelle par le récit. Une fois son identité révélée, un drame se produit, qui sera le point de départ de la seconde partie du film, axée sur une enquête policière riche en surprises. Lelouch, qui opte une fois n'est pas coutume pour une narration plus littéraire que documentaire, semble jubiler à ce petit jeu, multipliant fausses pistes et rebondissements inattendus autant qu"il le peut. Le spectacle qu'il en tire se révèle plutôt agréable et convaincant dans le genre, si tant est que l'on ne se réfère pas à la toute puissance du cinéma américain en la matière.
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